Les régimes de retraite sont plus mal en point qu’il n’y paraît

Déjà mal en point, les régimes de retraite à prestations déterminées seraient plus malades encore. Il appert que les gestionnaires ne sont pas suffisamment prudents dans leur hypothèse de taux d’intérêt lorsque vient le temps d’actualiser les engagements de leur régime. Et qu’ils sous-estiment l’impact de cette vague de baby-boomers arrivant à la retraite sur la capacité à payer de ces régimes. De quoi enterrer définitivement le recours à ce type de régime, surtout dans le secteur privé.

Dans une étude publiée hier, l’agence torontoise de notation DBRS avance l’idée que l’état de santé des régimes à prestations déterminées, déjà aux prises avec d’importants déficits actuariels, pourrait être plus grave encore. Car nombre de ces régimes se situeraient au-dessus de la barre de capitalisation du 80 % uniquement en raison de l’application d’hypothèses plutôt « agressives » en matière de taux d’actualisation des engagements. Avec les hypothèses telles que retenues présentement, le ratio de solvabilité se situe autour des 87 % pour les 25 grands régimes étudiés par DBRS. En appliquant un taux moyen, il baisserait à 76 %. Mais une hypothèse plus conservatrice, qui refléterait davantage la conjoncture actuelle dominée par une longue période de faibles taux d’intérêt, ramènerait ce ratio à 63 %. En d’autres mots, les hypothèses présentement retenues par les gestionnaires sous-estiment la valeur actuelle des obligations futures des régimes et surestiment leur niveau de capitalisation.


Résumé simplement, pour que les régimes à prestations déterminées soient pleinement capitalisés sans contribution additionnelle des participants, l’actif des régimes devrait être supérieur de 14 % ou le taux d’actualisation des engagements, supérieur de 154 points de base.


L’agence convient cependant que l’environnement actuel des taux d’intérêt est plutôt inhabituel. Ce faisant, les paramètres de taux entrant dans les calculs pourraient davantage se justifier selon un historique de taux. Cependant, l’agence croit que l’environnement de bas taux est appelé à se poursuivre à court et moyen terme, compte tenu du faible niveau d’inflation. Ce faisant, le taux d’actualisation appliqué, présentement à 4,93 %, est nettement trop élevé. Il devrait plutôt être de l’ordre de 3,75 %.


Tout n’est pas qu’une affaire de taux d’intérêt entrant dans le calcul de l’actualisation du passif. DBRS va plus loin. Une vague de baby boomers franchissant l’étape de la retraite a commencé à déferler depuis 2011, pour s’étendre jusqu’en 2029. En 2010, 2,8 millions de Canadiens étaient âgés de 45 à 49 ans, et 2,6 millions de 50 à 54 ans. Il est plus que probable que les contributions des travailleurs actuels seront insuffisantes pour couvrir les besoins futurs. « Il s’agit d’un lourd fardeau pour les prochaines générations », a résumé DBRS.


Reste l’autre partie de l’équation, soit le numérateur. Au chapitre du rendement, les résultats de la dernière décennie font ressortir des rendements volatils, mais la moyenne obtenue, de 7,1 %, est alignée sur les rendements espérés (7,2 %). En revanche, l’agence observe que les rendements espérés ont tendance à baisser. S’ajoutent les pressions venant de cette tendance, observée au cours des derniers dix ans, d’accroître la portion titres à revenu fixe dans l’allocation d’actif, de manière à répondre à la fois aux faibles rendements offerts par le marché des actions et à cette vague de décaissement qui se profilait.


Au chapitre des cotisations, le rendement moyen de 7,1 % a suffi à couvrir le ratio de versement de 5,7 %. Mais les paiements à effectuer sont appelés à croître à un rythme accéléré dans l’avenir, condamnant les rendements à l’insuffisance. Autrement dit, même si la contribution moyenne des employeurs est appelée à croître, la situation déficitaire des régimes va s’aggraver au fur et à mesure que les participants, toujours plus nombreux, atteindront l’âge de la retraite.


Pas surprenant, donc, que les employeurs soient de moins en moins enclins à jeter leur dévolu sur ce type de régime, qui garantit les prestations à la retraite. Aujourd’hui, à peine 16,4 % des Canadiens sont couverts par un régime offert en milieu de travail. De ce pourcentage, 2,9 % des Canadiens participent à un régime à prestations déterminées et 13,5 % à un régime à cotisations déterminées, qui transfère le risque de rendement au bénéficiaire. Cette tendance lourde indique que les prochaines générations auront à compter uniquement sur les régimes publics et à pourvoir elles-mêmes à une épargne-retraite, qui sera davantage soumise aux fluctuations des marchés et à des rendements incertains.


Dans sa conclusion, DBRS retient que les régimes seront suffisamment capitalisés au cours de la prochaine décennie et que les contributions du participant, enrichies du rendement, suffiront à couvrir l’engagement afférent. Mais par la suite, au fur et à mesure que les baby-boomers franchiront l’étape de la retraite, les engagements vont croître de façon dramatique, créant un fort déséquilibre entre les prestations et le tandem cotisations-rendement.

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2 commentaires
  • Frank M. Sobayo - Inscrit 29 avril 2012 08 h 51

    Baby-boomers de la fonction publique ...

    Dans le secteur privé, très peu de compagnie aujourd'hui vont offrir un régime de retraite, à prestations déterminées.

    Pendant ce temps l'État québecois continu d'offrir à leurs travailleurs ce genre de régime, que ce dernier n'a plus les moyens d'offrir.

    La ville de Montréal pourvoi à ce genre de régime dans une proportion de 70% pour l'ensemble de sa main-d'oeuvre et son régime de retraite n'a déjà plus les réserves acturielles nécessaire pour être viable.

    La Ville de Montréal injecte des fonds à même les revenus de la taxation municipale, donc détourne en quelque sorte l'argent des taxes foncières pour ainsi, renflouer le régime à prestations déterminées de ses employés.

    Est ce juste d'agir ainsi ?

    D'autres villes de la Province de Québec ont un problème similaire à la Ville de Montréal.

    Il y-a urgence d'agir en cette matière, si non ...

    Frank

    *

  • André Lajoie - Inscrit 30 avril 2012 09 h 19

    FTQ

    C'est exactement pour cette raison que la FTQ demande aux gouvernements de revoir et d'augmenter la participation des rentes publiques à la sécurité financière des retraités. Nous savons ce qui se passe, nous savons ce qui va arriver et Charest ne fait rien, comme son jumeau conservateur Harper!