L’augure d’Argenteuil

En écartant du revers de la main le nouvel appel à l’union des souverainistes, Pauline Marois a plutôt invité ceux qui veulent renverser le gouvernement Charest à se joindre au PQ. On saura mieux à quoi s’en tenir sur ses capacités après l’élection partielle de lundi prochain dans Argenteuil.

Depuis sa fondation, le PQ n’a jamais réussi à enlever ce château fort libéral. Lors de la dernière élection générale qu’il a remportée, celle du 30 novembre 1998, la candidate péquiste, Denise Beaudoin, aujourd’hui députée de Mirabel, était cependant venue bien près, recueillant seulement 148 voix de moins que l’ancien ministre David Whissell.


À défaut d’une victoire qui paraît hors de portée, le PQ devra talonner encore une fois la candidate libérale, Lise Proulx, pour justifier les prétentions de Mme Marois. D’autant plus qu’en principe, Argenteuil ne constitue pas un terreau très fertile pour Québec solidaire ou Option nationale, dont les effets divisifs devraient être limités.


Une lointaine deuxième place ou, pire encore, une troisième place augureraient très mal pour la suite des choses. Le PQ devra faire nettement mieux qu’à l’élection partielle de décembre dernier dans Bonaventure, quand Mme Marois avait tenté de présenter comme une grande victoire morale une progression de huit points par rapport à l’élection générale de 2008. Le candidat péquiste, Sylvain Roy, avait terminé 1952 voix derrière son adversaire libéral, Damien Arsenault, alors qu’en 1998, l’avance de Nathalie Normandeau sur Marcel Landry avait été de seulement 160 voix.


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Pour la Coalition avenir Québec, dont l’aile parlementaire est constituée uniquement de transfuges, l’élection de lundi sera « un moment presque historique », a déclaré François Legault, qui s’est dit « fébrile » à la veille de ce baptême du feu.


Ce « presque » était une sage précaution. Même s’il a été élu quatre fois sous les couleurs du Bloc québécois dans la circonscription fédérale d’Argenteuil-Papineau-Mirabel, avant d’être emporté par la vague orange, Mario Laframboise causerait toute une surprise en l’emportant.


La CAQ n’est cependant pas en terrain hostile dans Argenteuil. Malgré la présence d’un nombre significatif d’électeurs anglophones (14,8 % au recensement de 2006), le candidat adéquiste, Georges Lapointe, avait fini deuxième avec 29,6 % des suffrages exprimés à l’élection générale du 26 mars 2007, 2119 voix derrière M. Whissell (37,5 %), mais 1015 voix devant le péquiste John Saywell (25,8 %).


À l’époque, le parti de Mario Dumont avait cependant le vent dans les voiles, alors que les sondages situent actuellement la CAQ 8 à 11 points derrière le PQ. M. Legault ne le dira pas publiquement, mais il se satisferait volontiers d’une deuxième place.


En faisant siennes les positions du gouvernement, aussi bien sur la hausse des droits de scolarité que sur la loi 78, la CAQ pouvait difficilement espérer tirer son épingle du jeu. La question est de savoir si elle pâtira moins de la crise étudiante que le PQ.


Il sera toujours difficile pour un électeur libéral de se résigner à voter PQ. Pour signifier son mécontentement, il préférera s’abstenir plutôt que de passer à l’ennemi, Dans Argenteuil, M. Legault vise ouvertement ceux qu’il dit être « choqués » de voir Pauline Marois porter le carré rouge mais qui éprouvent aussi la nécessité de « faire le ménage dans la corruption ». Si cela fonctionne dans Argenteuil, cela devrait aussi fonctionner ailleurs.


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L’autre élection partielle dans Lafontaine, où 47,5 % des résidants étaient non francophones lors du recensement de 2006, permettra surtout de constater l’état des relations entre le PLQ et la communauté italienne. Il est remarquable que la CAQ et même Option nationale présentent des candidats d’origine italienne, alors que les libéraux ont dû parachuter le président du parti, Marc Tanguay.


La déchéance de l’ancien ministre de la Famille, Tony Tomassi, accusé de fraude et d’abus de confiance, ne manquera pas de laisser des traces. Dans une entrevue accordée le mois dernier à ma collègue du Devoir Kathleen Lévesque, le père de M. Tomassi, Donato, lui-même un ancien collecteur de fonds du PLQ, ne cachait pas son amertume. « J’ai reçu Jean Charest comme un roi, mais les libéraux m’ont traité comme un moins que rien. »


M. Tomassi n’avait pas digéré le sort réservé à son fils, mais il dénonçait plus largement le « racisme » dont il croyait victime l’ensemble de la communauté italienne. Selon lui, si Line Beauchamp avait eu un nom à consonance italienne, on aurait mis l’UPAC à ses trousses pour avoir participé à un petit-déjeuner-bénéfice au profit du PLQ auquel était également invité un présumé mafioso.


Même si le taux d’abstention atteignait un sommet, l’issue de l’élection ne fait pas de doute. En décembre 2008, M. Tomassi l’avait emporté avec 69,7 % des voix, très loin devant le PQ (19,1 %) et l’ADQ (6,5 %). Là encore, c’est la lutte entre le PQ et la CAQ qu’il faudra surveiller.

11 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 7 juin 2012 06 h 52

    Il ne faut rien espérer dans ces comtés ....

    Le PLQ remportera ces comtés même si le taux d'insatisfaction se maintient près de 76% depuis plus de deux ans tout comme le résultat dans dans Bonaventure .... Il faut vite oublier Lafontaine lequel avec un taux d'italophones de plus de 35% et qui vote en bloc pour le PLQ . Au pire le vote du PLQ baissera de 71% a plus de 50% .....
    Dans le comté traditionnellement libéral d'Argenteuil le PLQ peut compter sur plus de 15% d'anglophones qui voteront massivement pour le PLQ et ce comté n'a jamais élu un péquiste et ne le fera pas dans une partielle ou le vote est traditionnelement très bas ..... Comme la machine libérale avec une caisse bien garni fera sortir son vote traditionnel et fidèle , c'est rêver en couleur que de croire que ce comté est prenable dans une partielle ....Il faudra attendre une générale pour espérer un jour gagner ce comté si le vote populaire sort a plus de 75% .....

    • Raymond Turgeon - Inscrit 7 juin 2012 12 h 15

      Je crains fort que vous n'ayez raison.
      Moi qui ai contribué à élire des députés péquistes dans l'est de Montréal, à Baie Comeau et à Mont-Laurier, je serais bien surpris (mais très certainnement comblé) si les libéraux ne faisaient pas élire leur candidate (dont la disquette est remarquablement navrante par son vide) dans cette partielle d'Argenteuil, un compté où je réside depuis 12 ans.
      Une générale, dans les conditions que vous précisez, pourrait bien redonner un souffle de vie à ce compté endormi.

      Raymond Turgeon

  • Jean Lapointe - Abonné 7 juin 2012 07 h 12

    Madame Marois a raison à mon avis.


    Contrairement à ce que semble penser Michel David, moi je suis d'avis que madame Marois a raison de s'opposer au soi-disant appel à l «'union» des souverainistes.

    La seule façon de s'unir c'est de voter pour le Parti québécois lors des prochaines élections.

    Il ne faut pas oublier que la plupart des gens qui réclament soi-disant une union des souverainistes à la façon de Pierre Curzi ont des idées derrière la tête. Quant à Curzi il agit tout seul. Il n'a donc pas de problèmes d'unité.

    Leur insistance n'est pas innocente.

    Leur souci d'unité me laisse perplexe alors que la majorité d'entre eux ne cessent de s'en prendre à Madame Marois pour des raisons plus ou moins douteuses.

    Le moins qu'on puisse dire c'est que c'est là une forme d'intimidation extrême de leur part.

    Que visent -ils donc vraiment?

    Je me mets à douter de leur sincérité concernant la souveraineté du Québec. J'ai plutôt l'impression qu'ils cherchent surtout à prouver que c'est eux qui ont raison.

    J'espère que les gens d'Argenteuil vont voter pour le Parti québécois.

    C'est le seul parti susceptible de pouvoir remplacer les Libéraux. c'est pourtant simple à comprendre. Et la situation est très grave.

    Si c'est ce que l'on veut vraiment, les Québécois n'ont donc pas le choix que de voter pour ce parti, qui n'est évidemment pas le parti idéal, comme tous les autres partis.

    Pour ce qui est de la circonscription de Lafontaine, il me semble que ce dont nous devrions surtout nous préoccuper c'est de la présence dans ce coin de l'Ile de Montréal de nombreux néo-Québécois qui ne semblent pas être intégrés au sein de la majorité francophone du Québec.

    Ne faudrait-il pas s'en soucier davantage au lieu de tout simplement «surveiller» ce qu'il va se passer ce jour-là?

    • Philippe Landry - Inscrit 7 juin 2012 12 h 15

      Je crois aussi qu'une alliance progressiste est impossible à cause de la vanité des chefs mais aussi à cause de l'immense visibilité que le PLQ et les médias de droite donnent à QS (arrestation d'Amir Khadir, temps d'antenne, etc.) Par contre, je crois qu'il est tout-à-fait pensable que l'électorat pratique un vote stratégique qui pourrait ravir la majorité au PLQ. Par exemple, j'ai toujours voté pour le Parti Québécois mais dans ma circonscription, Québec Solidaire est largement en avance. Par solidarité envers le peuple Québécois, je vais donc voter pour ce parti. Le vote stratégique est notre seule chance de salut.

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 7 juin 2012 09 h 44

    Le confort et l'indifférence

    Il y a une grande population qui dort encore au gaz méthane.

  • Bertrand Picard - Inscrit 7 juin 2012 10 h 02

    Du changement.

    SVP.
    Je souhaite que les gens D'Argenteuil vont nous libérer des
    Libéraux et aublier l'autre vient parti et allé pour un gros
    Changement .
    Merci a tous et une très bonne journée.
    B.Picard.

  • G. Gilles Normand - Inscrit 7 juin 2012 10 h 11

    Le syndrome des "votes ethniques"?

    Quand vous dites que l'électeur d'Argenteuil," pour signifier son mécontentement, préférera s'abstenir plutôt que de passer à l'ennemi " ... vous évoquez une définitive stigmatisation de cet électorat. Quand allons-nous pouvoir sortir de cette sorte de fatalis-me? Les "enfants de la loi 101" et un grand nombre de ces concitoyens, resteront-ils sempiternellement sourds à l'appel du peuple qui les a accueillis? C'est une responsabilité qui leur incombe de résister aux machinations qui les gardent en otages et en font des complices !

    • Philippe Landry - Inscrit 7 juin 2012 12 h 10

      Tout-à-fait juste. Notre slogan pour les prochaines élections devrait être: << Please, stop voting for corruption! >>

    • Patrick Lépine - Inscrit 7 juin 2012 12 h 13

      Les répressions auxquelles font face la famille Kadir ne sont pas pour les encourager... Il faut leur dire qu'il y a ici une place pour eux à saisir!