La pomme empoisonnée

Pour un parti qui en est à son tout premier tour de piste, la Coalition avenir Québec de François Legault a connu un parcours remarquable depuis le début de la campagne. Au cours du dernier mois, la CAQ a réussi à imposer ses thèmes, et son chef a remporté un certain succès d’estime aux débats de la semaine dernière.


À huit jours du scrutin, il est encore possible que la CAQ gruge suffisamment de terrain pour se hisser au pouvoir. Mais sa faiblesse chronique dans des régions-clés comme l’île de Montréal suggère que, même dans le meilleur scénario, une majorité caquiste n’est pas dans les cartes.


C’est encore plus vrai pour le Parti libéral de Jean Charest. La tendance la plus lourde observée depuis le début de la campagne demeure la détermination d’une majorité écrasante de l’électorat francophone de tourner la page sur le règne libéral le 4 septembre. Dans ce contexte, il faut une grande part de pensée magique pour croire qu’il y a une majorité libérale au bout du chemin (de croix ?) électoral de M.Charest.


Sur papier, une majorité gouvernementale semble à portée de main du Parti québécois. Sauf que le PQ n’a pas nécessairement assez d’élan pour la saisir. Depuis un mois, le parti de Pauline Marois fait du surplace pendant que la CAQ monte lentement.


Si cette tendance se maintenait, le PQ pourrait être plus éloigné d’une victoire majoritaire dans une semaine qu’aujourd’hui.


Dans un tel scénario, l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement péquiste pourrait reposer sur sa capacité de sortir son vote par rapport à celle de la machine moins rodée de la Coalition avenir Québec.


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Dans des circonstances différentes, une victoire libérale minoritaire après trois mandats consécutifs ferait figure de tour de force pour Jean Charest. Dans l’état actuel des choses, par contre, un tel résultat constituerait à peine un moindre mal par rapport à une défaite.


Une courte victoire ne restaurerait pas l’autorité morale qui a tant fait défaut au gouvernement libéral au moment du conflit étudiant du printemps dernier. Devant un tel résultat, la partie la plus militante de la société civile ne désarmerait vraisemblablement pas de sitôt.


Surtout, dans l’ombre de la commission Charbonneau, un gouvernement du PLQ serait voué à vivre sur du temps emprunté. L’expérience minoritaire des libéraux de Paul Martin au moment de la commission Gomery a démontré que ce genre d’exercice a tendance à être fatal pour un gouvernement qui n’est pas maître de sa destinée parlementaire.


De son côté, le Parti québécois n’a pas les moyens de perdre une quatrième élection en ligne. La coalition souverainiste dont il était le fer de lance s’est dangereusement fragmentée pendant ses années dans l’opposition. Son flanc fédéral s’est écroulé. Sans victoire péquiste le 4 septembre, il n’y a vraisemblablement point de salut pour le Bloc québécois au prochain scrutin fédéral.


Mais dans un scénario minoritaire, le parti de Mme Marois aurait les mains liées sur le front de la souveraineté. Faute d’appui dans l’opposition, il lui faudrait larguer des pans complets du programme identitaire, si cher à son aile militante. (Les votes sur ce genre de sujets ne sont normalement pas des votes de confiance.) Sans allié naturel à l’Assemblée nationale, un tel gouvernement serait également à la merci de vents contraires sur le front de l’économie.


François Legault, finalement, ne cache pas que la réalisation de son programme n’est pas compatible avec les contraintes auxquelles doit se plier une minorité gouvernementale pour survivre.


Pour la suite des choses pour la CAQ, gagner le pouvoir à l’arraché pourrait être plus risqué que de le perdre de justesse.


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Si Stephen Harper avait remporté un gouvernement minoritaire en 2004, il ne serait peut-être pas premier ministre aujourd’hui.


À l’époque de sa première campagne comme chef fédéral, M. Harper dirigeait depuis seulement quelques mois un groupe d’électrons libres entre lesquels il n’avait pas eu le loisir de tenter de faire circuler le courant.


Faute de mieux, le programme électoral de sa formation s’apparentait à un ramassis plus ou moins bien ficelé des idées les moins irréconciliables de l’ancien Parti progressiste-conservateur et de l’ex-Alliance canadienne.


Dans ce genre de circonstances, une victoire minoritaire aurait été un casse-cou duquel le Parti conservateur et son chef se seraient difficilement tirés indemnes. Les 18 mois qui ont séparé la défaite de Stephen Harper en 2004 de sa victoire en janvier 2006 lui ont permis d’arrimer les éléments de sa formation aussi bien sur le plan du programme que de l’équipe. On connaît la suite.


Tout cela pour dire que pour Jean Charest, une victoire minoritaire serait l’équivalent d’un fruit pourri ; pour Pauline Marois, d’une coquille vide sur le plan de la souveraineté ; et pour François Legault… d’une pomme empoisonnée.

26 commentaires
  • Pierre Desroches - Inscrit 27 août 2012 00 h 38

    Wow, quel désert

    Comme éculubration, on a rarement vu mieux

    • Marc-André Fortier - Abonné 27 août 2012 15 h 49

      M. Desroches,

      J'ignore ce que vous élucubrations, pour ma part à défaut de trouver l'analyse de Mme. Hébert rafraîchissante elle a tout de même le mérite d'être drôlement lucide.

      Au final vous avez raison j'ai rarement vu mieux comme analyse de notre situation.

      Cordialement

    • Pierre Masse - Inscrit 28 août 2012 12 h 49

      Comme commentaire, on a vu mieux.

  • François Grenier - Abonné 27 août 2012 00 h 41

    Désespoir

    Madame Hébert

    Dans votre dernier paragraphe, vous nous dépeignez une bien sinistre nature morte.

    On a trop hâte au 4 septembre!

  • Anne Santerre - Inscrit 27 août 2012 05 h 30

    Que souhaitons-nous vraiment pour le Québec?

    Cette élection m'inquiète vraiment! Comme le dit si bien Jean-François Lisée, il faut que les partis de gauche s'unissent pour former un gouvernement majoritaire afin de nous débarraser de Jean Charest! Et, j'ajoute qu'il faut surtout éviter que Legault, le Caqueux, rentre au pouvoir .... ce serait une catastrophe difficilement récupérable pour le Québec!

    • Eric Allard - Inscrit 27 août 2012 12 h 31

      Malheureusement, le PQ est trop centriste, et trop nombriliste, pour arriver à coaliser la gauche. Il y a trop de gens (moi compris) pour qui les autres enjeux ont trop longtemps été délaissés à cause de la bipolatité de la politique québécoise.

      La meilleure chose qui pourrait arriver à la véritable gauche serait la disparition de l'entité ingouvernable qu'est devenue le PQ.

    • Jonathan Kemp - Inscrit 27 août 2012 15 h 13

      Plusieurs citoyens ont demandé aux partis de gauche de s'unir pour former "un front uni" et ce, bien avant le déclenchement des élections. À ce moment, le PQ n'a pas jugé bon d'aborder le sujet. "Pourquoi partager le pouvoir qui est à portée de main"...

      Aujourd'hui, devant leur incapacité à ralier les électeurs à leur programme plutôt ambigu, ils demandent aux partisans de QS et de ON de renier leur allégence pour élire un gouvernement majoritaire péquiste. C'est nous prendre pour des valises.

      Le Québec a certes besoin de remettre le PLQ à sa place... et je partage votre opinion en ce qui concerne Legault... mais le Québec à aussi besoin que les électeurs redécouvre le vrai sens de la démocratie.


      Non au vote stratégique. Votons selon nos convictions.

    • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 27 août 2012 15 h 35

      Le PQ fait tout pour s'identifier présentement à la gauche progressiste, dans le but de ratisser large dans la foulée de la crise étudiante. Mais il se berce d'illusions en promouvant la souveraineté à gauche plutôt qu'au centre. C'est ainsi que Mme Marois en est rendue à dire aux nationalistes de de droite d'aller se faire voir ailleurs! Elle a depuis corrigé le tir mais le chat est sorti du sac.

      Le PQ rassembleur (Lévesque, Bouchard) nationaliste et responsable au plan économique (Parizeau, Landry) s'est dorénavant discrédité en ne disant que ce que la clientèle de gauche voulait entendre: redevances élevées, tarification gelée, taxer les riches, gel des frais de scolarité... C'est de la bouillie pour les chats et la promesse d'un retour forcé à la pénurie, du François Hollande tout cru.

      N'ayant plus d'alternative au centre gauche, je voterai à droite.

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 27 août 2012 07 h 05

    Les pronostics

    Excellent comme toujours

  • Claude Smith - Abonné 27 août 2012 08 h 16

    En conséquence !

    Ça nous prend un gouvernment majoritaire du parti québécois !

    Claude Smith