La «rue» tient le rythme du coeur

Mao Tsé-toung a dit : « Les femmes portent la moitié du ciel. Et depuis ce temps, les femmes chinoises se demandent qui porte l’autre moitié. »

Le sort de Jean Charest est finalement entre les mains des étudiants du Québec qui, avec une sagesse exemplaire, ont mis un mouvement de réflexion en marche, il y a six mois, bien avant qu’on sache qu’une élection allait en être un moment fort. Non seulement ont-ils rallié tous les appuis disponibles, mais ils ont misé sur un message clair pour inclure le maximum de citoyens. Ils ont gardé en outre ce qui était déjà le plus frappant dès leurs premières rencontres avec la presse : le respect de ceux qu’ils interpellaient et la dignité de leur engagement.


Ils ont compris que, pour enlever à Jean Charest la possibilité d’utiliser contre eux l’arme qu’il avait fabriquée de toutes pièces pour les écraser, soit le projet de loi 78, ils devaient reprendre les cours en plein été, compléter peut-être une session qui va (on l’espère) permettre le rattrapage du temps passé en grève et en réunions même si ça voulait dire, pour la plupart d’entre eux, des problèmes financiers qui vont les pénaliser grandement et peut-être même en obliger plusieurs à quitter les études temporairement ou définitivement. Il paraît que l’exode est déjà évident.


« La rue », que Jean Charest a tant méprisée sur tous les tons, rendra son verdict le 4 septembre, c’est-à-dire dans quelques jours maintenant.


La campagne a été étrange. Les casseroles se sont tues, mais on sent bien qu’il faudrait peu de chose pour qu’elles reprennent du service. Pour ceux qui ont suivi les points de presse, les couvertures médiatiques, le va-et-vient des autobus à travers le Québec, le ballet des rencontres qui ont l’air de véritables mises en scène, les photos avec les enfants, la pochetée de promesses venues de partout, ils se demandent sûrement à quoi ça sert. Est-ce vraiment utile ? Est-ce vraiment nécessaire ? Est-ce ça, « faire de la politique autrement » ? Permettez-moi d’en douter.


Ce que nous venons de vivre ressemble terriblement à ce que nous avions vécu la dernière fois. Tout le monde au pas de course. Il faut avoir l’air hyperactif et dans une forme physique qui éliminerait automatiquement la moitié de la population québécoise. Superman ! Et une première dans notre histoire : Superwomen. Deux femmes ont gravi les échelons un par un jusqu’au sommet de leurs partis respectifs : Pauline et Françoise. Que l’une d’entre elles ne s’avise pas de dire qu’elle est fatiguée ou qu’elle a mal à la tête ou qu’elle a mal aux pieds… elle serait disqualifiée sur-le-champ.


Il y a eu quatre débats au total. Qui a gagné, qui a perdu ? Si vous avez déjà une préférence entre les quatre, peut-être aurez-vous réussi à désigner un gagnant ou une gagnante. Sinon, vous vous demandez encore à quoi ça sert, ces combats où il ne faut surtout pas avoir l’air de donner quelque importance que ce soit à ce que racontent les personnes qui partagent votre temps et vous empêchent de vendre votre salade, qui se doit d’être la meilleure et la plus fraîche.


On a dit que Françoise David avait trouvé un ton qui a paru sympathique au public. Tant mieux. C’est une voie à explorer, mais il faut se souvenir que Françoise ne jouait pas sa tête ce soir-là et qu’elle bénéficiait d’une sorte de tolérance qu’on n’accorde jamais à Pauline, dont on sait qu’elle a appris, à travers ses longues années de pratique, à maîtriser l’art de rester féminine tout en labourant le même champ que ses adversaires masculins, qui ne lui facilitent pas la tâche en se demandant toujours si « elle sera capable ».


Pauline Marois a déjà donné 30 ans de sa vie pour nous ouvrir la porte qui semblait verrouillée pour l’éternité par des êtres aussi brillants que le maire Tremblay de Saguenay (et il n’est pas le seul). Elle a tenu bon. Peut-être réussira-t-elle cette fois-ci, et nous lui reconnaîtrons enfin le courage d’avoir ramé souvent à contre-courant et seule dans la chaloupe.


Parce que, derrière elle, il y en a des centaines qui se préparent à prendre la relève. Vous ne me croyez pas ? Elles s’appellent Martine Desjardins, Éliane Laberge, Jeanne Reynolds, Léa Clermont-Dion, Véronique, Caroline, et toutes les autres qui vont réclamer leur « juste part » de l’éducation, des emplois et des idées de changement. Elles vont être préparées à remettre la société en question au nom de l’égalité qui va devoir cesser d’être une sorte de rêve impossible à atteindre.


Grâce à Pauline et à celles qui se battent à ses côtés, grâce à celles qui n’ont jamais renoncé à réclamer un monde plus juste où on respecte de la même façon les citoyens et les citoyennes, où les politiciens méprisants et si sûrs d’eux n’auront plus de terrain de jeu, peut-être verrons-nous fleurir la démocratie qui aura enfin repris ses droits.

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