Le clone

La Coalition avenir Québec a décidé de célébrer à sa façon le 30e anniversaire de la Charte canadienne des droits et libertés.

Aujourd'hui, à Victoriaville, les délégués au congrès de fondation de la CAQ seront invités à adopter une proposition qui prévoit qu'un gouvernement caquiste réclamera formellement une modification à l'article 23(2) qui lui permettra d'éliminer les écoles passerelles.

La proposition ne manque pas d'ambition quand on pense que la volonté d'invalider les dispositions de la loi 101 relatives à l'accès à l'école anglaise a été pour beaucoup dans la décision de Pierre Elliott Trudeau d'enchâsser une charte des droits dans la Constitution.

La commission politique de la CAQ plaide que c'était la solution préconisée par l'Assemblée nationale en juin 2002, quand elle a adopté à l'unanimité la loi 104 qui interdisait les écoles passerelles.

Bien entendu, la Charte n'a jamais été modifiée. La loi 104 a plutôt été déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême. Le gouvernement Charest a simplement resserré un peu l'accès aux écoles passerelles en retenant le critère du «parcours authentique» imaginé par la Cour suprême. Les plus riches n'en conservent pas moins la possibilité d'acheter leur droit de passage au réseau anglais subventionné.

Le cahier destiné aux participants au congrès affirme qu'il s'agit d'une «iniquité», qui constitue une «brèche inacceptable dans l'application de la Charte de la langue française». Dans les faits, ce que propose la CAQ revient pourtant à maintenir cette iniquité.

Au Canada anglais, la loi 101 est déjà assimilée à une loi raciste, pour ne pas dire nazie. Prétendre que le gouvernement fédéral et les autres provinces accepteront de nouvelles restrictions à l'accès à l'école anglaise relève de la pensée magique ou encore de la fumisterie.

***

Curieusement, quand François Legault a présenté une première fois ses orientations en matière culturelle et linguistique, à l'automne 2010, l'utilisation de la clause nonobstant pour interdire les écoles passerelles se voulait une démonstration de sa détermination à rapatrier «100 % de la souveraineté sur la langue».

En novembre dernier, quand M. Legault a confirmé que la CAQ devenait officiellement un parti politique, la clause nonobstant faisait toujours partie de son «plan d'action».

Il est pour le moins curieux qu'il s'avise soudainement qu'une modification à la Charte serait plus efficace.

Le problème est plutôt que la clause nonobstant donne des boutons à Gérard Deltell. Déjà, la CAQ peine à recruter des candidats le moindrement connus. S'il fallait que l'ancien chef de l'ADQ quitte le navire...

Le collègue Alec Castonguay, de L'Actualité, qui a passé six mois «dans le ventre de la CAQ», racontait que l'entourage de M. Legault avait trouvé la direction de l'ADQ peu exigeante lors des négociations ayant mené à la fusion des deux partis. Les adéquistes qui s'y sont opposés estimaient d'ailleurs que l'ADQ avait vendu son âme.

Avec le recul, cependant, c'est à se demander quel parti a avalé l'autre. La Presse rapportait hier qu'un fidèle de longue date de M. Legault, Jacques Théorêt, a décidé de claquer la porte parce qu'il ne se reconnaît plus dans la CAQ, qu'il assimile à «une ADQ 2.0».

Certains des «40 jeunes de moins de 40 ans» que la CAQ avait présentés comme la preuve vivante de sa modernité l'automne dernier ne cachent pas leur désenchantement devant les orientations qu'elle a prises.

M. Legault ne voulait surtout pas être le successeur de Mario Dumont, mais c'est justement ce qu'on voit maintenant en lui. La CAQ a beau favoriser une intervention de l'État dans le développement économique qui répugnait à l'ADQ, elle est perçue comme un simple clone.

***

Le moratoire de 10 ans qu'avait jadis proposé M. Dumont pouvait avoir un sens au lendemain du référendum de 1995.

Son successeur a cru habile de le reconduire précisément au moment où l'élection d'un gouvernement conservateur sans l'appui du Québec a brutalement ramené la question nationale à l'ordre du jour.

Des souverainistes se disent mal à l'aise de s'afficher comme tels au sein de la CAQ.

Inversement, un fédéraliste aussi inconditionnel que le président de la firme de relations publiques National, Luc Beauregard, reconnaît avoir incité ses amis à bouder la CAQ parce qu'il estime impossible de faire abstraction du débat constitutionnel.

Il y a à peine cinq mois, la CAQ semblait appelée à former le prochain gouvernement. Qui aurait pu croire que son congrès de fondation serait totalement éclipsé par celui d'une association étudiante, dont le principal enjeu est de savoir si elle condamne ou non le recours à la violence?

Entre le congrès de la CLASSE, les affrontements provoqués par la tenue du Salon Plan Nord et la manifestation monstre qui doit souligner demain le Jour de la Terre, la CAQ aura bien du mal à susciter un quelconque intérêt.

«Ma plus grande peur est d'être mort avant même les élections», a confié M. Legault à L'Actualité.

En effet, il pourrait bien devenir la plus brillante étoile filante des annales politiques québécoises.
30 commentaires
  • Normand Carrier - Abonné 21 avril 2012 06 h 50

    La CAQ et l'ADQ , du pareil au-même .....

    Le dernier sondage Forum Research donnait 18% a la CAQ ce qui est le score que Dérard Deltel obtenait ..... Donc le noyau de ce qui restait de l'ADQ a maintenant pris le controle sur ce parti car les greffes du PQ sont bien invisibles et ne volent pas haut ..... Il faudrait demander a Rebello , Charette et Rathé pourquoi ils sont silencieux ? Faut dire que les trois se ferait battre dans leurs comtés ainsi que leur chef Francois Legault qui se ferait laver dans l'Assomption ..... Cela ne préconise pas un avenir prometteur pour eux et on se souviendra d'eux comme des étoiles filantes .....

    • Lorraine Dubé - Inscrite 22 avril 2012 07 h 33

      « Il faudrait demander a Rebello , Charette et Rathé pourquoi ils sont silencieux ? »

      Ils n'avaient pas prévu la débandade de la CAQ.

      De plus, Rebello et eux suivent la ligne du parti qui consiste à éviter qu'ils ne se mettent à nouveau les pieds dans les plats.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 22 avril 2012 10 h 38

      Tout a été dit à propos de la CAQ. «Une modification à la Charte?» François Legault, rattrapé par la question nationale.

      M. David«Au Canada anglais, la loi 101 est déjà assimilée à une loi raciste, pour ne pas dire nazie»

      Réplique à la propagande du ROC- Rappel
      de leur politique de répression linguistique. En 1890, 74 écoles catholiques accueillaient 3 677 élèves. Suppression de la langue française comme langue officielle de la province. Sécularisation des écoles confessionnelles. Nouvelle loi scolaire: Les fonds publics réservés aux écoles devenues publiques; les écoles catholiques subsistant comme institutions privées non subventionnées.

      Au Manitoba, la suppression du français pendant 90 ans, le temps d’assimiler les francophones. Interdiction du français jusqu’à ce qu’on reconnaisse la «Official Language Act de 1890» anticonstitutionnelle en 1979. La Cour suprême donne alors raison à Georges Forest de Saint-Boniface ayant contesté la légalité de la suppression du statut officiel de la langue française au Manitoba.

      Ontario 1885: Loi exigeant l'enseignement de l'anglais dans toutes les institutions scolaires, même françaises. L'usage du français était permis dans les premières années du primaire dans des écoles bilingues si les enfants ne comprenaient pas l'anglais. 1912: Suppression de l'école française publique. L'usage du français dans les écoles de l'Ontario était perçu comme une menace pour l'intégrité de l’Ontario, sa communauté anglophone et protestante. Le Règlement 17 jamais abrogé tomba simplement désuet en 1944, faute d'avoir été reconduit.

      «Le système des écoles séparées, c'est-à-dire catholiques et françaises, fut particulièrement l'objet de protestations de la part des anglophones, car il était perçu comme injuste, inefficace et dangereux. C'était encore le retour de l'idéologie orangiste, à la fois antifrançaise et anticatholique. Au-delà de la troisième ann

    • Lorraine Dubé - Inscrite 22 avril 2012 11 h 51

      Suite-
      Au-delà de la troisième année du primaire, l'enseignement du français n'était permis qu'une heure par jour. Afin de casser la résistance franco-ontarienne (CESO), Réplique du département de l'éducation de l'Ontario par le Règlement 18 qui menaçait de représailles les conseils scolaires, les instituteurs et même les élèves récalcitrants. Congédiement des instituteurs et le retrait des subventions gouvernementales
      http://www.crccf.uottawa.ca/passeport/IV/IVD1a/IVD

      On est loin de la clause dérogatoire tant décriée par le ROC et les politiciens fédéralistes adeptes du statu quo.

    • Normand Carrier - Abonné 22 avril 2012 14 h 57

      Madame Dubé , heureux de vous revoir en forme et pour vos interventions pertinentes .....

  • Kimakt - Abonné 21 avril 2012 07 h 30

    La plus brillante étoile filante ...


    Pauvre et cher monsieur LEGAULT,

    L'analogie, avec laquelle monsieur DAVID nous laisse en finale de sa chronique (perspicace comme toujours - merci en passant), vous convient d'autant mieux que, comme l'on sait, les dites étoiles filantes ne sont ni des étoiles, ni des corps célestes qui "filent" à proprement parler, mais qui "s'écrasent" contre le bleu filet de l'atmosphère terrestre, si essentielle pour l'existence même de la vie dans notre univers...

    Toute analogie a ses limites et, surtout, l'être humain n'est pas qu'un être inanimé soumis aux hasards et nécessités de la matière-énergie... Il peut rebondir! Il n'en tient qu'à vous, monsieur LEGAULT, de pouvoir (re?-)devenir une étoile réelle dans notre univers québécois. Plusieurs citoyens honnêtes reconnaissent encore vos nombreux talents et ils étaient encore plus nombreux avant cette aventure et ce faufilage désastreux qu'est la CAQ...

    Mais qu'est-ce que vous faites dans ce ramassis de "petits" politiciens d'une ADQ qui était agonisante, et qui planchait sur votre propre succès pour sauver leur peau? Danger de devenir un clone de ce qqc d'étrange... On n'est pas sûr. Etait-ce bien votre intention originelle? Est-ce bien encore vous le (co ?-)fondateur de ce parti au cigle arc-en-ciel ?

    Sortie de secours?

    S.V.P. veuillez abandonner au plus vite à la loi de l'entropie ce parti mort-né. Suicidaire? Et toutes ces velléités de moratoire constitutionnel de 10 ans ou quoi encore, n'est-ce pas encore plus suicidaire? Pourquoi ne pas encore changer radicalement, c'est-à-dire revenir à vos réelles racines, vos convictions, le vrai François LEGAULT? Pourquoi ne pas répéter le fervent exercice d'il n'y a pas si longtemps: produire un budget pour un Québec enfin libre et indépendant, qu'il soit le fait d'un gouvernement de coalition ou non. A vous de mettre votre pied à terre. Les media, c'est à prévoir, vont vous crier pour un temps des noms d'oiseau

    • Pierre Vincent - Inscrit 21 avril 2012 10 h 28

      Donc, selon vous, M. Legault devrait rejoindre l'Option nationale de M. Aussant, un autre parti qui ne va nulle part.

    • Kimakt - Abonné 21 avril 2012 10 h 56

      ((aurai-je dépassé un nombre limite de caractères? Je vais relire les "Conditions d'utilisations". Mille excuses!))

      Suite du commentaire :

      A vous de mettre votre pied à terre (monsieur LEGAULT). Les media, c'est à prévoir, vont vous crier pour un temps des noms d'oiseaux, mais votre intégrité triomphera.

      Monsieur LEGAULT, il n'y a plus hélas, même à moyen terme, de voie de contournement pour régler de façon satisfaisante tous ces nôtres et si nombreux problèmes québécois. Problèmes auquels vous désirez tant vous consacrer par ailleurs. Mais avec quels moyens!

      Ce n'est pas vrai qu'il faut 1° d'abord créer plus de richesse afin/avant de 2° pouvoir devenir indépendant comme peuple. On n'en est plus à cette étape de notre histoire. Ni les richesses humaines ni les richesses matérielles ne font défaut au pays. Le Canada n'est plus un environnement appoprié pour nous, voilà tout (et probablement, vice versa). Il faut au contraire, et vite (démographie oblige, vous le reconnaissez vous-mêmes) inverser les membres de la prédication: 1° d'abord devenir indépendant afin/avant de 2° pouvoir créer plus de richesse comme peuple.

      L'étoile non filante du Québec brille déjà en filigramme dans le firmament des nations. Elle est reconnue. Qu'a-t-elle encore besoin des liens de dépendance confédéral d'un système bi-polaire avec une quasi-étoile voisine qui n'a de cesse de ternir son éclat en cherchant, mais sans succès jusquà maintenant, à l'étouffer. Se pourrait-il que cette cousine conquérante aimerait elle aussi briller pour une fois sans nous, ou malgré nous, dans le concert des nations?

      Cher monsieur LEGAULT, 10 ans : c'est amplement le temps de jetter les bases d'un pays... un temps qu'il ne faut pas gaspiller en continuant de parler de pré-arrangements!

    • Kimakt - Abonné 21 avril 2012 11 h 52

      Monsieur Pierre Vincent,

      je suis très impressionné que vous ayez pu supposer une telle chose de ma part, alors que mon intervention n'a été publié qu'au 2/3... Evidemment, vous ne pouviez pas le savoir. C'est malencontreux. C'est moi qui ne maîtrise pas encore les "conditions d'utilisation" des commentaires du Devoir. On s'en reparlera, s'il y a toujours matière à débattre, lorsque vous aurez la possibilité de prendre connaissance de la suite de mon commentaire. Je l'ai envoyé il y a 30 minutes environ.
      Merci au Devoir tout de même de nous permettre de débattre ainsi en coulisse...

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 21 avril 2012 08 h 07

    Remarquable chronique !

    Bravo !

  • Bernard Terreault - Abonné 21 avril 2012 08 h 18

    Au fond, c'est dommage

    Ce bonhomme-là a des qualités intellectuelles, il avait démontré de grands talents d'entrepreneur, il faisait des constats qui portaient à réfléchir, mais il n'a pas le don politicien de manipuler les gens. Il voulait guérir le Québec de ses petits et grands défauts, comme l'insouciance. Tout le contraire de Charest qui ne saurait même pas gérer un dépanneur, qui n'a aucune idée vraiment à lui sur aucun sujet, mais qui a su se maintenir au pouvoir neuf ans et se présenter en champion de l'économie. Dommage que le PQ n'a pas su le retenir, car sans Parizeau et Landry, il ne reste à ma connaissance que le mari (!) de Madame Marois comme personne aguerrie aux questions économiques dans le parti

    • Lorraine Dubé - Inscrite 22 avril 2012 07 h 01

      Les qualités intellectuelles d'un vire-capot.

      L'opportuniste Legault et son fidèle François Rebello jouaient dans le dos de Bernard Landry dès 2004. Ils courtisaient les membres des exécutifs de bureau de comté.

      Malgré son ambition évidente à la chefferie, des raisons familiales l'auraient empêché d'être candidat par la suite?!

      On peut s'imaginer que ces deux-là ont voté contre Bernard Landry au congrès de juin 2005.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 22 avril 2012 13 h 48

      Rappel
      Assemblée Nationale 2004
      Intervention de François Legault-Baisses d'impôts dans un contexte de déséquilibre fiscal
      Extraits-
      M. Legault: On apprend ce matin que le ministre des Finances a un plan secret...il prépare dans son budget des baisses d'impôts de 750 millions de dollars qui seraient financées par 500 millions de dollars de coupures dans les services à la population et par 250 millions d'augmentations des tarifs.
      Or, est-ce que le ministre des Finances réalise qu'il est en pleine contradiction avec la motion qu'il a appuyée ici, la semaine dernière...Parce que je lui rappelle que, s'il y a déséquilibre fiscal, c'est parce que les Québécois paient trop d'impôts à Ottawa et pas assez à Québec. D'ailleurs, le lieutenant politique de Paul Martin, Jean Lapierre, a dit clairement: Jamais, jamais, le gouvernement fédéral va transférer de l'argent au gouvernement du Québec si c'est pour baisser les impôts...le ministre des Finances est en train de détruire complètement la crédibilité du gouvernement du Québec pour revendiquer notre argent à Ottawa?
      http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 21 avril 2012 09 h 08

    Le rêve

    Enterrer la CAQ le jour de la Terre: le bonheur.

    Desrosiers
    Val David

    • Robert Dufresne - Inscrit 22 avril 2012 12 h 16

      Vraiment drôle.!!! :-)