Nos oiseaux battent de l’aile

Sauf exception, nous verrons tous plus d’oiseaux que tout autre animal durant notre été en nature. Mais nous ne le réalisons pas toujours tellement ils font partie du paysage. Jusqu’à cette semaine, il était difficile d’ailleurs de se faire une idée globale de la santé des populations ailées, question de dépasser nos vues personnelles sur la question.

L’état des populations d’oiseaux du Canada 2012, que vient de publier Environnement Canada, est le premier du genre à avoir été publié. Avec les coupes sauvages qu’effectue présentement le gouvernement Harper dans ce ministère, il faut espérer que ce premier bilan ne sera pas le dernier… Il constitue une intégration de plusieurs registres d’organismes bénévoles d’observateurs, de gouvernements et de chercheurs. Voilà une initiative dont il faut féliciter le fédéral, qui devrait étendre ce type de bilans aux mammifères et aux habitats naturels pour qu’on puisse mesurer de façon rigoureuse l’impact du développement de nos sociétés et de leur consommation. Le lecteur pourra consulter ce bilan en annexe à la version Web de cette chronique.


Globalement, nous apprend ce premier bilan, nous pouvons observer 451 espèces indigènes, dont 66 ont un statut jugé préoccupant, menacé ou au seuil de la disparition.


En moyenne, les populations d’oiseaux nicheurs battent de l’aile : leurs effectifs ont diminué de 12 % depuis 1970.


Quelque 44 % des espèces canadiennes relativement bien étudiées ont vu diminuer leurs effectifs ; 33 % les ont vu augmenter et le statu quo caractérise le reste, soit 23 %. Les plus importantes réductions se concentrent chez les oiseaux de prairie, chez les insectivores et les oiseaux de rivage. Par contre, la sauvagine, les oiseaux de proie et les oiseaux de mer coloniaux ont accru leurs effectifs. Trois raisons expliquent ces gains : une gestion préventive, l’amélioration de leurs habitats et la réduction des contaminants qui enrayaient souvent leur reproduction.


La baisse des populations d’oiseaux des prairies dépend beaucoup de ce qu’on introduit dans les champs et de ce qui reste comme prairies naturelles. Si certaines espèces comme le chevêche des terriers profitent d’une bonne gestion des pâturages, d’autres qui assimilent davantage de pesticides ou dont les jeunes sont fauchés prématurément en pâtissent.


Le cas des insectivores aériens est plus nébuleux. Ce groupe, qui connaît un déclin plus marqué que toute autre catégorie, est certainement touché par la réduction du nombre d’insectes, causée par les épandages de pesticides agricoles, forestiers, voire urbains. Mais les chercheurs ajoutent désormais à la liste les changements climatiques puisque l’assèchement des petits cours d’eau et autres aires de reproduction des insectes influence radicalement leur taux de reproduction. Le rapport précise d’ailleurs que des oiseaux autrefois abondants dans le paysage canadien, comme l’hirondelle rustique et le martinet ramoneur, ont perdu jusqu’au quart de leurs effectifs depuis 1970.


Le cas des oiseaux de rivage est encore pire puisqu’ils accusent un déclin de 50 % à cause principalement de la destruction des milieux humides, du remblayage des estuaires, des deltas et des vasières tout au long de leurs routes migratoires.


La situation est totalement inversée dans le cas de la sauvagine. Dans certaines régions, comme dans le bassin laurentien (fleuve et Grands Lacs), les populations de bernache, de cols verts, de harle couronné et de canards branchus ont vu leurs effectifs croître de 50 % en moyenne.


Une grande partie de ce succès est attribuable aux chasseurs qui investissent des sommes considérables dans la restauration des habitats, en particulier des milieux humides, tout au long du corridor fluvial et des Grands Lacs. Il faut noter ici qu’aucune des espèces en déclin n’est une espèce convoitée par les chasseurs sportifs. Celles qui le sont, ayant un impact économique et alimentaire important, bénéficient de suivis beaucoup plus stricts de la part des gouvernements, de politiques de « récolte » qui appuient la croissance des populations et de fonds majeurs pour la restauration ou la protection de leurs habitats. De là à dire qu’il faudrait chasser les autres et en particulier celles qui sont menacées, il y a là un pas que… je ne franchirai évidemment pas.


Plusieurs autres politiques peuvent aussi expliquer la remontée, si l’on peut dire, de plusieurs espèces comme le faucon pèlerin, les grands aigles pêcheurs, les huards, etc. Dans la plupart de ces cas, l’interdiction de produire et d’utiliser des pesticides comme le Mirex, le DDT, les BPC et autres « merveilles » de la chimie contemporaine - on les présentait à l’époque avec les mêmes mots rassurants qu’on utilise aujourd’hui pour les OGM, les nanoparticules et les champs électromagnétiques ! - ont eu un effet bénéfique sur leur reproduction.


Le Québec et la région des Grands Lacs se démarquent radicalement de la moyenne canadienne (-12 %) avec une hausse moyenne globale de 20 % de leurs espèces ailées, en raison principalement des gains de la sauvagine.


Conclusion : profitons de l’été pour admirer ces espèces de plus en plus abondantes dans les herbiers, milieux humides et aquatiques.


La chronique Nature fait relâche d’ici la fin de l’été. Bon été « nature » à tous, et que votre empreinte écologique lui soit légère !

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2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 29 juin 2012 03 h 08

    Le vote

    Comme les oiseaux ne votent pas, certains politiciens les considèrent comme des quantités négligeables.

  • Louise Lefebvre - Inscrite 29 juin 2012 15 h 54

    Négligeables?

    Après les élections, même les contribuables qui ont voté sont des quantités négligeables pour nos chers politiciens élus...!