Le mauvais garçon

Tous les chemins mènent à Compostelle… La métamorphose d’un mauvais garçon est le thème du film Les doigts croches de Ken Scott. Ici, la racaille des grands chemins est incarnée par Roy Dupuis, Paolo Noël, Jean-Pierre Bergeron, Claude Legault et Patrice Robitaille.
Photo: Alliance Vivafilm Tous les chemins mènent à Compostelle… La métamorphose d’un mauvais garçon est le thème du film Les doigts croches de Ken Scott. Ici, la racaille des grands chemins est incarnée par Roy Dupuis, Paolo Noël, Jean-Pierre Bergeron, Claude Legault et Patrice Robitaille.

On le dirait conçu sur mesure pour alimenter le cinoche intime de « drama queens » de telenovela. Leur mantra, à elles : je souffre, donc j’existe. Et le sien : pleure toujours, tu m’intéresses. Il faut dire qu’il a du genre, l’animal. Une dégaine à la Johnny, un style vestimentaire étudié, le tatouage assumé, une gueule d’ange déchu, le regard ourlé de promesses déjà oubliées avec l’aube, un rien de machisme latent. C’est le rebelle sans cause, l’écorché vif qui cherche sa revanche sur le destin (et l’amour), le vaurien qui ne vaut pas tellement plus cher l’once le lendemain, l’agace de première, le séducteur à la petite semaine, le passif agressif enjôleur, la gueule d’amour qui fait pâlir les lucioles d’envie, vous décrocherait la lune s’il pouvait retrouver l’escabeau.


Il est comme ça, ce garçon qui fait damner tous les autres, les ponctuels, les gentils, les galants, les bons gars, ceux qui ne pètent pas au lit et attendent leur tour, ne piqueraient pas la gonzesse de leur meilleur ami ou ne défloreraient pas la fille de leur vieux pote.


Comment il fait pour avoir la touche ? Ça tient de la légende, du charme ou du mystère, et il le cultive au 15-30-15. Toutes générations et tous sexes confondus, on en redemande, le spectacle est en prolongation, comme Broue après 33 années. Et l’été nous le ramène sur toutes les scènes, dans tous les festivals, applaudi, adulé, machine à fabriquer les groupies en proie à la dilection propre aux fantasmes inassouvis.

 

Il ne pète plus au lit avec elle


On peut être un mauvais garçon toute sa vie, mais le modèle repentant offre un léger supplément d’âme et la perspective enivrante qu’on puisse finir par le changer. Dans le cas de Jamil, chanteur parfois mal embouché (Je pète au lit avec elle, Je ronfle, Des bébés partout), auteur-compositeur à la fois cru et tendre (Pitié pour les bums), l’expiation a duré 40 jours et pris la forme du chemin de Compostelle dont il rentre tout juste. Jamil m’a juré que cela n’avait rien à voir avec le repentir, qu’il voulait simplement se sculpter le galbe du mollet et renouer avec la bonne humeur de son enfance. Mission accomplie. J’ai tâté du mollet et de la bonne humeur en question.


40 jours de quasi-solitude à cheminer sur « el camino » de six à dix heures par jour, ça forge le caractère mais ça ne change pas le (mauvais) garçon : « J’ai quand même allumé quelques lampions - pour les autres ! - et pris quelques brosses mémorables. Le Rioja était à quatre euros la bouteille… » Et il a pu méditer longuement sur des phrases profondes comme : « La vie est la recherche de quelque chose par le néant. »


Pour me faire plaisir, Jamil avoue avoir déjà été manipulateur, mais précise qu’il n’a pas la trempe du « bad boy ». « Je ne suis pas bad, je ne suis pas rose. Je suis juste un gars. Point. » Jeconfirme ; j’ai vu la pièce Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus avec lui. Et c’est un vrai Martien. Point.


Et puis, à 51 piges et un AVC en banque, il constate que les belles filles ne lui suffisent plus : « Encore un trouble de plus, tabarnak ! Maintenant, il faut qu’elles aient quelque chose à dire ! » D’ailleurs, son prochain spectacle, présenté cet automne, s’intitulera T’es pas comme ma mère. Prenez note : le (mauvais) garçon a aussi une mère devant laquelle il perd tous ses moyens et redevient un petit garçon.


Et pourtant, l’adorable raclure a encore de belles aurores boréales devant lui. Mon ami Antoine le sait, lui, bon gars de base, beau mec athlétique en plus, bardé d’amitiés féminines qui ont étanché des bouteilles de Mateus sous sa tente et « zipé » leur sac de couchage avec le sien pour s’épandre contre son épaule : « Toi, je sais que je peux vraiment te faire confiance… »


Le pauvre, il se sent floué. Car Antoine a aussi un côté « destroy » et sa moto sport 1000 cc a plaqué bien des filles contre ses fesses moulées dans sa combinaison de cuir rouge et blanche. « Une moto sport, c’est comme une relation, dit-il, tu ne peux pas t’engager à moitié : il faut faire corps. Et ça excite les filles. Je crois que c’est l’intensité qu’elles recherchent. Et le cuir, qui fait ressortir l’animalité. Tu mets ta vie entre les mains d’un gars et tu frôles la limite les yeux grands ouverts. Selon moi, c’est ce que le bad boy envoie comme message inconscient. »


Remède à l’ennui


Vrai, le mauvais garçon nous fait miroiter des baises d’enfer et des émotions intenses, les montagnes russes de l’énamourement. « Il attire les femmes qui s’ennuient ou celles qui sont affligées du syndrome de l’infirmière et qui s’imaginent le sauver. On n’a qu’à penser à tous les criminels qui ont un fan club et reçoivent des lettres d’amour d’étrangères en prison », prétend mon amie Léa, qui a longuement étudié la bête pour vite s’en lasser. « D’ailleurs, l’archétype du bad boy est aussi fort chez les gays ! »


Je me disais que les plus jeunes échappaient probablement à cet attrait masochiste qui a fait de Piaf une héroïne. En consultant mon beau-fils de 14 ans, jeune homme charmant, poli et craquant, je m’aperçois qu’il y a de la relève pour les admiratrices de Cantat. « Les filles sont attirées par le mystère. Tu ne sais pas ce qui va arriver avec un bad boy, remarque-t-il. C’est comme la chanteuse Rihanna, qui s’est fait tabasser par son copain Chris Brown et qui a dit après qu’elle n’aimait pas les garçons gentils. Elle préfère les gars imprévisibles, le thrill… Finalement, c’est comme la drogue, elles aiment l’intensité et le défi. »


Le charmant beau-fils a expérimenté ce qu’une étiquette de « player » (garçon infidèle ET manipulateur) peut vous rapporter au box-office : « À mon école, cet hiver, il y avait trois filles en amour avec moi et ça m’a valu une réputation de “ player ”. En moins d’un mois, j’avais onze filles qui voulaient sortir avec moi. »


« On peut dire tout ce qu’on veut du bad boy, conclut mon copain Antoine. Mais au bout du compte, contrairement au salaud de base, il a une éthique, une fibre morale. C’est pour ça qu’il attire tant. C’est le gars qui va venir te prendre la main lorsque tu es vraiment dans la merde, quitte à la lâcher après. Au fond, c’est un jeu de rôle et ça pogne ! »


Pour avoir moi-même joué (trop) longtemps, je constate que le jeu n’en valait pas la chandelle. Ni les lampions. Ni même le feu.


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Découvert grâce à Jamil la jeune chanteuse française Giedré. Il la trouve plus trash que lui sous ses airs de sainte-nitouche. « Je voudrais qu’elle fasse la première partie de mon spectacle ; comme ça, j’aurais l’air d’un agneau après elle », jure-t-il. Jugez-en vous-même dans Pisser debout, une version drue du Si j’étais un homme de Diane Tell. 

 

Appris que les lampions sur le chemin de Compostelle étaient désormais munis d’ampoules DEL. Plus propres (pas de suie), mais moins romantiques et dont l’efficacité reste à prouver rayon souhaits.

 

Noté que le slameur David Goudreault (coupe du monde slam en 2011), ex-mauvais garçon recyclé dans la poésie oratoire, donnera un spectacle très intime demain soir, accompagné d’un piano et d’un violoncelle dans la charmante église d’Austin. Comme quoi, l’Église peut tout pardonner. Samedi 21 juillet à 20 h. Contribution volontaire de 10 $. Réservations et 450 297-1009.

 

Souri devant To Rome with Love, le dernier Woody Allen. Ça se passe à Rome, il y a beaucoup d’histoires d’amour, et quelques gentils garçons qui font des bêtises de mauvais garçons, mais à la fin tout le monde redevient gentil et tutto va bene. Moins bon que Midnight in Paris, mais pour les inconditionnels, Woody joue toujours aussi bien son propre rôle. Et ça donne le goût de chanter sous la douche, je ne vous dis pas pourquoi.


Renoué avec mon pote le commissaire San-Antonio. Le tome 10 de ses élucubrations argotiques vient d’être publié dans la collection « Bouquins » de Robert Laffont. Ça faisait un bail que je n’avais pas relu Frédéric Dard. Pour la gouaille, le machisme, le mauvais genre, l’obsession du zigzigplomplon (vous chercherez dans le dictionnaire), la langue verte et le tutoiement du lecteur. Et la philosophie sous-jacente, largement sous-estimée : « Tout est question de prétextes, dans l’existence. Faut toujours en trouver de crédibles, n’importe s’ils sont vrais. La vérité, c’est ce que croient les autres et non ce qui est réellement. Une grande partie de notre civilisation est bâtie sur des mensonges admis. »


Bouquin de candidat politique à la plage…

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JOBLOG
 

Vivre, c’est mourir un peu

J’oubliais presque de vous parler d’une exposition qui me tient d’autant plus à cœur que j’en ai été la porte-parole il y a deux ans lorsqu’elle a été dévoilée au Musée des religions du monde à Nicolet. 
 

Cette fois-ci, À la vie, à la mort est présentée dans les dépendances de la basilique Notre-Dame du Vieux-Montréal, point de chute touristico-baroco-mystique s’il en est. 
 

Et le lieu est particulièrement bien choisi pour mettre en valeur cette série de photographies de mourants, avant-après. Leurs commentaires ne sont pas superflus, non plus. 
 

On n’a pas tant d’occasions de méditer sur le sens de la vie, l’instant présent et la joie d’exister. En voici une qu’il ne faut pas louper. 

 

À l’espace B, jusqu’au 8 octobre.

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cherejoblo@ledevoir.com

Twitter.com/@cherejoblo






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