La belle affaire de l’inspecteur Neuville

Il n’est pas mal rasé, il n’est pas dépressif, ni alcoolique, ni divorcé. Il a une femme qu’il aime, un jeune fils qu’il adore, de saines habitudes de vie. Mais il est bel et bien… inspecteur de police. Depuis peu, il faut dire.


Jonathan Neuville, jusque-là confiné à s’occuper de délits mineurs comme aide-enquêteur en région éloignée, vient d’avoir une promotion. Il s’amène à Montréal tout fier, tout feu tout flamme, déterminé à prouver qu’il est digne de confiance et apte à gravir les échelons.


C’est le point de départ du roman… ou presque. Nous verrons d’abord dans quelles circonstances tragiques le nouvel inspecteur entre en fonction. Et ces quelques pages d’introduction, en soi, sont une réussite.


Le climat s’installe tout de suite. Nous sommes entre chien et loup. Sur la route. La musique de Bach emplit l’habitacle de l’auto. L’occupant, un inspecteur bientôt cinquantenaire, un certain Darmont, rentre chez lui à la campagne, où sa femme l’attend.


C’est le moment idéal, pour lui, de laisser aller ses pensées. De laisser venir à lui la perle manquante. De trouver, dans un éclair de génie, la solution d’une affaire qui semblait pourtant impossible à résoudre.


Mais quelque chose va se produire qu’il n’attendait pas. Que nous n’attendions pas non plus. Bang. Changement complet de climat, d’univers. Tandis qu’une part de mystère demeure, flotte dans l’air.


Ce sera comme ça constamment, dans L’affaire Brenner. On passera d’un monde à l’autre, continuellement, avec, chaque fois, l’impression d’y être vraiment. Sans pour autant tout comprendre. Mais sans pour autant perdre de vue le fil principal du récit, sa raison d’être.

 

L’affaire des mains coupées


Dans son roman précédent, Colomia, finaliste au Prix du Gouverneur général en 2008, l’auteur nous transportait dans le milieu carcéral, vu de l’intérieur. Cette fois, Jean-Pierre Trépanier, ex-bibliothécaire dans un pénitencier, nous amène carrément sur le terrain. Le terrain du crime, de l’horreur. Et de l’enquête.


Sitôt présenté par le patron à ses nouveaux collègues, Neuville hérite d’un dossier en cours, dont l’enquête en est à ses balbutiements. Des restes humains découverts dans les poubelles.


C’est l’affaire dite des mains coupées. Pas de témoin, pas de suspect. Quelques notes griffonnées par l’enquêteur précédent, qui répond maintenant aux abonnés absents. Et des analyses de labo encore à faire. C’est tout. Par où commencer ?

 

Dossier brûlant


Entre-temps, de jeunes ados s’amènent dans une maison abandonnée, où un homme s’est déjà pendu. À la nuit tombée, ils jouent à se faire peur. Ils s’amusent à interpeller les esprits, au moyen d’une planche de Ouija.


Entre-temps, un homme bizarre se promène dans la ville, résistant à l’envie de regarder en direction d’une cour d’école. Il fait des cauchemars la nuit. Et prend sa douche plusieurs fois par jour. Il s’avère maniaque de propreté. Avide de pureté.


Entre-temps, le jeune inspecteur s’ennuie de sa femme et de son fils, qui devraient emménager bientôt avec lui. Il renoue avec sa soeur, victime d’un accident d’auto plus de vingt ans auparavant, et qui ne s’en remet pas. Il fréquente aussi un ex-coéquipier, en pleine déprime, avec qui il avait été pris en otage dans le passé.


Les restrictions budgétaires font des ravages au bureau. Les enquêteurs sont surchargés. Neuville, de son côté, se voit remettre entre les mains une patate chaude. Saura-t-il résister aux pressions, garder sa droiture dans cette affaire de viol où le fils du ministre de la Sécurité serait impliqué ?

 

Meurtrier historique


Chaque aspect du récit, chaque strate en apparence indépendante des autres connaîtra des avancées, des développements, parallèlement. Jusqu’au dénouement.


Le tout, savamment orchestré. Malgré les dialogues, parfois un peu trop affectés. Malgré les discours de certains experts, parfois un peu trop appuyés, quand ils n’apparaissent pas juste simplets. Et malgré quelques passages qui flairent un peu trop les bons sentiments.


L’enquête, elle, avance à petits pas. La piste d’une secte adepte de rituels maléfiques se présente. Puis une autre. Tandis que deux jeunes enfants sont portés disparus. Ça se complique. Puis, ça se précipite.


Il faut accepter de ne pas tout comprendre. Il faut accepter, une fois le livre refermé, que le mystère continue à planer concernant certains phénomènes étranges. L’affaire Brenner flirte avec le fantastique.


On retrouve aussi une touche historique. Des références, surtout, à l’ancien compagnon d’armes de Jeanne d’Arc, qui s’est avéré l’un des meurtriers les plus sanguinaires de l’histoire. De Retz, son nom. Gilles De Retz. Ou de Rais. Mieux connu aujourd’hui dans la mythologie sous le nom de Barbe-Bleue.


Chemin faisant, on s’attache au personnage du jeune inspecteur Neuville. On aimerait en savoir plus sur lui, sur son passé, sur les démons qui se cachent (peut-être) dans son placard. On voudrait le voir évoluer, le voir vieillir, pourquoi pas ? Le voir encore à l’oeuvre, quoi ! L’affaire Brenner, début d’une suite de polars ?

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