Une campagne menacée de dérapage

Nous sommes à la mi-temps d’une campagne électorale qui a été formatée par des spécialistes en communications il y a longtemps et qui est remplie de promesses souvent complètement saugrenues et en quantité suffisante pour qu’on s’empresse de les oublier au fur et à mesure qu’elles sont énoncées. Tout est pesé, mesuré ; le temps de parole, le temps de silence, le temps des sourires, les gestes, la couleur de la cravate et le nombre de poignées de main. Les couteaux volent de plus en plus bas.

Plus l’ombre d’une parcelle d’improvisation venant du coeur. Tout est froid. Calculé au centimètre près. Plus de coups de gueule bien sentis, plus de discours à faire dresser les poils des bras, plus de rêve. Des additions, des soustractions, des multiplications en quantité formidable. Des tonnes de chiffres avec l’espoir que personne ne posera de questions trop pointues.


Le règne des faiseurs d’image est à son sommet. Ils ont envahi totalement la sphère politique et ils ont fait de certains candidats des espèces de marionnettes qui récitent leurs lignes pendant que d’autres, derrière les chefs, opinent du bonnet avec l’air de s’ennuyer terriblement.


Je ne crois pas être biaisée en disant que les deux femmes, qui mènent deux formations politiques différentes, ont réussi jusqu’à maintenant à rester dignes tout en prenant leur place dans le combat que mènent « les gars » qui n’hésitent pas à frapper en bas de la ceinture chaque fois que l’occasion leur en est fournie. Pauline Marois et Françoise David nous prouvent chaque jour qu’on pourrait faire de la politique autrement et sortir enfin les débats de la désolation et des petites chicanes de « mecs » en mal de pouvoir.


Que reste-t-il de ces 17 premiers jours de la campagne électorale tant souhaitée et tant attendue ? Si vous êtes comme moi, il vous en reste peu de choses. Des bonbons en quantité suffisante pour écoeurer pas mal de monde, car les bonbons ne sont pas de même qualité pour tout le monde. Les promesses pleuvent à la tonne, mais on les oublie aussi rapidement.


J’ai cependant retenu que Madame Marois s’engageait au nom du PQ, mais aussi en son nom personnel, à fournir le nombre de places nécessaires en garderie pour les familles qui en ont besoin sans augmenter le tarif des garderies en question. Je l’ai retenu parce que c’est un des derniers engagements que j’ai entendus. J’ai retenu aussi son engagement à doter le Québec d’une charte de la laïcité, ce que j’approuve tout à fait.


Madame David, elle, a proposé un revenu minimum garanti de 12 000 $ par année pour les plus démunis. Ça aussi je l’ai retenu parce qu’il est évident que ça soulagerait les plus pauvres de notre société.


J’attends toujours qu’elles ouvrent les dossiers qui sont en souffrance et dont personne ne veut parler semble-t-il. En environnement par exemple. S’il y a un sujet sur lequel tous les partis ont fait le silence complet, c’est bien celui-là. Pendant que Pétrolia viole l’île d’Anticosti, un joyau du Québec, dans l’intention d’y trouver du pétrole, que le dossier des gaz de schiste est frappé d’un véritable enterrement électoral, qui va parler haut et fort ? C’est le meilleur moment pour obliger tous les politiciens à s’engager pourtant.


Qui va défendre la ville de Montréal alors qu’on se ferme les yeux et les oreilles pour ne pas avoir à répondre à ses besoins. L’enfant chéri de la politique s’appelle Québec. Tout le monde le sait. Ça commence d’ailleurs à ressembler à une injustice bien organisée. Montréal est en souffrance. Ses hôpitaux sont vétustes, ses écoles sont trop souvent contaminées aux moisissures qui menacent la santé des enfants, la pauvreté est flagrante et les plus pauvres couchent sur les bancs des parcs. Pendant ce temps, on va construire un anneau de glace à Québec…


La culture, cette formidable industrie qu’on fait semblant d’ignorer, même si elle rapporte 10 milliards chaque année et qu’elle emploie 120 000 personnes, beau temps mauvais temps, la culture a été totalement absente de la campagne en cours. C’est un silence qui fait peur.


La violence faite aux femmes, jour après jour, semaine après semaine, parce que les hommes manquent de ressources d’accompagnement quand ils sont en crise, personne n’en parle. Et la survie du registre des armes à feu dont Ottawa nous a dépouillés, exige un plan B pour la suite des choses. Les femmes ont le droit d’exiger des réponses. Des femmes meurent pratiquement chaque semaine, assassinées, sans qu’il y ait des manifestations dans les rues.


Dans 17 autres jours, la campagne électorale sera terminée. Il sera sans doute trop tard pour réveiller tous ces candidats et candidates qu’on devrait obliger à nous prêter serment à nous, les citoyens, qui allons leur accorder notre confiance. Il reste 17 jours. Nous avez-vous entendus ?

18 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 17 août 2012 06 h 26

    Pourquoi l'ignore-t-on?

    Il y en a un qui veut nous parler des vraies choses: de nos richesses naturelles, de changements démocratiques, de scolarité gratuite, du respect de l'environnement, d'une économie au service de la population. Il y en a un qui nous parle d'un pays maintenant, un pays réalisable, un pays rentable, un pays pour nous.
    Il est tellement redouté de ses adversaires qu'ils ne veulent pas le voir sur les mêmes tribunes qu'eux.
    Bien sûr ils se déclarent tous grands démocrates. Ils proclament que la démocratie s'applique à tout le monde. Sauf, bien sûr, à Jean-Martin Aussant. Celui-ci doit demeurer sans voix. Il faut exclure l'ON et ses 3 500 membres et des dizaines de milliers de sympathisants de tous les débats. Contrairement à Voltaire qui disait:""Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour votre droit de le dire." eux préfèrent statuer qu'il faut priver de voix ceux qui ont vraiment des choses à dire.
    Pareille attitude explique bien le cynisme grandissant de la population pour la politique.

    • Patrice Hildgen - Inscrit 17 août 2012 22 h 24

      Il fait peur parce que son discours est clair, cohérent et porte l'espoir.

  • Louise Bernard - Abonné 17 août 2012 08 h 26

    l'anneau de glace

    Chère Lise,
    Je me permets de vous appeler Lise ayant à quelques années près, votre âge.
    Je voudrais juste vous dire que la différence entre Québec et Montréal, n'est pas dans le traitement différent que l'on reçoit du gouvernement provincial, bien que Québec soit la capitale. Non, je crois que la différence vient de notre maire, coloré à soit, mais complètement investi dans sa mission de tout faire pour sa ville, pour qu'elle soit plus belle, plus dynamique, plus performante, plus riche, etc, Nous avons eu la grande chance dans le passé d'avoir eu un autre maire qui s'est donné complètement pour sa ville. Je parle du maire Lallier.
    Voilà, pour votre critique de "l'anneau de glace" de Québec.

    • Alain Castonguay - Abonné 18 août 2012 09 h 41

      Je suis d'accord avec ce point de vue, même si j'ai de grandes réserves à l'égard du maire Labeaume. Trop de chroniqueurs des quotidiens montréalais relèvent des exemples similaires de projets bien menés et financés à Québec pour critiquer les choix du gouvernement. On l'a vu dans le dossier des droits de scolarité, où j'ai lu plusieurs parallèles qui ont été faits avec les 400 millions $ de fonds publics pour l'amphithéâtre Québecor.
      Cela dit, je profite de l'occasion pour féliciter Mme Payette pour son travail, ses cinq ans de chroniques au Devoir et pour la qualité de son apport à la réflexion de notre vie démocratique. Longue vie à vous!

  • Ruth Lapierre - Inscrite 17 août 2012 08 h 43

    Et le rôle des médias?

    Quand on parle de faiseurs d'images il serait peut-être important de se rappeler la collaboration des médias, et des journaux en particulier, à la diffusion des images qu'ils fabriquent. Le récent exemple de la dérive médiatique sur les propos qu'a tenus Pauline Marois au sujet des saines habitudes de vie le montre : aucun journal - pas même Le Devoir - ne s'est soucié de souligner que Pauline Marois n'avait jamais parlé de poids, ni d'obésité, ni de surcharge pondérale. Ce sont les médias qui ont fait l'équation en relayant ainsi le message dont «avait besoin» la CAQ pour des fins faciles à imaginer. Et c'est chaque fois pareil : Djamila Benhabib, ça vous dit quelque chose? On a remplacé en cinq secondes le contenu de sa réflexion sur la laïcité par la photo d'un crucifix et les niaiseries du maire Tremblay (l'autre), suivies des niaiseries du maire de Trois-Rivières, suivies des niaiseries du candidat Simard, suivies d'un sondage dans La Presse, et ainsi de suite. On s'assure ainsi que la discussion n'aura pas lieu en créant une controverse futile; c'est exactement ce que les faiseurs d'images souhaitent. De l'image, rien que de l'image.

    René Lapierre

    • Pierre Bellefeuille - Inscrit 17 août 2012 11 h 08

      Je partage entièrement ce point de vue!

    • Monique Girard - Abonnée 17 août 2012 11 h 14

      Tout à fait d'accord avec vous monsieur Lapierre! C'est désolant de constater toute cette manipulation que nous subissons de la part des médias. Et pourtant, je respecte la profession de journaliste, nous en avons besoin pour la bonne santé de notre démocratie. On n'a qu'à penser au travail des journalistes d'Enquête. Cependant, certains font honte à cette profession. Ils décident de la nouvelle et s'il n'y a pas matière à nouvelle, il n'y a rien là, ils vont la fabriquer. J'ai peu de respect pour les faiseux et non faiseurs d'images.....Je trouve qu'avec tous ces supposés professionnels, la population est fortement méprisée.

    • Julie-Anne Richard - Inscrit 17 août 2012 12 h 07

      Je suis bien d'accord avec vous M. Lapierre. Les journalistes s'empressent de sauter sur la micro faille qui pourrait faire scandale le lendemain en gros titre. Résultat: plus personne ne se mouille. Désolant!

    • Denis Beausoleil - Inscrit 17 août 2012 12 h 53

      Tout à fait d'accord avec vous M. Lapierre. J'en suis même écoeurée et complètement découragée, car mon espoir d'avoir une bonne couverture, sinon correcte pour prendre une décision éclairée, s'amenuise de jour en jour.
      O. Lessard
      Une chance que mon choix est déjà fait!!!

    • René Pigeon - Abonné 17 août 2012 14 h 39

      Journalistes indépendants d'Enquête de Radio-Canada vs médias quotidiens :
      J’appui sans réserve les commentaires de Ruth Lapierre et Monique Girard. Le commentaire de Mme Girard révèle la différence entre les journalistes d'Enquête de Radio-Canada qui font des reportages équilibrés avec indépendance et ceux des quotidiens supervisés par chefs de pupitre trop soucieux de récolter des tirages et cotes d’écoute qui détournent l’attention des enjeux vers des éléments susceptibles de controverse fabriqués ou réels mais. René Pigeon

    • Alain Castonguay - Abonné 18 août 2012 09 h 56

      Je pense que René Pigeon n'a pas bien compris le message de Monique Girard à propos de l'émission "Enquête".
      Le topo sur la filature de M. Brandone aurait pu être un élément important de la campagne, et manifestement, il a surtout servi à ramener la question de l'éthique en matière de gestion gouvernementale au cœur de la campagne. Cela n'était pas le meilleur reportage de cette dynamique équipe de reporters, alors espérons que cela n'affecte pas trop leur réputation. Après tout, c'est grâce au travail de ces gens que nous devons la commission Charbonneau.
      Quant au commentaire de Ruth Lapierre, il illustre un problème que je déplore depuis des années et qui n'ira certes pas en s'améliorant: les médias (sauf Le Devoir!) sont devenus des filiales de grands empires du divertissement. On ne peut donc pas s'attendre à autre chose que ce que nous voyons en ce moment: mélange des genres journalistiques, faux débats qui suscitent des controverses bidons, intérêt malsain pour les scandales, autant d'éléments qui nous mènent vers une société qui ressemble à tout ce que nous haïssons de nos voisins américains: culte de l'individualisme et de la réussite financière, violence, inégalités sociales, la foi religieuse comme muraille, protectionnisme, etc.

  • François Dugal - Inscrit 17 août 2012 09 h 10

    Entendus?

    «Nous avez-vous entendus?»
    Non, répondent en chœur nos chers politiciens.
    Élisez-nous et, ensuite, on va s'occuper de vous.
    Devrions-nous dire merci?

  • Pierre Cardinal - Abonné 17 août 2012 10 h 53

    Espoir

    En matière d'environnement l'espoir est du côté du Parti Québécois, grâce à Martine Ouellette, Scott MacKay et Daniel Breton