PLC: dur retour à la réalité

La publication en rafale de plusieurs sondages sur les intentions de vote fédérales a confirmé ce que tout le monde soupçonnait déjà: pour les libéraux, la victoire au leadership de Thomas Mulcair constituait le pire scénario.

Le plus récent coup de sonde, réalisé par Léger Marketing et publié par Le Devoir samedi, place le NPD à égalité (statistique) avec le Parti conservateur à l'échelle canadienne. Le PLC est affecté au premier titre par l'effet Mulcair. Il est retombé au niveau plancher de 19 % enregistré au scrutin de mai dernier.

L'issue de la course néodémocrate a porté un coup d'autant plus dur au moral des troupes libérales qu'elle ne semblait pas nécessairement écrite dans le ciel. Le mois dernier, les observateurs du PLC ont débarqué au congrès du NPD en prédisant haut et fort la défaite du candidat Mulcair, et la désintégration des fragiles fondations québécoises du parti.

Dans le même esprit, dix ans plus tôt, l'entourage du chef progressiste-conservateur de l'époque, Joe Clark, avait parié que Stockwell Day conserverait son titre de chef de l'Alliance canadienne à l'issue du match qui l'opposait à Stephen Harper. On connaît la suite. En politique, il est déconseillé de miser sur la bêtise de ses rivaux.

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Pour le PLC, l'arrivée d'un chef digne de ce nom à la tête de l'opposition officielle constitue un retour brutal à la réalité de l'après-2 mai. Au cours de la dernière année, la disparition de Jack Layton et une longue course à la succession avaient permis aux libéraux de prendre une place plus importante aux Communes que celle que leur rôle de deuxième opposition leur aurait normalement dévolue.

La prestation de Bob Rae comme chef intérimaire a été pour beaucoup dans ce succès d'estime. Mais, dorénavant, le parti et M. Rae sont arrivés au bout de la logique de cette transition. Il n'y a pas que dans les intentions de vote que le PLC régresse; c'est également le cas aux Communes.

Depuis la victoire de Thomas Mulcair, Bob Rae tire sur tout ce qui bouge. En réaction au rapport du Vérificateur général sur le projet d'acquisition d'avions de chasse F-35 la semaine dernière, il n'a réclamé rien de moins que la démission de Stephen Harper comme premier ministre. Dans un même élan, il a traité son nouveau rival néodémocrate de «mini-Harper».

La semaine précédente, il avait engagé son parti à rétablir l'âge de l'admissibilité à la sécurité du revenu à 65 ans — une promesse normalement trop conséquente pour être faite par un simple chef intérimaire.

Ceci expliquant cela, des libéraux s'impatientent de plus en plus ouvertement de ne pas entendre Bob Rae faire la lumière sur ses intentions. Dans les faits, la confusion des genres entre son rôle de concierge en chef et celui d'aspirant en chef au leadership qu'on lui attribue est en voie de devenir intenable.

Il est de plus en plus difficile de départager les interventions du leader intérimaire de celle du possible candidat à la direction du parti — surtout depuis que l'idée d'une candidature éventuelle de Justin Trudeau reprend du galon, à la faveur de ses exploits récents dans le ring.

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Cette dernière idée, tout comme l'illusion désormais anéantie d'un retour en force rapide du PLC, tient beaucoup de la pensée magique. Pour imputer le mal de vivre libéral à une carence de leadership, il faut regarder les choses par le mauvais bout de la lorgnette.

Si le PLC est revenu à la case départ dans les sondages depuis la victoire de Thomas Mulcair, ce n'est pas faute d'avoir le chef le plus performant possible en la personne de Bob Rae, mais plutôt parce qu'il est impossible de transformer de l'eau en vin à même une source tarie. D'un bout à l'autre du Canada, le fonds de commerce libéral a rarement été aussi malmené qu'actuellement.

En Ontario, il ne fait pas particulièrement bon être libéral au moment où le gouvernement de Dalton McGuinty se prépare à mettre la hache dans ses dépenses. En Alberta, le duel qui oppose les progressistes-conservateurs d'Alison Redford à la Wildrose Alliance de Danielle Smith pourrait coûter aux libéraux leur titre d'opposition officielle lors du scrutin du 23 avril.

En Colombie-Britannique, la coalition libérale dirigée par la première ministre, Christy Clark, est menacée d'implosion. Son flanc droit s'effrite sous les coups de boutoir d'un Parti conservateur déterminé à prendre sa place sur la scène provinciale.

À la lumière de l'absence désormais chronique du PLC à l'ouest de l'Ontario, son salut passerait forcément par le Québec aux prochaines élections. Or, les antécédents libéraux et le profil fédéraliste de Thomas Mulcair ont tout pour nuire à cette opération. Ce n'est pas tant d'un sauveur que le Parti libéral a besoin que d'un miroir pour se regarder en face.

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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star

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