Dans l’œil du citoyen - La confiance

Le citoyen moyen n’existe pas. La nation québécoise est fragmentée, comme le sont toutes les nations modernes. Nos opinions, nos intérêts et nos aspirations s’opposent parfois. Le conflit est normal dans une société. Les campagnes électorales sont des moments où s’expriment ces divergences. Le débat peut être vif. C’est l’art de la guerre qui s’impose.

Il faut seulement se rappeler que l’art de la guerre n’est pas l’art de gouverner. Au terme des hostilités électorales, la plupart d’entre nous espèrent retrouver une paix qui s’articule autour de quelques principes, valeurs et préférences majoritaires, confirmées par le résultat du vote. La victoire doit susciter un ralliement, au moins provisoire.

Ce ralliement se construit généralement autour d’une priorité largement partagée, d’une nécessité collective vitale incarnée par un chef, son équipe et son parti, à un moment précis de l’Histoire.

Cette priorité peut être économique, comme en 2008, alors que nous étions plongés en pleine crise financière mondiale et que nous craignions pour nos emplois, nos maisons et nos fonds de retraite. Elle peut porter sur le désir d’une affirmation nationale ou d’un pays, comme en 1994, quand le PQ de Jacques Parizeau a pris le pouvoir, après dix ans de débats constitutionnels stériles.


Aujourd’hui, de quoi avons-nous majoritairement envie ? Je pense bien humblement que nous avons besoin de retrouver un peu de confiance en nous comme collectivité. Cela implique que nous reprenions confiance dans la politique, car c’est le principal moyen que nous avons pour résoudre ensemble les problèmes qui nous dépassent comme individus et permettre la réalisation de nos aspirations communes.


Le rétablissement de la confiance envers nos institutions démocratiques, envers les hommes et les femmes politiques et envers notre capacité de développer le Québec dans le respect des personnes, des collectivités et des territoires que nous partageons, est à mon avis l’enjeu unique de la présente campagne électorale.


Sans confiance dans la politique, on ne réussit pas le Plan Nord. Sans elle, on ne fait pas l’indépendance non plus. On ne réforme pas l’administration publique ni ne peut construire une société plus égalitaire. Tous les autres objectifs lui sont subordonnés.


***


Pour l’édition 2012 de L’état du Québec, un ouvrage de référence que nous publions à l’Institut du Nouveau Monde sur une base annuelle, nous avons commandé un sondage et publié un dossier sur le leadership. Bref, sur ce qui devrait nous rassembler. La réponse est sans équivoque. Pour 80 % des répondants, le Québec vit une crise de leadership.


Les deux qualités les plus recherchées chez un leader, selon notre sondage, sont la compétence et l’honnêteté. Les Québécois cherchent un bon intendant pour le Québec.


Le charisme et l’avant-gardisme sont des qualités qui arrivent loin derrière dans le classement que nous avons obtenu. L’arrogance et le caractère tranchant sont les deux caractéristiques qui déplaisent le plus aux répondants.


Les Québécois n’ont pas soif de réformes ni n’aspirent à être gouvernés par un matamore. Ils veulent simplement une certaine efficacité de la part d’un gouvernement honnête et intègre.


Or, la confiance sur ces deux aspects (efficacité et honnêteté) a été largement émoussée au cours des dernières années. D’un côté, les allégations de corruption, de copinage et de collusion ont ruiné la confiance dans la neutralité de l’État. La corruption est un cancer pour la démocratie qu’on n’a pas le droit de banaliser.


De l’autre côté, la population croit de moins en moins en l’efficacité de nos services publics : on se bat pour une place en garderie, on attend à l’hôpital et on décroche de l’école.


Il n’est pas étonnant de constater que les citoyens recherchent dans le privé des réponses à leurs besoins. Du coup, c’est l’expectative d’égalité des chances qui se fragilise, le chacun pour soi qui s’impose et la capacité de croire en nous, de se faire confiance entre nous, qui s’estompe. De même que la volonté d’agir pour le bien commun.


Une campagne électorale ne règle jamais grand-chose. Mais ce peut être une étape vers un changement. Nous verrons ce que celle-ci nous réserve. J’ose espérer.

15 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 4 août 2012 07 h 01

    Faites attention quand même...

    On voudrait le présenter comme non partisan, mais Michel Venne se définit lui-même comme un citoyen qui serait né souverainiste. C'est ce qu'il écrit dans son livre "Souverainistes, que faire?" , de même que dans l'autre "Les porteurs de liberté."

    Rien n'empêche de lirs ses textes, mais avec un peu de réalisme...

    • Philippe Landry - Inscrit 5 août 2012 23 h 49

      Merci de nous préserver de l'hérésie séparatiste, M. Paquet

  • Claude Smith - Abonné 4 août 2012 10 h 04

    La solidarité

    Ce qui m'inquiète particulièrement, c'est ce que vous mentionnez dans votre avant-dernier paragraphe. Dans une telle parspective, le peuple se trouve dans une position de faiblesse laissant la place et le contrôle à une riche minorité qui prend des décisions en rapport avec ses propres intérêts.

    À moyen terme, la majorité de la population, notamment la classe moyenne, se retrouve perdante.

    Claude Smith

  • Roland Guerre - Inscrit 4 août 2012 10 h 09

    Engagement

    Votre première chronique bénéficie des faveurs de Clio. Au moment où nous évoquons la longue nuit du 4 août 1789, qui a aboli les privilèges, en France, vous analysez le paysage contemporain, les aspirations des Québécois. Les deux époques partagent la soif d'égalité et de justice, le désir de maîtriser la transition vécue. Les cahiers de doléances, le manifeste de la Classe éclairent le débat qui s'ouvre. La jeune génération, qui brosse un tableau rigoureux des problèmes affrontés, pèsera sur la campagne, le scrutin, modifiera le paysage politique, répondra à votre espérance. Encouragez les citoyens, appelés, au fil de votre chronique hebdomadaire, à se dépasser, à lutter pour la restauration des libertés fondamentales et de la charte sociale.

  • Marc O. Rainville - Abonné 4 août 2012 10 h 55

    Élections, piège à...

    ''Pour 80 % des répondants, le Québec vit une crise de leadership.''
    On a le Team Desmarais qui s'en occupe !

  • Saivann Carignan - Inscrit 4 août 2012 11 h 03

    pas de confiance pour les politiciens

    A mon avis, avoir confiance envers des politiciens à qui nous cédons nos pouvoir est non seulement malsain mais aussi très peu souhaitable. C'est une des premières raisons pour lesquelles les gouvernements peuvent trahir leur peuple en toute impunité. Un gouvernement qui se respecte espère des citoyens investis et exigeants envers la politique, il ne demande pas une confiance, il essaie de s'en rendre digne en permanence par ses actes.

    À mon avis, c'est envers eux-même que les québécois devraient rebâtir une confiance. Ce n'est qu'à ce niveau que peut découler de grands projets de société.