Médias - Radio-Canada en 2015

Radio-Canada/CBC n'existait pas en 1912 et sombrera comme le Titanic bien avant 2112 si la tendance se maintient. Mais, en 2015, après les compressions mises en branle la semaine dernière, de quoi aura l'air le grand paquebot de l'information et du divertissement?

Les compressions budgétaires totalisent quelque 200 millions de dollars pour trois années budgétaires. Deux cents millions sur une enveloppe triennale de 3,2 milliards. Une importante saignée, surtout après le trou de 171 millions de 2009, mais peut-on parler d'une atteinte à la vie de l'organisme?

Pour faire face à cette crise budgétaire, la société de la Couronne applique immédiatement un plan pour réduire ses dépenses (par exemple en éliminant 650 postes) et tenter d'accroître ses revenus. Les choix concrets ne sont évidemment pas innocents.

La quasi-fermeture de Radio-Canada International (10 millions sur 12 et 41 postes éliminés) concentre l'esprit de la métamorphose en cours. Puisqu'il faut couper, pourquoi ne pas se débarrasser de cette vieille affaire du temps de la guerre froide? Comme Internet diffuse déjà tout, sur tout, y compris radio-canada.ca, pourquoi continuer d'en rajouter à l'ancienne?

En même temps, le choix des gestionnaires épouse la perspective conservatrice délaissant le soft power en relations internationales. Le gouvernement a aussi mis la clé sous la porte de l'organisme Droits et Démocratie et de l'aide aux tournées étrangères des artistes canadiens. Tout se tient.

Les effets des compressions sur la programmation de la radio et de la télévision généralistes deviendront plus évidents à compter de l'automne. Les séries rapetisseront. Il n'y aura plus d'émissions de nuit à la Première Chaîne. Le service des sports se contractera, mais l'information générale ne devrait pas trop souffrir. Espace Musique diffusera de la publicité, enfin si le CRTC autorise le virage commercial que les concurrents privés décrient déjà.

Pour le reste, vu de l'extérieur, même avec un oeil très sympathique à l'essentiel service public d'information et de divertissement, il faut bien reconnaître que tout n'est pas catastrophique dans la crise en cours. La décision la plus chargée symboliquement entraînera par exemple la vente de la grande tour de l'est et de ses immenses stationnements, signes d'un urbanisme archaïque qui encourage les nababs restants à voyager en char pour rejoindre des studios poussiéreux enfouis au sous-sol. Les nouvelles constructions ne vengeront pas le massacre du Faubourg à m'lasse, l'ancien quartier ouvrier éradiqué, mais elles contribueront au moins un peu à freiner l'étalement urbain. Franchement, qui s'en plaindra?

De même, pourquoi ne pas avoir pensé avant à «faire les choses autrement», selon la formule employée maintenant pour annoncer l'épargne d'une centaine de millions de dollars, soit la moitié de la ponction triennale? Depuis une semaine, tout en se désolant pour les personnes affectées par les pertes d'emplois et la précarisation conséquente des postes, des observateurs ragent contre cette machine où l'on fait toujours avec plus: plus de techniciens, plus d'assistants, plus de recherchistes, plus de cadres aussi.

RC/CBC paye-t-elle pour avoir trop tardé à se réformer elle-même? Pour la CBC, surtout la télévision, c'est l'évidence. Le Globe and Mail notait ce week-end que ce réseau n'a même pas suivi le mouvement de la nouvelle révolution des séries de qualité amorcée par les chaînes spécialisées sur le continent il y a une quinzaine d'années déjà.

Pour RC, la crise semble au contraire couper un élan de redéfinition bien visible dans la mise en place de certaines excellentes nouvelles émissions à la radio, de Tou.tv et des rapprochements intermédiatiques en information. Ces heureuses initiatives découlent du plan quinquennal Partout, pour tous, que les compressions freinent dans son élan.

La direction annonce un ralentissement des réformes pour économiser de l'argent. Dommage. Parce que la société aurait encore bien besoin de «faire bouger les choses», comme le dit ce plan.

Pourquoi par exemple a-t-il fallu endurer Les lionnes durant sept saisons? Cette émission est symboliquement sortie des ondes alors que le gouvernement annonçait les compressions. Qui sait ce qui l'aura remplacée en 2015? Une nouvelle production digne d'un service public, même affaibli, ou une reprise encore plus insignifiante?

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6 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 10 avril 2012 08 h 35

    Divertissement

    Quand RC souffre de «divertissementite» aigue, nous perdons en vision.

  • Daniel Bérubé - Abonné 10 avril 2012 11 h 48

    Le savoir est un ennemi pour certains...

    Faite de Radio-Canada un centre de divertissement et couper au maximum dans l'information... je crois qu'à ce moment, les budgets seront immédiatement rétablis... et des émissions comme "Enquête"... qu'ils enquêtent sur ce que contient les colorants à cheveux... pas sur ce que font nos gouvernements. N'oublions pas, Radio-Canada doit se considérer comme un outils ayant a défendre les causes fédéralistes, point à la ligne. La vérité... c'est dangereux ça, pas à peu près...

    • AGL - Inscrit 10 avril 2012 17 h 49

      Effectivement cher Monsieur Bérubé. Quand vous constatez que, nommé par une amie conservatrice, Hubert Lacroix, anciennement du cabinet Stikeman Elliott - cabinet qui s'est occupé d'Air Canada et Abitibi Corp., deux bateaux qui ont sombré et s'enfonce encore - au fait, Calin Ravinescu est aussi un ancien de Stikeman Elliott - on voit en effet qu'il vaut nettement mieux n'enquêter que sur les shampoings colorants... Pourrait-on obtenir l'organigramme de la gang d'amis de Charest et Harper please ? Là, on comprendrait peut-être mieux que les nouvelles de 17hres, c'est simplement une grosse farce quand on nous dit qu'AVEOS, on veut tellement le sauver - avec ENCORE ! de l'argent public et c'est les grands génies de Nortel qui vont gérer l'affaire.

      Mais il y aura toujours des journalistes pour nous dire peu subtilement que les théoriciens du complot sont des malades mentaux. Formidable non ?! Y'a pas besoin de travailler très fort. Taisez-vous, qu'ils vous disent, honte à vous les niaiseux théoriciens. Et de continuer de citer des personnages comme H. Lacroix en faisant valoir la dure réalité des impératifs de gestion... C'est plate, mais que voulez-vous, on n'a pas le choix... c'est Monsieur qui donc ? qui a dit que les humains sont désormais privés de choix ?

    • RobertB - Inscrit 10 avril 2012 19 h 21

      S'il n'y a pas RC, alors quoi? V, TVA, ha oui, télé-Qc! C'est vrai que leurs recettes sont bonnes!

  • Geoffroi - Inscrit 10 avril 2012 14 h 18

    Dans 3 ans ou jamais

    Mulcair le socialiste internationaliste, qui croit que seule la classe ouvrière du Québec n'a pas besoin d'un pays pour contribuer à sa manière à la fin du capitalisme international triomphant, prend le pouvoir à Ottawa en 2015.

    Comme les bourgeois décadents Chrétien et Harper, Mulcair continuera à Ottawa de commanditer et «robocalliser», grâce aux actionnaires d'agences néo-libérales mondialistes, des publicités subliminales encore plus "hard"que la Société Radio- Canada Canada (SRCC), organe de propagande anti- démocratique depuis 1980, diffusera encore avec joie.

    La SRCC pourra ainsi, plus facilement, devenir un puissant organe de propagande orienté vers la victoire finale du socialisme réel antinational prévue, si la tendance se maintien, après bien des atermoiements électoraux, pour ne faire peur à personne, vers la fin du prochain siècle.

    • RobertB - Inscrit 10 avril 2012 19 h 19

      Et Geoffroi!
      Comme un vrai marxiste-léniniste, comme au cégep du Vieux-Montréal dans les années '75 (moi quoi), vous êtes capable d'écrire des paragraphes entiers qui ne veulent rien dire. Je croyais que c'étais fini depuis les années 80. Et bien!
      Et R.-C. antidémocratique? C'est de la télé, pas une platte-forme publique.
      Et «Le socialisme réel antinational...» votre phrase ne se termine pas! Vous ne voulez rien dire et «vers la fin du prochain siècle.» woooo, ça c'est loin, en 2200!