Perspectives - Plan Nord conjoncturel

La saignée de l'emploi qui frappe la Vallée de l'aluminium devrait inciter les vizirs et autres grands défenseurs du Plan Nord à accompagner leurs prévisions optimistes de bémols et autres mises en garde. La fermeture de Novelis ou encore le lockout chez Rio Tinto Alcan rappellent la réalité conjoncturelle d'une industrie des matières premières dont l'ingrédient de base est une ressource épuisable dont la valeur fluctue selon les aléas du marché. Sans engagement de transformation locale, les retombées sont aussi volatiles que le prix de la ressource.Coup dur pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Novelis déplace ses activités en Chine, une délocalisation qui a pour effet d'éliminer 160 emplois à Jonquière, de menacer trois fois plus d'emplois indirects. Le modèle d'affaires est toujours le même. Avec ces centres décisionnels toujours plus loin, en Inde, en Chine, en Australie, à Londres ou ailleurs, les choix d'investissement ou de désinvestissement se font selon une logique purement comptable avec, pour objectif, une baisse des coûts de production. Les analystes promettant de riches retombées économiques pour le Québec du Plan Nord devraient regarder de plus près ce qui se passe dans la Vallée de l'aluminium et prendre des notes. D'autant que ce vaste projet de développement minier tous azimuts repose pour 65 à 80 % (selon les études) sur des fonds publics, provenant majoritairement d'Hydro-Québec.

Pour Novelis, les nouvelles venant de Jonquière nous indiquent que la fermeture de l'usine de transformation coïncide avec l'annonce, par le géant indien de l'aluminium Hindalco, de la construction de sa première usine de produits laminés en Chine. Pour Rio Tinto Alcan, qui entame son quatrième mois de lockout, les nouvelles venant d'Alma faisaient ressortir hier à quel point le conflit, dont le principal enjeu officiel est le recours à la sous-traitance, était payant pour RTA. Pour cette usine, l'impact de la baisse de la production sur la hausse des cours de l'aluminium se conjugue aux effets favorables de cette entente avec Hydro-Québec.

Le Devoir rapportait en mars dernier qu'Hydro-Québec, en vertu des contrats secrets qui la lient avec la multinationale, continue de lui acheter les surplus d'électricité dégagés par la fermeture aux deux tiers de l'usine d'Alma. On lisait qu'en février seulement, Hydro-Québec a versé 15 millions à RTA pour de l'électricité dont la société d'État n'a pas besoin, soit 50 % de plus qu'en janvier. Sur une base annualisée, c'est un apport de quelque 175 millions sur lequel RTA peut compter pour réduire le manque à gagner causé par le lockout imposé le 30 décembre dernier à 780 travailleurs.

Le journal Le Lac-St-Jean reprenait ces données hier pour avancer qu'au global, au cours des trois premiers mois du conflit, RTA aurait engrangé 102 millions en vente d'énergie, en bénéfice net sur le métal et en salaires et avantages sociaux non versés.

Le lockout à Alma est strictement conjoncturel. Il accompagne la décision des grandes alumineries d'abaisser mondialement leur production en réaction à la faiblesse des prix, qui venaient de chuter de 20 % sur un an. Au moment du lockout, l'aluminium se vendait à la Bourse des métaux de Londres à 1970,50 $US la tonne. Le prix a bondi de 17 %, à 2308 $US la tonne le 28 février. Il est revenu autour de 2050 $US. Dans l'intervalle, Alcoa accompagnait RTA en annonçant, le 5 avril dernier, une diminution de sa capacité de production d'alumine de 390 000 tonnes, en réaction à la faiblesse de la demande et à une situation d'offre excédentaire mondiale. Trois mois plus tôt, Alcoa réduisait sa capacité de raffinage de 531 000 tonnes. D'autres ont suivi.

L'objectif a été atteint. En dévoilant, hier, ses résultats financiers du premier trimestre, Alcoa «a réaffirmé sa prévision d'une demande mondiale d'aluminium en hausse de 7 % pour 2012, qui viendrait après une croissance de 10 % enregistrée en 2011. L'entreprise estime par ailleurs qu'il y aura cette année un déficit en matière d'offre mondiale d'aluminium», peut-on lire dans un texte de Reuters. Le producteur, qui avait déclaré une perte au dernier trimestre de 2011, a amorcé 2012 avec un bénéfice sur activités poursuivies de 94 millions $US, comparativement à 309 millions au premier trimestre de 2011.

Pour sa part, RTA avait comptabilisé en 2011 un bénéfice record de 15,5 milliards $US, soit 11 % de plus qu'en 2010, amputé d'une charge non récurrente de 8,9 milliards associée à la réévaluation à la baisse du Groupe aluminium. L'entreprise reconnaissait, du même coup, avoir payé trop cher l'acquisition d'Alcan, en 2007.

Voilà la seule logique qui prévaut dans ces grands groupes. Avec pour principal appétit de desservir le marché chinois. Pas très rassurant pour le Plan Nord!

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9 commentaires
  • Francois - Inscrit 12 avril 2012 07 h 53

    C'est une mauvaise blague

    Hydro qui rachète son électricité plus cher qu'elle le vend et remet la facture au contribuable. Une très mauvaise gestion d'affaires. Et autrement dit s'il n'y pas de transformation ici les profits seront rarisimes et le gouvernement enrichira les industries avec l'argent de nos impôts. WOW!

  • François Dugal - Inscrit 12 avril 2012 09 h 46

    Sécurité nationale

    Notre premier ministre appelle ça «la sécurité nationale».
    Ben coudonc ...

  • Robert - Inscrit 12 avril 2012 09 h 58

    Le secret

    Ce n'est pas pour rien que ces contrats sont secrets...

    • Nicole Moreau - Inscrite 12 avril 2012 18 h 37

      tout à fait d'accord, ces contrats sont très loin d'être à l'avantage des Québécois.

  • Michel Leclaire - Inscrit 12 avril 2012 10 h 19

    Cynisme ou révolte...

    ...sont les deux attitudes qui nous sont disponibles. Pour ceux qui ont des enfants, vous ne trouvez pas que vous allez leur laisser, non pas l'espoir d'un monde meilleur, mais une mort certaine dans la souffrance? Pour ceux qui n’en ont pas encore, n'en faites pas.

    • frabol - Inscrit 12 avril 2012 17 h 00

      Ce ne sera ni un ni l'autre mon cher monsieur Leclaire. Tout le monde les laisse faire, tout le monde se fait endormir, tout le monde paie ( et paieront ) et tout le monde est content. Y'a pas de problème, il y a DE LA CRÉATION DE RICHESSE. Pas pour nous en tous cas.

  • Jacques Morissette - Inscrit 12 avril 2012 15 h 35

    Les risques du Plan Nord.

    Permettez-moi de vous cite M. Bérubé: «D'autant que ce vaste projet de développement minier tous azimuts repose pour 65 à 80 % (selon les études) sur des fonds publics, provenant majoritairement d'Hydro-Québec.»

    Pour certains politiciens, c'est tellement facile de jouer avec l'argent public. Pour arriver à cela, il faut être indifférent aux services publics qui pourraient être affectés par un échec du Plan Nord. Qui paiera pour les pots cassés? Ce sont les plus pauvres et aussi la classe moyenne qui devraient sortir une fois de plus de l'argent de ses poches pour renflouer le système.

    • frabol - Inscrit 12 avril 2012 17 h 10

      Oh oui, et ça va faire longtemps qu'ils seront parti avec le cash et ça va faire un bail que tous ces grands penseurs seront mort de rire les poches pleines se '' congradulants '' les uns les autres, la tape dans le dos. Il n'y aura plus vraiment de climat, mais que voulez-vous, on peut pas tout avoir, l'air frais ET LA CRÉATION DE RICHESSE.

      Mais tout va bien, y'a rien de plus normal que d'aller bulldozer ce qui reste de nature.