Transparence à Rome - Quand la banque du Vatican ouvre ses livres

Le Pape Benoît XVI a imposé un plus strict régime en matière de finances, au Vatican.
Photo: Agence France-Presse (photo) Andreas Solaro Le Pape Benoît XVI a imposé un plus strict régime en matière de finances, au Vatican.

Le Vatican a obtenu du Conseil de l’Europe un certificat temporaire d’intégrité pour l’Institut pour les oeuvres de religion (IOR), « la banque du Vatican », et pour les autres services du Saint-Siège. Cette nouvelle est doublement significative. D’abord, le petit État catholique n’est pas, comme certains le prétendent, un refuge pour l’argent sale et le financement du terrorisme. Toutefois, pour dissiper les doutes, voire pour corriger des failles, Benoît XVI a dû faire appel à des experts indépendants.

Au milieu des scandales qui, un peu partout, secouent le monde financier, les mésaventures passées du Vatican et les rumeurs récentes de favoritisme paraissent pas mal moins graves. Mais de la part d’une autorité morale qui prétend enseigner l’intégrité aux nations, la moindre faute, le moindre doute était devenu intolérable. En outre, le pouvoir politique de l’Église de Rome était en jeu, le Vatican tenant toujours à son statut d’État européen et de membre des Nations unies. Qui veut se faire traiter d’«État voyou » ?


À défaut de civiliser les banques, les Européens entendent leur interdire l’argent du crime et le financement de la terreur. Cet exercice est volontaire, mais le Vatican ne pouvait s’abstenir d’y participer. Or, les vérificateurs du Conseil ont pu constater que le pape a fait diligence pour contrer ces méfaits, se prêter volontiers à un examen de son nouveau régime et combler au besoin les lacunes signalées, une correction qui se poursuit encore aujourd’hui.


D’aucuns expliquent l’empressement du Vatican par la crainte de voir les autorités italiennes s’ingérer dans les affaires financières de l’IOR et du Saint-Siège lui-même. C’est là sans doute minimiser l’action de Benoît XVI, un pape qu’on tient pour archiconservateur, mais qui aura eu en horreur, autant que les déviations théologiques, les fautes d’une Église dont il fut un témoin privilégié au long de ses années passées à Rome avant de succéder à Jean-Paul II.


Une telle réforme marque néanmoins un changement radical pour l’Église catholique. « À cause des spoliations dont la papauté et l’Église ont souffert tout au long des siècles, écrit l’historien P. Simonnot, se sont développés une longue tradition et un véritable culte du secret financier aussi bien au Vatican que dans les diocèses. » La banque du Vatican, note-t-il, a pu servir à des donateurs italiens à « sortir leur argent d’Italie », mais aussi à un Jean-Paul II à aider Solidarnosc au temps de la loi martiale en Pologne!


Créée en 1887, l’IOR fonctionne comme une banque, y compris pour les transferts d’argent. Cependant, ses comptes et guichets étaient réservés aux résidents de la Cité, aux diplomates auprès du Saint-Siège, au personnel de la Curie, aux gens d’oeuvres religieuses. L’économie du Vatican n’étant pas « privée » mais publique, les affaires commerciales ne devaient pas y avoir recours. Or, l’IOR ayant perdu des millions, en 1974, dans la faillite d’une banque privée liée à la mafia, des réformes durent néanmoins être apportées.


Elles étaient insuffisantes. Depuis, Benoît XVI a imposé un plus strict régime. Certaines des lacunes signalées par les vérificateurs tiennent peut-être aux résistances de la trop célèbre Curie romaine. Mais l’opposition à un tel exercice, faut-il croire, est plus forte ailleurs, notamment dans les pays laxistes. Le problème du Vatican n’en serait donc pas lié à des complicités ou des infiltrations, mais plutôt à une « gendarmerie » peu nombreuse et peu rompue à la criminalité financière.


Des enquêteurs du gouvernement de l’Italie soupçonnaient l’IOR d’avoir, faute de contrôle, laissé certains détenteurs de comptes servir de prête-noms au crime organisé, ce que la banque a nié. Ils prétendaient aussi que des politiciens italiens étaient au nombre de ses 33 000 clients, ce que l’IOR a nié. Mais déjà, assure-t-on, les comptes à numéros anonymes ne seront plus autorisés. Une direction nouvelle à la banque du Vatican devrait dissiper ces incertitudes.


Autre difficulté, le Vatican est un petit État, mais son rôle religieux lui vaut d’avoir sur son territoire, et donc sous sa responsabilité, une cinquantaine d’organisations à but non lucratif. Ces organismes ne sont pas immunisés contre la fraude ni même contre la manipulation politique et l’infiltration mafieuse ou terroriste. On présume aussi, parfois à tort, que leur dévouement ou leur souci humanitaire les prémunissent contre les abus. Le Vatican s’applique à en surveiller l’orthodoxie. Il devra désormais veiller sans doute aussi à leur intégrité.


« Nous avons posé les bases d’un système solide et durable de lutte contre le recyclage de l’argent et le financement du terrorisme », déclarait en conférence de presse Mgr Ettore Balestero, sous-secrétaire responsable des rapports avec les États. Le Vatican, a-t-il ajouté, désire « renforcer ce système » et devenir « un partenaire fiable de la communauté internationale ». Au vu de la situation bancaire internationale, le Saint-Siège pourrait aussi bien se faire l’artisan d’un nettoyage mondial de la finance.


À l’époque actuelle, en effet, le secret bancaire tout comme le secret professionnel, la souveraineté des États tout comme l’autonomie des institutions privées sont devenus d’utiles paravents, non seulement pour l’argent sale et le terrorisme, mais aussi pour le brigandage international, l’achat des cabinets politiques et l’exploitation de sociétés entières. Or, s’il est un endroit où cela devrait être clair, c’est à Rome. N’est-il pas écrit : «Ils ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leurs oeuvres étaient mauvaises»?

 

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Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.

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3 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 23 juillet 2012 07 h 21

    Là où

    il y a beaucoup d'argent, il y a beaucoup de tentant. À la grande tentation, peu ne succombe, surtout s’il nage en eaux secrètes. Trop d’argent rend les paupières lourdes et assèche les cœurs. Peu d’argent fait survivre et vivre en cohérence avec ses valeurs. L’argent secret qui stagne révèle vite odeur loin de la fleur. Réellement pauvre, l‘Église aura meilleure odeur attirante.

    • Jeannot Duchesne - Inscrit 23 juillet 2012 09 h 24

      Monsieur Bureau, votre commentaire ressemble plus à un chant de sirène au quel il ne faut surtout pas succomber de peur qu'on nous ferme les paupières une fois pur toute. Certes que le Vatican doit être transparent et redevable mais le Vatican ce n'est pas l'Église.

      La pauvreté de l'Église se retrouve dans les valeurs de ses membres qui ne se laissent pas submerger par le matériel et les facilités de la vie. Il y une espérance, une foi en quelqu'un qui guérissait et qui est ressucité. Il ne demandait pas qu'on abrège la vie. Il est venu pour la transmettre.

  • Yvon Bureau - Abonné 23 juillet 2012 14 h 22

    Évasion fiscale

    Monsieur Leclerc,
    parlant d'argent, L'Église catholique a-t-elle déjà condamné cet agir, ce fléau ? Le catholique qui pratique l'évasion fiscale commet-il une faute grave?

    Il y aurait des centaines de milliards en évasion fiscale ? Les conséquences négatives sont si énormes.

    Il m'arrive de croire que bien des catholiques le font, conscience en paix. Curieuse de morale.