Le drap rouge

Bien sûr, il serait « grotesque », pour ne pas dire « ignoble », de penser que le gouvernement Charest ait voulu saboter l’entente intervenue samedi avec les associations étudiantes à des fins électorales. Le premier ministre l’a assuré : il n’y a pas d’élection « programmée » ce printemps. Alors, comment expliquer le triomphalisme aberrant auquel on a assisté aussitôt l’entente signée ?

À la limite, on aurait pu expliquer par un désir de vengeance les remarques inutilement provocantes de Line Beauchamp. Dès le début du conflit, la ministre de l’Éducation a semblé en faire une affaire personnelle et chercher une victoire par K.-O.


Le problème est que le premier ministre Charest, qui avait l’occasion de corriger le tir à l’issue du conseil général du PLQ, a adopté le même ton. En conférence de presse, c’est tout juste s’il ne s’est pas payé la tête des associations étudiantes, qui auraient eu la naïveté de croire que des économies significatives pourraient être réalisées dans les budgets des universités. Il est vrai que leur statut minoritaire au sein du futur Conseil provisoire des universités risque de les condamner aux démonstrations théoriques.


À l’issue des dernières négociations dans le secteur public, au cours desquelles le gouvernement avait atteint ses objectifs budgétaires avec une étonnante facilité, les porte-parole gouvernementaux avaient bien pris soin de ménager l’amour-propre des employés de l’État. Les étudiants méritaient certainement les mêmes égards.


Après les réactions très négatives provoquées par son humour déplacé lors du Salon Plan Nord, on se serait attendu à ce que M. Charest s’élève à la hauteur qu’on attend du chef du gouvernement. C’était manifestement trop lui demander.


Après avoir accusé Pauline Marois d’avoir cautionné la violence en adoptant le carré rouge, était-il plus responsable d’agiter un drap rouge devant le taureau étudiant après le saccage de Victoriaville ? Si le but de la manoeuvre était de l’enrager, les résultats des premiers votes sur l’entente attestent sa réussite. Là où le mouvement commençait à s’essouffler, cette gifle pourrait lui donner une nouvelle vigueur.


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Même sans cette provocation, il aurait sans doute été difficile de faire approuver l’entente par la CLASSE, mais le gouvernement pouvait raisonnablement espérer que la FEUQ et la FECQ, plus modérées, se montreraient ouvertes au compromis. La modération n’exclut cependant pas la fierté. Personne n’aime avoir l’impression de s’être fait rouler.


Les deux associations réclament maintenant des modifications au texte, dont le libellé ne refléterait pas ce qui avait été convenu verbalement.


Il est impensable qu’on l’ait tripoté après coup pour dénaturer l’entente, mais il est évident qu’un marathon auquel participaient des négociateurs chevronnés constituait un défi d’une rare exigence pour des non-initiés.


Le bilan que le comité de négociations de la CLASSE a adressé aux associations membres traduit très bien la difficile expérience vécue par son représentant, Philippe Lapointe. « En isolant le représentant, le gouvernement a aussi pu plus facilement l’introduire dans un état de fatigue et émotionnellement plus faible. Lors de la signature finale du document, il était donc passablement moins éveillé, alerte et capable de sens critique. »


Dans ces conditions, il n’aurait pas remarqué que plusieurs éléments avaient été modifiés. « Le comité de négociation fut consterné de voir ce avec quoi revenait Philippe. Une grande tension s’est fait sentir au sein du comité […] C’est amèrement déçus que nous sommes revenus à Montréal présenter ce document aux associations alors réunies en congrès. »


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Le président de la CSQ, Réjean Parent, qui participait aux négociations, parlait hier d’un « texte préliminaire », qui ne traduisait pas nécessairement l’ensemble des discussions, mais auquel la ministre de l’Éducation n’aurait pas exclu d’apporter d’éventuelles modifications.


En acceptant que le texte soit revu, le gouvernement aurait pu démontrer sa bonne foi et corriger l’effet désastreux des déclarations de samedi, mais M. Charest a clairement indiqué qu’il n’en était pas question. Ce retour à la case départ n’augure rien de bon.


Le premier ministre n’a plus que huit jours pour déclencher des élections qui pourraient être tenues avant la Saint-Jean-Baptiste, mais il ne pourrait pas décemment le faire avant que toutes les associations étudiantes se soient prononcées. La présidente de la FEUQ n’en continue pas moins de soupçonner le premier ministre Charest de préparer des élections sur le dos des étudiants.


Il est vrai que la population appuie massivement la hausse des droits de scolarité. Le rejet de l’entente et la poursuite de la grève constitueront assurément une immense déception, mais personne ne demandait que l’on humilie les étudiants. Les Québécois n’aiment pas plus la mesquinerie que le désordre.

20 commentaires
  • Pierre Vincent - Inscrit 8 mai 2012 07 h 02

    Entente, quelle entente, au juste?

    En fait, selon les propos de la ministre Line Beauchamp entendus dimanche sur les ondes de Radio-Canada, le seul compromis de l'entente historique de samedi serait le report d'un frais afférent de 125 $, sous réserve d'une démonstration que ce montant pourra être économisé par les universités. Comment croire que les trois organisations étudiantes auraient accepté cette pinotte après trois mois de grève et de manifestations?

    Maintenant que le conflit est entré dans une phase irréversible, selon moi, il reste tout de même l'espoir que cette mobilisation générale de nombreux jeunes se poursuivra sur d'autres enjeux de société et sera le point de départ d'une réappropriation du débat public par la jeunesse, qui s'en était absentée pendant presque une génération...

    • Geneviève Boivin - Inscrite 8 mai 2012 11 h 45

      Tout à fait d'accord. Je fait parti de cette jeunesse, et j'ai vu tout au long de mon cégep d'autres jeunes qui se foutaient carrément des questions gouvernementales. J'espères que ceci leur a donné une claque au visage et qu'ils continueront à revendiquer ce pour quoi la nation Québécoise s'est battue depuis la révolution tranquille.

      Levons-nous.
      Avançons...
      Ne reculons pas.

      La société se doit d'avancer!

  • Normand Carrier - Abonné 8 mai 2012 07 h 18

    Crise épouvantablement mal gérée ......

    A voir le premier ministre et sa ministre de l'éducation , s'époumonner a expliquer au caucus libéral que finalement ils n'avaient rien cédé et que les économies deviendraient le test de la réalité , tous pouvaient conclure que leur triomphalisme ne servait que leurs intérêts et encore une fois cela passait devant le bien commun .... Il était aussi indécent de les voir divulguer les détails de l'entente avant que cela soit exposé pour le vote des étudiants ce qui fut un puissant message de voter contre ... En négociations cela ne se fait pas et est contre les conventions ... Monsieur Charest et madame Beauchamps connaissaient très bien les règles du jeux .....

    Comment croire Jean Charest lorsqu'il dit dit qu'il n'a pas laissé pourrir et n'a pas planifié le scénario du pire pour se faire du capital politique pour tenter de sauver sa peau car il vient d'en faire une autre démonstration .... Votre attitude est <grotesque> et <ignoble> monsieur Charest et pour la centième fois , vous faites la démonstration que vous gouverner en fonction du parti libéral , des bailleurs de fonds et des namis qui gravitent autour de votre parti ......

  • Claude Kamps - Inscrit 8 mai 2012 07 h 48

    La jouissance du pouvoir

    Charest, fera n'importe quoi pour justifier son arrogance gagnante, il vit pour et par cela, c'est une question de caractère du point de vue humain et de choix de «maître après Dieu» pour un parti politique. Se préoccuper si peu des petits et faibles comme des malades en souffrance pour pouvoir récompenser les banques et la classe supérieure, sans avoir de scrupule demande une dose d’une «certaine honnêteté» qui a de plus en plus court dans les sphères politiques. Heureusement comme en Grèce ou en France après les USA les gens sont parvenu à éliminer ces dirigeants qui ne pensent qu’a leurs réélections sans se soucier des conséquences pour la masse des «non élus» du parti.
    En fait une partie de la population pense que ce qu’il fait est juste et honnête, la conscience déformée par l'appât du gain en affaire ou en politique qui peut récompenser de bien des façons.
    Ceci est démontré encore plus par des politiciens comme Bush, Berlusconi, Merkel ou Sarkozy comme Harper.
    J’ose espérer que ce parti qui a assez fait de mal avec ses nombreuses magouilles sera mit au rencard par l’apport des étudiants au prochaines élections et pas seulement pour 4 ans...

  • François Dugal - Inscrit 8 mai 2012 08 h 01

    L'élection

    C'est quand, l'ignoble élection grotesque?

  • Luc Fortin - Abonné 8 mai 2012 08 h 09

    Et le porte-parole des recteurs?

    M. David,

    Vous oubliez le porte-parole des recteurs (ça me demande un effort pour ne pas utiliser un autre mot qui débute part rect...) qui a remis de l'eau sur le feu en entrevue hier matin, et ce, juste avant les assemblées pour voter comme par hasard.