Mon gazon est plus vert que le tien

Le cycle de vie de nos déplacements et errances... Tiré du film Nous resterons sur Terre, sur Explora, la nouvelle chaîne télé de Radio-Canada.<br />
Photo: Explora Le cycle de vie de nos déplacements et errances... Tiré du film Nous resterons sur Terre, sur Explora, la nouvelle chaîne télé de Radio-Canada.

C'est à qui sera le plus vert après avoir vu rouge tout le printemps. Dimanche, nous serons des milliers à marcher vert, pour nos ressources au départ, pour toutes sortes de raisons — dont les compteurs intelligents — à l'arrivée. On aura peut-être même conçu des bébés plus intelligents que nous en chemin, qui sait? Boom des naissances en janvier prochain... on les appellera «Lila» ou «Magnolia», ils auront les yeux verts et le cœur à gauche.

Cela dit, le Jour de la Terre est pour moi l'occasion d'une résolution. Une de plus. C'est le Jour de l'An de la nature et je fais un pas de plus chaque fois.

Une année, j'ai décidé de marcher à l'école de mon B matin et soir (20 minutes x 4, ça garde le mollet fringant), une autre, de lire la plupart de mes journaux sur Internet, puis d'installer une corde à linge (grosse commotion dans la cour arrière; j'ai dû reculer), l'année dernière de devenir végétarienne et cette année...

Cette année, j'hésite. Composter? Ouais... Ça m'excite autant que de me mettre au tricot de polyester recyclé avec des aiguilles en bois. Je me suis inscrite sans entrain à un atelier. Boire du café équitable? Je n'en bois pas. J'imagine que ça nuit à quelqu'un.

C'est le désavantage d'être entourée d'écolos actifs et militants, il faut toujours justifier ses choix, du moins à nos propres yeux. Une chance que je suis végé; mon bilan de carbone annuel est presque aussi halal que celui de Laure Waridel. Et chaque fois que j'entre chez Canadian Tire, je fais une prière en direction de mon mec. Il paraît qu'il ne faut pas aller là. Mais j'ai oublié pourquoi. Ça doit être parce qu'ils vendent des chauffe-terrasses.

L'autre jour, un ami qui milite au sein de Projet Montréal m'a fait la leçon parce que je venais de reconduire, sur une distance de 125 km, une copine française monoparentale sur les rotules avec son môme (nous, on fait des flos) de cinq ans et ses six valises. J'ai évité de répondre à ce gentil carnivore que chaque 1 kcal (1000 calories) de protéine animale équivaut en énergie fossile à 55 km en auto, contre 5 km pour 1 kcal de protéine végétale. 11 fois moins; j'ai du carbone en banque.

Si tout le monde commence à se tirer des roches sur son empreinte de GES, on n'a pas fini de pomper, et le gaz, et le reste. Et, que je sache, je ne possède ni Hummer ni portrait de la reine chez moi. Stephen, tu me suis toujours ou je t'envoie une boîte de condoms en latex bitumineux?

Think big, stie

Tiens, j'ai jasé avec un chercheur du CIRAIG (à l'école Polytechnique de l'UdeM) cette semaine, le Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie, des produits, procédés et services. Étant flexivore (végé à la maison et poli chez les autres), Jean-François Ménard a déjà fait une recherche, pour s'amuser, sur le cycle de vie de la viande. Le cycle de vie, c'est du berceau au tombeau et toutes les implications connexes, même sociales, en chemin.

C'est le genre de gars qui s'interroge sur la pertinence de changer de frigo en calculant le transport du nouveau frigo versus l'inefficacité de l'ancien et son impact dans les sites d'enfouissement s'il s'en débarrasse. Bref, pour du monde comme ça, la vie n'est pas simple, «toute est dans toute» et le battement d'ailes du papillon n'est pas qu'un courant d'air romantique. Il est mesurable; il est quantifiable.

Idéalement, m'a glissé M. Ménard, l'être humain devrait pouvoir être chlorophyllien, faire de la photosynthèse pour polluer moins en se maintenant en vie. Chaque fois que nous «carburons», via les plantes ou les animaux (qui se nourrissent de plantes), nous multiplions les intermédiaires, donc les sources de pollution et l'impact environnemental. Pour la viande, Jean-François Ménard en est arrivé au chiffre de 6 pour 1. Six fois plus d'impact pour 1 kg de protéine animale que pour 1 kilo de protéine végétale.

Donc, plus de terres cultivées, plus d'eau utilisée, plus d'engrais et de pesticides, plus d'énergie et de combustibles fossiles. Il m'a aussi appris qu'environ le tiers de la population mondiale adopte une diète carnée. Le reste crève de faim ou favorise un régime végé (choisi ou non) faute de terres agricoles, d'eau et de combustibles fossiles. Et peut-être même à cause de Bouddha.

Pour ce chercheur, s'il y avait une seule résolution à prendre pour le 22 avril, ce serait de cesser le gaspillage alimentaire. En Amérique du Nord, de 40 à 50 % de la nourriture se retrouve à la poubelle, du champ à l'assiette. «Chaque fois qu'on jette, il faut penser au cycle de vie de cet aliment, à tout ce que ça nous a pris d'énergie pour le produire», me dit cet analyste qui carbure aux idéaux.

Se chauffer le cul

Cette année, je crois bien que ma résolution en sera une par la négative aussi. Tiens, j'ai pris au moins 20 minutes pour expliquer au (charmant) patron du bar Upstairs que je ne voulais pas qu'il allume ses calorifères extérieurs pour moi et pour chauffer le Canada de Stephen Harper. Il se justifiait en disant que je devais bien avoir un éclairage extérieur devant ma maison. On parle de 60 watts contre 1500 watts par chauffe-terrasse.

Remarquez, il n'est pas le seul: toutes les terrasses du centre-ville chauffent ce bon vieux Canada frette et blanc, au propane ou à l'électricité. De toute beauté. On me dira que c'est plus agréable pour fumer un joint ou une cigarette dehors. En Europe, beaucoup de terrasses fournissent les châles en laine polaire. Ici, on a peur des poux.

Cette année, j'ai pris ma résolution en lisant Sky Mall (dans l'avion, je sais, l'équivalent de trois vaches sur la conscience), un catalogue de bébelles ahurissantes qui va des bottes de massage à l'écran de cinéma gonflable extérieur (151 pouces sur 107), au lit surélevé pour chien qui le garde au sec sur le gazon, à la moustiquaire extensible pour porte de garage jusqu'au manteau anti-anxiété pour chiens afin d'éliminer l'anxiété de séparation.

En lisant cela, j'ai décidé de ne pas les acheter.

De même que le spa maison et le chauffe-terrasse, dont je me passerai encore une fois cette année. De toute façon, au rythme où ça va, il faudra bientôt climatiser en hiver aussi...

cherejoblo@ledevoir.com
Twitter.com/cherejoblo

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Et les zestes

Acheté six paires de bas composés à 45 % de plastique recyclé. 20 $ chez Simons. Et ceux qui sont «normaux» (aux couleurs éclatantes) coûtent le même prix. Cherchez l'erreur...

Consulté une ergothérapeute pour comprendre l'utilité d'un manteau anti-anxiété pour chiens. Elle m'a expliqué que cela participait du traitement «tactile profond». Ça sécurise. À bien y penser, j'en veux un. Pour moi.

Appris que les baleines se nourrissent de krill parce qu'elles dépensent moins d'énergie à le trouver que si elles bouffaient du thon en boîte. Pas folle, la guêpe. Si ces mammifères vivaient sur terre, ils seraient végétariens. Et j'ai aussi appris qu'il est plus écologique de manger du tilapia (se nourrissant d'algues et de plancton) que du saumon, car ce dernier se nourrit de poissons ou moulées connexes, donc il consomme davantage d'énergie. Je ne mange plus ni l'un ni l'autre, c'est plus simple. Mais je vais peut-être essayer le krill.

Reçu La culture écologique des plantes légumières d'Yves Gagnon (Colloïdales), un catalogue de plantes indispensable pour ceux qui veulent cultiver leur jardin et en prendre soin. Ce grand savant des Jardins du Grand-Portage, à Saint-Didace, remplit son formulaire de déclaration d'impôts en mentionnant qu'il est «jardinier». Juste pour ça, on l'aime. Les mains dans la terre à temps plein au printemps, à mi-temps l'été et l'automne et en écriture l'hiver, Yves Gagnon en profite pour nous livrer ses secrets et toute sa science auprès des plantes. C'est dit, on se met au jardinage cet été. Une autre résolution! jardinsdugrandportage.com.

Parcouru Vertes années ou la vie d'une écologiste pas comme les autres de Tzeporah Berman (Boréal). Fascinant parcours que celui de cette militante ontarienne qui nous raconte le pourquoi et le comment de son engagement. Il faut encore des humains pour s'enchaîner aux forêts et s'opposer au «progrès», semble-t-il. J'offrirais ce livre, qui se lit comme un roman inspirant, à n'importe quel ado blasé en quête d'idoles ou de rêves pour l'avenir. Une citation parmi d'autres dans l'ouvrage: «L'enjeu moral du XXIe siècle sera, c'est presque une certitude absolue, les changements climatiques: une menace comparable au nazisme pour Winston Churchill au XXe siècle, ou à l'esclavage pour Lincoln au XIXe siècle» (James Hansen). Dire qu'on se moquait de ces gens-là il y a 30 ans.

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JOBLOG

Nous resterons sur Terre


En visionnant ce documentaire, j'ai griffonné «Home», «voter», «vitesse», «peur», «robots», «folie», «déshumanisation», «surpopulation», «villes», «mort», «invisible». En juxtaposant l'invisible, les robots qui attaquent la nature, les tomates-cerises usinées (On n'a pas idée! Elles sont si innocentes!), les poussins poinçonnés, les images terrifiantes de la mainmise de l'industrialisation sur la nature, Nous resterons sur Terre ne peut que nous forcer à prendre conscience des dommages collatéraux que nous nous infligeons à nous-mêmes.

De grandes figures de l'environnement comme l'ex-président de l'URSS Mikhaïl Gorbatchev (fondateur de Green Cross International, une ONG qui vise le développement durable) et Edgar Morin ponctuent de leurs commentaires diserts et éclairés cette hécatombe visuelle. «La crise favorise l'imagination», conclut Edgar Morin. On aimerait l'imaginer.

À voir avec les enfants sur Explora — la nouvelle chaîne télé de Radio-Canada — samedi à 20h30. Excellent pour initier une prise de conscience avec eux sur notre alimentation, les bébelles qu'ils désirent et la nature qu'ils aiment tant. Les ondes d'Explora sont débrouillées par Vidéotron jusqu'au 2 juillet.

http://fr.chatelaine.com/blogues/jo_blogue
8 commentaires
  • Meuh - Inscrit 20 avril 2012 09 h 04

    Une bonne raison de composter?

    Pure paresse... ça fait moins de sacs de poubelles à sortir chaque semaine! Ceci dit, merci d'être là tous les vendredis.

  • Pierre Vincent - Inscrit 20 avril 2012 09 h 43

    La fille spirituelle de Louis-Gilles Francoeur

    Excellent chronique Mme Blanchette, on pourra bientôt vous appeler la madame Blancheville de l'environnement. Et vous pourriez même succéder au mentor du développement durable qu'est Louis-Gilles Francoeur (la chasse en moins, toutefois)...

    Le Jour de la Terre vous inspire chaque année et vous nous inspirez également par la profondeur et l'humour pétillant de vos chroniques. Parlons-en plus souvent, car en réalité, c'est le Jour de la Terre tous les jours de l'année, vous savez...

  • Sylvain Auclair - Abonné 20 avril 2012 11 h 08

    Calories et kilocalories

    Il semble y avoir confusion. En fait, quand on dit qu'on a besoin de 2500 ou 3000 calories par jour, il s'agit de kilocalories. Historiquement, les physiciens et les chimistes utilisaient chacun l'unité calorie, mais celle des chimistes valait mille fois celle des physcien, d'où la confusion. Le plus clair serait de parler de joules et de kilojoules: de 11 000 à 15 000 kJ par jour (soit deux à trois fois moins que l'énergie libérée pas la combustion d'un litre d'essence).
    Alors, je suis quand même sceptique de lire que ma consommation quotidienne d'aliments représenterait des dizaines de millers de kilomètres en auto...

  • camelot - Inscrit 20 avril 2012 11 h 59

    Tilapia

    Ce poisson n'est pas désirable. À cause de sa capture et son transport jusqu'à nous, le pétrole nécessaire annule toute balance écologique.

  • Pierre Bellefeuille - Inscrit 20 avril 2012 13 h 30

    Belle montagne de pneus!

    Bon article!

    Un réacteur à pneus a été inventé à Sorel au cours des années 1990. On peut y faire fondre plusieurs tonnes de pneus, permettant de tout récupérer : graphite, acier, et à la sortie une huile immédiatement commercialisable! Le procédé fermé, ne pollue pas davantage qu’un paquet de cigarettes!

    Un tel réacteur a été vendu au Mexique, mais je n’ai jamais entendu parlé qu’il avait été vendu ici au Québec. Dommage!