Bilan de l’opposition : la nouvelle donne

Sa victoire n’était pas assurée et la vieille garde néodémocrate ne se privait pas, en coulisse, de médire sur son compte. On le disait impulsif et colérique. On craignait pour l’unité et les principes du parti. Les autres formations, en revanche, savaient que son élection pouvait leur donner du fil à retordre. Thomas Mulcair a fait mentir les détracteurs qu’il avait au sein de son propre parti et donné raison à ses adversaires conservateurs, libéraux et bloquistes.

Son élection à la tête du NPD est sans contredit un des événements marquants des six derniers mois. Depuis qu’il occupe le siège du chef de l’opposition officielle, le NPD marche d’un seul pas. Il a préservé l’unité du caucus. Les députés, déjà plus expérimentés, affichent une grande discipline. Ils n’ont toutefois pas tous perdu les réflexes d’un tiers parti. La rigueur qu’on attend de prétendants au pouvoir n’est pas toujours au rendez-vous, mais on sent que le métier rentre.


Au final, Thomas Mulcair s’est imposé à l’intérieur et à l’extérieur des Communes. Il a des opinions claires et ne craint pas de les défendre. En Chambre, il ne se laisse pas intimider par les conservateurs qui l’attaquent sans relâche pour ses critiques contre le développement débridé des sables bitumineux. Comme bien des gens dans l’Ouest, les conservateurs ne digèrent pas qu’il attribue au boom pétrolier la hausse du dollar et, par ricochet, le déclin du secteur manufacturier.


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Mais le message en faveur d’une économie plus verte et d’une société plus juste porte. À la fin mai, un sondage Forum Research réalisé pour le National Post montrait que plus du tiers des électeurs préféraient le NPD et que si une élection avait alors eu lieu, Thomas Mulcair serait à la tête d’un gouvernement minoritaire. Le président de la firme Lorne Bozinoff expliquait la chose ainsi : « Il est beaucoup question ces jours-ci du 1 % par rapport au 99 %, et ce sondage en est le reflet. Je pense que cela suggère une tendance à long terme et que les conservateurs sont du mauvais côté de cette tendance. »


Les positions du NPD contrastent nettement de celles du gouvernement qui, avec son dernier budget, affaiblit certaines lois environnementales, sabre la recherche, resserre l’accès à la Sécurité de la vieillesse et à l’assurance-emploi. La résistance à ces politiques aurait pu se diviser entre les différents partis d’opposition, mais ce n’est pas le cas. Le NPD dame le pion aux libéraux et est devenu le point de ralliement au Québec.


Dès avril, Léger Marketing indiquait que le NPD devançait par un point le Parti conservateur à l’échelle du pays. On pouvait croire à un effet lune de miel, un mois après l’élection de Thomas Mulcair, mais au moins quatre sondages publiés depuis confirment que les deux partis sont à égalité ou que le NPD a quelques points d’avance. Cela explique sûrement la décision du PC de lancer cette semaine ses premières publicités négatives contre Thomas Mulcair et ses « théories économiques dangereuses ».


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Le NPD de Thomas Mulcair inquiète, et pas seulement les conservateurs. Au Québec, la vague orange ne se dément pas et la présence de M. Mulcair y est pour beaucoup. Le Bloc québécois est toujours la deuxième force politique, mais sa petite députation ne lui offre pas beaucoup de visibilité. Quant aux conservateurs, ils sont bons derniers et faire les yeux doux ne suffira pas pour reprendre du terrain. Leur gouvernement et leurs politiques y sont impopulaires. Même le gouvernement Charest est devant les tribunaux pour en contester quelques-unes.


Aux Communes, les libéraux continuent de tenir leur bout, comme ils le faisaient à l’automne, grâce en grande partie à l’expérience de leurs députés et à un Bob Rae solide et fidèle à lui-même. Mais à l’échelle du pays, ils souffrent plus que quiconque de la vigueur du NPD, et les conjectures ont repris autour d’une éventuelle union des deux partis. Au détriment des libéraux, bien sûr. La course à la chefferie du parti, qui démarrera sous peu, sera donc déterminante pour son avenir, beaucoup plus que sa performance en Chambre.


L’opposition n’a plus le pouvoir qu’elle avait du temps des gouvernements minoritaires. Et qu’elle hésitait à utiliser dans les moments cruciaux. La peur d’une élection précipitée l’a souvent menée à plier sans vraiment livrer bataille. Les projets de loi budgétaires omnibus, il y en a eu presque chaque année sous les conservateurs de Stephen Harper et jamais les partis d’opposition n’ont tenté d’y résister comme ils l’ont fait cette année.


Le danger était évidemment moins grand cette fois-ci, mais on peut dire que finalement, les partis d’opposition se sont tous, sans exception, tenus debout. Et c’est leur force conjuguée qui a imposé la tenue du vote marathon sur le projet C-38 et permis d’alerter les citoyens. Une mention toute spéciale doit toutefois être décernée à la chef du Parti vert, Elizabeth May. Seule, appuyée par une minuscule équipe, elle est montée au front dès le dépôt du projet de loi, a tout fait pour ameuter la population et a tendu la main aux députés susceptibles de partager ses préoccupations. La preuve que pour faire bouger les choses, ce n’est pas toujours le nombre de députés qui compte, mais la qualité.


Sur ce, je vous souhaite un bel été. Je vous retrouve à la mi-août.

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4 commentaires
  • Roger Gagnon - Inscrit 27 juin 2012 06 h 42

    N.P.D.

    Félicitation à Thomas Mulcair.On aurait besoins d'un leader comme lui au QuébecRoger

    • Chantale Desjardins - Abonnée 27 juin 2012 14 h 02

      On s'ennui de Gilles Duceppe qui représentait si bien le pays du Québec. Mais je préfère Mulcair à Harper.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 27 juin 2012 14 h 03

      On l'a notre leader en Madame Marois et son équipe de députés.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 27 juin 2012 15 h 39

      Un leader ?

      Monsieur Duceppe s’est comporté en vrai homme d’État. Son sens des responsabilités, son esprit démocratique et son respect du parlementarisme font de lui un vrai leader. Il jouit d’une très bonne image même au Canada anglais.

      M. Duceppe a la stature pour gouverner le Québec et nous libérer du gouvernement nauséabond dont nous sommes affligés depuis trop longtemps.