Fin de partie

Le romantisme qui a enivré une partie de la jeunesse faisant de la rue ses espoirs, sa colère et son terrain de jeu politique, n’a pas survécu au désordre social. Ne nous étonnons pas que les Québécois, dont on ne répétera jamais assez que, s’ils flirtent volontiers avec une forme larvée de gauchisme, ils retrouvent toujours leur réflexe centriste quand ils voient poindre à l’horizon un vent d’anarchie, offrent 67 % d’appuis au gouvernement sur la question des droits de scolarité. L’opinion publique s’est d’abord laissé porter par ces défilés de centaines de milliers de jeunes, souriant, chantant, émus par la découverte de leur solidarité nouvelle. Leurs vingt ans faisaient envie à ceux qui ne les avaient plus et qui se grisaient à leurs côtés dans un désir fou de retourner en arrière dans ces combats qui avaient été les leurs au même âge. Dans ce premier stade de la crise, on oubliait volontiers que le gouvernement avait déjà l’appui d’une partie importante de la population qui n’a jamais perçu le dégel des droits de scolarité comme une mesure socialement injuste.

Les semaines ont passé, les ténors étudiants se sont imposés, chouchous des médias parce que beaux, intransigeants, éloquents, sans nuances. Ils ont imposé leur loi et cristallisé les frustrations, pour ne pas dire la haine de tous ceux qui honnissent le gouvernement. Toutes les oppositions y ont trouvé leur compte. Enfin, la défiance envers l’autorité politique pouvait occuper l’avant-scène et peu à peu toute la scène. Les silencieux, parmi lesquels une majorité d’étudiants en classe et ceux qui appuyaient la mesure sans par ailleurs accorder leur confiance au gouvernement, n’existaient plus.

Il a fallu des casseurs, une radicalisation des positions chez les protestataires pour que le débat reprenne. Sur les exigences de la minorité étudiante agissante, sur le refus de la ministre de l’Éducation de négocier le dégel, sur les enjeux élargis de cette implosion sociale et sur les défiances ouvertes à l’égard de la loi. Les dernières semaines ont charrié des rebuts anarchiques et ont donné à penser que le Québec tout entier devenait spectateur d’un drame appréhendé.


Or la patience est le propre du caractère québécois. De même qu’une tolérance qui se résume par donner sa chance au coureur. Mais devant le déchaînement d’opinions outrancières, appelant à la désobéissance civile, au non-respect des injonctions, ce qui a obligé le juge en chef de la Cour supérieure à alerter publiquement les autorités politiques, devant aussi le jeu des syndicats prompts à instrumentaliser les jeunes au profit d’intérêts corporatistes, devant, enfin, la démagogie de l’opposition officielle se parant du carré rouge, les yeux fixés sur l’élection inévitable, les citoyens « ordinaires » ont parlé. Le sondage paru hier dans La Presse est éloquent et ne peut cette fois être balayé de la main par aucun des protagonistes.


La crise est désormais en mode de désamorçage, mais le gouvernement, fort de l’appui populaire, a la responsabilité de cette sortie de crise. Le premier ministre Charest a le devoir de pacifier le climat, ce qui n’est pas évident car les irréductibles auront la tentation de maintenir la tension et de pratiquer la politique de la terre brûlée. À ce jour, il n’y a pas eu de mort d’homme. La période qui s’annonce n’est pas exempte de dangers. D’abord, d’affrontements entre émeutiers enragés et policiers épuisés. À l’intérieur des établissements, danger de représailles des carrés rouges contre des carrés verts, professeurs ou étudiants.


Personne ne sort indemne de ce psychodrame collectif où la raison fut si malmenée et qui a révélé la face cachée de trop d’acteurs impliqués. Du gouvernement d’abord, qui aurait pu et dû intervenir plus rapidement. Non pas en cédant sur ce gel des droits, mais en déposant plus tôt la proposition qui est aujourd’hui sur la table. L’opinion publique déjà favorable au dégel aurait pesé de son poids sur le mouvement de grève et l’on se serait épargné ces trop nombreuses semaines prérévolutionnaires. L’opposition péquiste, elle, qui a fait preuve de démagogie en proposant un moratoire, le paie d’une baisse de quatre points dans les intentions de vote. Mme Marois n’ignore rien des contraintes budgétaires qui rendent ce dégel nécessaire. Son racolage du vote des étudiants n’est pas à son honneur.


Et que penser de tous ces professeurs qui ignorent ce principe sacré du devoir de réserve et qui se sont engagés dans le camp des contestataires, délaissant leurs autres étudiants qui ont choisi de continuer à étudier ? Un maître, comme l’enseignait Socrate, doit « accoucher les esprits » et non se placer dans une posture idéologique discriminatoire pour une partie de ses élèves. Et que penser aussi des médias qui, perdant ce qui leur reste de distance critique, ont servi d’amplificateur au désordre social et propulsé avec complaisance en stars du prolétariat moderne de jeunes gens portés par leurs convictions et sans doute inquiets secrètement du possible dérapage d’un mouvement d’une telle ampleur ?


Enfin, lorsque les étudiants auront quitté la rue, il faudra faire l’autopsie de cette crise singulière en gardant en tête une seule chose : le malaise des jeunes à vivre dans la société qu’on leur a transmise et qu’au cours des ans nous avons plombée avec nos droits acquis. Au fait, quels sont les profs militants qui ont offert une obole de leurs salaires encaissés alors qu’ils étaient sur les barricades avec les jeunes ?


denbombardier@videotron.ca

68 commentaires
  • Luc Fortin - Inscrit 5 mai 2012 04 h 54

    Un oubli?

    Et que penser d'une ministre de l'Éducation qui prétend ne pas connaître les quelques personnes (15 à 20) qui ont participé à une activité de financement où plusieurs entrepreneurs aux réputations douteuses ont contribué généreusement?

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/349101/li

    Elle est où votre impartialité? À vous lire, même si les étudiants, professeurs et les journalistes qui s’abstiennent de se vendre à Paul Desmarais s'inclinaient comme quelqu'un qui n'a pas de colonne vertébrale vous conserveriez vos préjugés à leur égard. Personnellement je vois dans la ville où le recteur a eu 43 % d'augmentation de salaire en 2 ans. Il faut tout de même le faire dans le contexte économique!!! Ce merveilleux recteur a vu son mandat renouvelé cette semaine.

    Je vous trouve bien indulgente envers le PLQ et ses copains!

    • Jean_Yves - Abonné 5 mai 2012 10 h 10

      Détournement de sujet monsieur Fortin.

    • Ysabelle Charest - Abonnée 5 mai 2012 10 h 17

      Bravo

    • André Loiseau - Inscrit 5 mai 2012 15 h 15

      Re-bravo! M.Fortin.
      De plus, il faus avoir un gouvernement saprement effronté pour laissé les recteurs s'engraisser librement, pratiquer une gérance universitaire remplie de trous dont profitent les amis, avant de remettre la note aux étudiants.

      Et quelle honte y a-t-il à demander une note de cours plus humainement accessible qu'à ce qui est exigé partout au Canada?

      Mmebombardier, depuis qu'elle s'est embourgoisée penche toujours du même bord, comme la tour de Pise.

    • Luc Fortin - Inscrit 6 mai 2012 13 h 07

      "Détournement de sujet monsieur Fortin." [Jean-Yves]

      M. Jean-Yves je ne sais trop quoi,

      Encore, aujourd'hui au congrès du Quebec's Liberal Party, John James disait qu'il est important d'augmenter les frais de scolarité car selon lui, les universités québécoises sont sous financée et en conséquenece non compétitives.

      Ce que John James, les recteurs et les médias oublient de nous mentionner c'est que si on inclut l'argent investit dans l'immobilisation et la dotation la comparaison bascule de l'autre côté car les universités ontariennes se retrouvent moins bien financée que celles du Québec. À ce que je sache la très généreuse augmentation de salaire (43% en 2 ans) du recteur de l'Université Laval et les abus qui ont eu lieu à l'Université Concordia (achat de condo, primes de départ...) n'ont pas fait baissé la part du budget qui va à la dotation. Ce n’est pas détourné le sujet que d'agir ainsi?

      Et de toute façon, si les temps sont difficiles pour les universités québécoises l'augmentation de salaire ne devrait pas dépasser l'augmentation de l'IPC.

  • parade21 - Abonné 5 mai 2012 06 h 54

    Rien à dire: l'éloge du vide moralisateur

    Que répondre au vide analytique ? Les sages paroles de Guy Rocher:

    Le sociologue Guy Rocher s’est dit peu étonné des conclusions d’un sondage Crop-La Presse publié hier et qui montrait que les deux tiers des Québécois appuieraient la position du gouvernement et « un retour forcé en classe ». « À mes yeux, une bonne partie de la population a de la difficulté à comprendre cet enjeu, a-t-il exprimé. Je le dis en tant que vieil éducateur qui croit que l’opinion publique s’éduque aussi à la longue. Mais plusieurs facteurs expliquent sans doute cette attitude du public : notamment, cette idée néolibérale qui dit que l’utilisateur doit payer.


    Mme Bombardier devrait reprendre du service auprès de M. Rocher. Ses écrits seraient moins vides de sens et sonneraient dorénavant moins creux.

    • bernac - Abonné 5 mai 2012 17 h 35

      Quand on n'aime pas l'opinion du peuple, on dit que celui-ci est manipulé ou mal renseigné! Il est vrai que la démocratie fonctionne d'autant mieux que l'information circule librement.
      Ce ne sera jamais parfait, mais ici elle circule assez bien merci!

  • Catherine Paquet - Abonnée 5 mai 2012 07 h 08

    Deux questions

    1- Qui a organisé et subventionné le rassemblement indiscipliné de Victoriaville?

    2- Qui a "forcé" les leaders étudiants à sortir de la rencontre au Sommet de Québec pour dénoncer la violence de façon claire et unanime?

    Ces questions sont pertinentes puisque quelques minutes à peine après cet appel au calme, les manifestations ont cessé.

    • Q1234 - Abonnée 6 mai 2012 18 h 15

      1_ Le parti libéral
      2. Le gouvernement
      Voilà! c'est simple.

  • Catherine Paquet - Abonnée 5 mai 2012 07 h 08

    Deux questions

    1- Qui a organisé et subventionné le rassemblement indiscipliné de Victoriaville?

    2- Qui a "forcé" les leaders étudiants à sortir de la rencontre au Sommet de Québec pour dénoncer la violence de façon claire et unanime?

    Ces questions sont pertinentes puisque quelques minutes à peine après cet appel au calme, les manifestations ont cessé.

    • André Loiseau - Inscrit 5 mai 2012 15 h 19

      M. Paquet, je crois bien que vous mêliez les torchons avec les guenilles par votre "théorie du complot".

    • Normand Carrier - Inscrit 6 mai 2012 06 h 29

      Si je tombe dans votre théorie du complot , je répondrai a votre question 1 : quelques taupes de la sureté du Québec financés par la mafia italienne dont ceux qui finance le PLQ ... et a votre question 2 : simplement , les leaders étudiants qui ont regardé les manifestations de Victo et qui ont décider rapidement d'intervenir suite a ces dérapages ... Voila pour les complots !!!!

    • AnneCathS - Inscrite 6 mai 2012 22 h 14

      Selon ma fille, étudiante et membre de la CLASSE, les leaders étudiants se sont vus ordonner de venir condamner la violence devant les caméras ; c'était une condition à la poursuite de discussions. D'autre part et en passant (???) on les a convoqués au dernier moment et contraints à passer 22 heures en négociation sans presque de pause, au bout desquelles on leur a fait signer une entente qui s'est avérée quelque peu différente de ce sur quoi ils étaient tombés d'accord. Ils l'ont réalisé trop tard, épuisés et forcément moins vigilants qu'ils étaient. À première vue ça ressemble encore une fois à un piège du gouvernement. Je rêve d'un monde dans lequel on pourrait jouer franc-jeu...

  • Andre Vallee - Inscrit 5 mai 2012 07 h 52

    Le sauveur?

    J'ai failli dire le Saint-Sauveur; cela eut été un “caquisme”. Si John James eut voulu laisser la situation dégénérer pour devenir “sauveur”, il n'aurait pas agi autrement.