Jamais dit, jamais vu

Non : le titre de cette chronique ne fait pas référence à l’entêtement d’un quelconque ministre devant les revendications des environnementalistes ou des étudiants (au choix). Il souligne plutôt l’arrivée de la saison des festivals et, plus précisément encore, le lancement dans quelques jours de la 11e édition du festival du Jamais Lu.


Pour Nadeau et pour tous les comédiens de sa génération, le Jamais Lu a toujours été là, ou presque. C’est un événement toujours aussi essentiel qui fait, cette année encore, toute la place à des paroles fortes ; un festival qui est d’abord « un accès brûlant et unique à l’écriture dramatique d’ici », comme on peut le lire sur le site www.jamaislu.com


« Nous avons reçu plus de 75 textes… et nous devons nous résoudre à n’en mettre que 9 en lecture ; inutile de dire que certains choix ont été très difficiles. Mais nous avons voulu décloisonner, faire appel à de nouveaux visages : seuls Stéphane Crête et Emmanuelle Jimenez sont des auteurs reconnus parmi tous ceux qui participent à cette édition du festival… »


Seront donc lus pour la première fois cette année : La Plaza (celle de Côte-des-Neiges) d’Emmanuelle Jimenez, La messe en 3D d’Annick Lefebvre, Mauvais goût de Stéphane Crête, En dessous de vos corps, je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas de Steve Gagnon, Qui file de Camille Roy (prix de l’Égrégore), Le mécanicien de Guillaume Corbeil, Le monde sera meilleur d’Édith Patenaude, Les morb(y)des de Sébastien David. Plus aussi deux textes jeunes publics : Statu quo de Gilles Poulin-Denis et Les couleurs d’Amy une sorte de work-in-progress concocté par Pascal Brullemans avec des élèves de 6e année de l’école Saint-Édouard-le-Grand.


Nadeau raconte que la majorité des textes envoyés au Jamais Lu « font résonner un grand cri de détresse devant le vide. On y sent l’impatience, explique-t-il ; ce sont pour la plupart des textes de jeunesse, imparfaits, témoignant d’une sorte d’ébullition… Mais tous ils parlent d’une voix forte ». Ce qui tombe plutôt bien quand on considère le thème du festival cette année : Où est-ce qu’on est ? Et qui rejoint, pour ceux qui n’auraient pas encore remarqué, le climat d’intense agitation de ce printemps québécois où l’affrontement se porte de toutes les façons. Bon.


Jean-François Nadeau raconte en mots qui à la fois sonnent juste et sont enflammés - voir son blogue : jamaislu.com/blogue/?m = 201204 - à quel point cette onzième édition est incontournable. Il parle de la soirée d’ouverture Lettres ouvertes animée par Louis Champagne, du Salon littéraire que tiendront Carole Fréchette et Lise Vaillancourt, de la Soirée crépusculaire de Larissa Corriveau, des discussions, des tables rondes et des rencontres en tous genres que l’on peut faire là durant une semaine particulièrement intense… mais vous trouverez tout cela en détail sur le site du Jamais Lu. Retenez plutôt que le sérieux party programmé tout entier Aux Écuries cette année débute vendredi et que l’on peut même assister à l’ensemble des activités du festival en investissant (50 $) dans l’achat d’un passeport : 514 328-7437. Apportez votre te (a) nte…



En plein coeur


Mercredi soir dernier, à l’Espace Go, c’était la première d’Une vie pour deux, ce texte écrit par Évelyne de la Chenelière (à partir d’un roman de Marie Cardinal) et mis en scène par Alice Ronfard ; pour une rare fois, j’y étais et, oui, c’est vrai, la grande pointure était de mise. Sur scène d’abord. Quel texte ! Quelle mise en scène ! Quels comédiens extraordinaires !


Évelyne de la Chenelière parvient à faire de ce récit troublant - Marie-Cardinal s’inspire d’une anecdote vécue avec Jean-Pierre Ronfard et dans laquelle Sophie, son personnage-double, veut retrouver une relation fusionnelle avec son mari, Jean - un texte d’une beauté et d’une richesse exceptionnelle. Non seulement c’est d’une écriture remarquablement fluide et poétique qui lui ressemble, mais elle y pousse, encore plus loin qu’elle ne l’avait fait jusqu’à maintenant, sa réflexion sur la relation de couple. Bravo !


Quant à Alice Ronfard, elle signe ici une de ses mises en scène les plus « esthétiques ». Sa façon de découper le texte et de l’étaler devant nous à l’aide de quelques simples accessoires met en relief une sorte de connaissance intime qui donne au spectacle un sens élargi. Cela se sent aussi dans sa façon de diriger les comédiens : Jean-François Casabonne devient Ronfard devant nous, tout en subtilité, tout en nuances… le personnage de la morte jouée par Évelyne de la Chenelière, s’immisce lentement puis s’impose, tout en justesse… jusqu’à ce qu’éclate au grand jour dans la dernière scène le talent incandescent de Violette Chauveau… Un indicible et exigeant bonheur pour le spectateur… Brèfle, Une vie pour deux est très certainement un des grands moments de la saison qui s’achève. Merci.



En vrac


La LNI prend d’assaut le Stade olympique. Le 6 juin, à l’occasion de l’intronisation du comédien Claude Legault au Temple de la renommée de la Ligue nationale d’improvisation, ladite LNI propose une expérience unique en son genre : « Après les Expos, U2, Pink Floyd, les Alouettes, Diane Dufresne, The Police et l’Impact, sa célèbre patinoire trônera en plein centre du Stade olympique de Montréal ! » L’événement servira aussi de cadre à la soirée-bénéfice annuelle de la Ligue. Pour l’occasion, souligne le communiqué, « on a concocté une soirée originale, drôle et intense arbitrée par le légendaire Yvan Ponton ». Ce match d’impro historique débutera à 19 heures, et réunira d’anciens coéquipiers venus saluer l’exceptionnelle contribution de Claude Legault à la LNI et à l’impro tout court : le prix d’entrée est fixé à 25 $ et l’on se renseigne au 514 528-5430. Rappelons que les séries éliminatoires de la ligue se sont amorcées hier soir au Club Soda où elles se poursuivront jusqu’au 4 juin.


Novarina au Conservatoire. Les dix élèves finissants du Conservatoire d’art dramatique de Montréal invitent le public à assister à Lettre aux acteurs de Valère Novarina. Marc Béland signe la mise en scène de ce spectacle « qui couronnera leurs trois années de formation, juste avant de devenir des actrices et des acteurs professionnels ». Huit représentations sont prévues de ce collage de textes de Novarina entre le 4 et le 12 mai, à 19 h 30 et le samedi 12 mai, à 15 heures, avec relâche les 6 et 7 mai. Olivier Barrette, Louis-Philippe Berthiaume, Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Jérémie Francoeur, Gabrielle Lessard, Virginie Ranger-Beauregard, Émilie Sigouin, Philippe Thibault-Denis et Marie-Noëlle Voisin vous attendent au Théâtre Rouge du Conservatoire. Le prix des billets est fixé à 10 $ (5 $ pour les étudiants) et l’on se renseigne à la billetterie du Conservatoire 514 873-4283, poste 313.


Lear en anglais au CNA. Peter Hinton, le directeur artistique du Théâtre anglais du CNA, signe la mise en scène du dernier spectacle de la saison, King Lear de William Shakespeare que Denis Marleau vient tout juste de monter au TNM. La production du CNA est assez originale puisqu’elle est « campée dans le Canada du xviie siècle, dans l’atmosphère tendue des premiers contacts et des premières confrontations ; la pièce met en scène une distribution pancanadienne entièrement autochtone avec, dans le rôle-titre de Lear, le réputé comédien August Schellenberg ». La production tiendra l’affiche du 8 au 26 mai.