Argenteuil et Etobicoke-Centre

Une saison politique agitée ne serait pas vraiment complète sans épisode électoral digne de ce nom. D’autant que, depuis le début de l’année, le portrait des intentions de vote est en mutation aussi bien au niveau fédéral que québécois. Voilà que des votes susceptibles d’être éclairants se profilent au détour des prochaines semaines et des prochains mois.


C’est principalement le cas de l’élection complémentaire qui se déroulera le 11 juin dans Argenteuil, une circonscription dont le profil se rapproche davantage de la moyenne québécoise que celui de la circonscription montréalaise de LaFontaine qui votera le même jour.


Selon un sondage CROP-La Presse publié samedi, l’intervention législative musclée du gouvernement Charest dans le conflit étudiant rallie une forte majorité de Québécois - en particulier à l’extérieur de Montréal.


Il est possible que l’appui à la loi spéciale se soit effrité à la lumière des vives critiques suscitées par ses dispositions les plus controversées et que le sondage - réalisé tôt dans ce débat - présente un portrait incomplet.


Néanmoins, dans cet affrontement, la faveur populaire - tout au moins en région - n’a jamais été dans le camp étudiant. Le Parti québécois, qui a vu fondre son avance dans les intentions de vote au fil du conflit, en sait quelque chose. Pour autant, l’impopularité du PLQ ne se dément pas vraiment. Difficile d’imaginer un environnement plus propice pour tester l’impact de la Coalition avenir Québec sur le paysage québécois. Signe supplémentaire de la fluidité ambiante, l’ex-député bloquiste Mario Laframboise y défend les couleurs de François Legault.



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De son côté, le gouvernement de Stephen Harper pourrait subir sous peu un examen de contrôle inattendu de sa performance après une année de gouvernement majoritaire.


La semaine dernière, la Cour supérieure de l’Ontario a annulé le résultat du scrutin de l’an dernier dans la circonscription torontoise d’Etobicoke-Centre pour cause d’irrégularités. Le comportement du député conservateur, Ted Opitz, qui représente la circonscription depuis un an, n’est pas en cause. La Cour a recensé un plus grand nombre de bulletins de vote inadmissibles que la différence de 26 voix entre le vainqueur et son adversaire libéral.


Le Parti conservateur dispose d’encore quelques jours pour en appeler de la décision. S’il ne le fait pas ou si son appel est rejeté, des élections complémentaires devront avoir lieu dans la circonscription torontoise.


Or, le comté d’Etobicoke-Centre fait partie de la fondation récente sur laquelle le Parti conservateur a échafaudé sa majorité gouvernementale. Elle est emblématique des gains réalisés par l’équipe Harper l’an dernier en Ontario et en particulier à Toronto.


Depuis douze mois cependant, l’enthousiasme à l’égard du Parti conservateur a beaucoup refroidi. D’un sondage à l’autre, on observe la même tendance, à savoir que le PCC n’a pas réussi à retenir la frange d’électeurs qui a fait la différence en sa faveur l’an dernier.


Ces dernières semaines, le Parti conservateur a même cédé la première place dans les intentions de vote pancanadiennes au NPD. Pour autant, la perspective d’élections complémentaires dans Etobicoke-Centre n’est pas vraiment de nature à réjouir la formation de Thomas Mulcair.


Au moment où le parti est en bonne voie de s’imposer, en remplacement du Parti libéral, comme la principale solution de rechange aux conservateurs dans l’imaginaire populaire, un tel vote pourrait ralentir, sinon casser l’élan néodémocrate.


Dans Etobicoke-Centre, ce sont les libéraux qui ont l’avantage du terrain d’opposition. La circonscription a toujours été la scène de lutte à deux. L’ancien ministre des finances conservateur Michael Wilson l’a représentée pendant le règne de Brian Mulroney. Le ministre libéral Allan Rock a pris la relève pendant celui de Jean Chrétien. L’an dernier, le NPD avait à peine réussi à frôler la barre des 15 % des suffrages.


Dans une telle circonscription, l’image plus centriste du nouveau chef du NPD pourrait donner un coup de pouce à sa formation. Mais dans une lutte qui opposerait vraisemblablement l’ancien député libéral Borys Wrzesnewskyj à son successeur conservateur, les néodémocrates partiraient de très loin.



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Les électeurs d’Argenteuil et ceux d’Etobicoke-Centre vivent sur deux planètes politiques. S’il y a une élection complémentaire dans la circonscription fédérale torontoise, ses enjeux n’auront rien à voir avec ceux qui vont déterminer l’issue du vote dans la ceinture nord de Montréal. Mais les deux exercices ont tout de même une dynamique en commun : celle de luttes dans le cadre desquelles deux principaux partis d’opposition rivalisent pour se damer le pion en damant celui du gouvernement.


La meilleure chance de Stephen Harper de conserver Etobicoke-Centre, s’il devait s’y tenir un scrutin, et la seule chance de Jean Charest d’en faire autant dans Argenteuil le 11 juin résident dans une division du vote d’opposition. C’est également vrai à l’échelle du Canada dans le premier cas et à celle du Québec dans le second.



Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.



chebert@thestar.ca

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