Des saumons qui parlent

Non, ce n'est pas un poisson d'avril et, pour tout dire, je le regrette un peu... Mais les saumons parlent et, comme c'est souvent le cas avec le monde ordinaire et en particulier les étudiants, Québec n'écoute pas beaucoup ce qu'ils ont à dire!

Dans un échange de courriels cette semaine, un de nos pionniers de la restauration des rivières à saumons, au Québec comme en France, Guy-Noël Chaumont, m'apprenait que la réintégration du saumon dans la rivière Etchemin est remise aux calendes grecques par Québec et le Comité de bassin versant de ce cours d'eau. André Bélisle, le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et un des fondateurs du Comité de restauration de la rivière Etchemin (CRRE) me confirmait la chose de son côté. Et tout ça, parce que fonctionnaires gouvernementaux et agriculteurs ne veulent pas savoir ce qu'en pensent les saumons eux-mêmes, qui vivaient dans ce cours d'eau il y a 100 ans et qui ont indiqué clairement qu'ils voudraient bien le réintégrer.

M. Chaumont est de ceux qui ont réussi à recréer des populations résilientes de saumons notamment dans l'Allier, un affluent de la Loire en France, et aussi dans la rivière Jacques-Cartier, qui s'écoule du parc national du même nom.

Dans la Jacques-Cartier, le défi était d'autant plus colossal qu'il y a présentement trois petites centrales hydrauliques appartenant à la famille d'intérêts derrière la société Cascades. Les 1200 premiers alevins, provenant des piscicultures gouvernementales, ont été introduits au début des années 1980. En 1990, grâce notamment à la qualité des eaux fort bien protégées par le statut de parc dans lequel elles s'écoulent, on dénombrait déjà 1200 saumons adultes. La Jacques-Cartier redevenait ainsi non seulement une rivière à saumons, mais aussi la plus méridionale du Québec.

Le projet a connu des heurts avec le feu vert donné à la construction de deux nouvelles petites centrales dans le tronçon privé appartenant à Cascades et à la restauration d'une troisième. Mais Québec a au moins exigé la construction de passes migratoires, finalement peu fonctionnelles, et surtout de grilles antidévalaison qui évitent aux saumoneaux le hachoir des turbines. Mais Québec a alors diminué ses ensemencements et on a autorisé des niveaux de récolte trop élevés. Le cheptel a alors plongé vers le bas. Mais il reprend le dessus depuis qu'on transporte aux frais de Cascades les saumons en haut de Pont-Rouge, de sorte qu'ils apprennent à peupler maintenant toute la rivière et non seulement un affluent de l'amont, la Sautoriski, où on les ensemençait.

Dans l'Etchemin, les maigres ensemencements ont donné des résultats qui ont surpris tout le monde. Même si on n'a ensemencé que quelques centaines d'alevins cultivés par des élèves du secondaire, des activités de frai ont été rapidement notées dans l'embouchure. Certes, il y a une chute presque infranchissable à Saint-Henri, mais elle pourrait être aménagée, car historiquement, suffisamment de saumons la franchissaient pour peupler l'amont de la rivière. Et les propriétaires de la petite centrale privée, près de là, sont d'accord pour installer une passe à poissons si un nombre suffisant de saumons s'y présentent.

Le problème véritablement est ailleurs: le comité de bassin versant, créé à l'instigation du comité de restauration, est aujourd'hui dominé par les agriculteurs qu'embarrasserait sérieusement un statut juridique de rivières à saumons, car l'essentiel de la pollution dans l'aval de la rivière est d'origine agricole diffuse. L'amont, par contre, est toujours compatible avec la présence des saumons, car la truite mouchetée, encore plus exigeante en matière d'habitat, s'y reproduit et y vit.

Québec a décidé d'adopter la logique du comité de bassin et refuse d'ensemencer. Il défendait la même logique dans la Jacques-Cartier: restaurons la rivière d'abord, ce qui prendra beaucoup de temps, et on verra plus tard pour les saumons. Les Chaumont de ce monde pensent, au contraire, qu'il suffit de demander aux saumons ce qu'ils en pensent par des ensemencements massifs (25 000 à 50 000 saumons par année) et d'attendre pour voir si le lieu leur plaît. Dans la Jacques-Cartier, ils ont répondu «oui». Et ça marche, n'en déplaise aux frileux fonctionnaires...

Il faudrait donner la parole aux saumons dans l'Etchemin, ce qui donnerait un sens et un programme très concret pour la reconstitution de la biodiversité originelle du cours, une responsabilité incontournable pour la région. Dans ces écoles où les jeunes élèvent chaque année 1000 alevins en tout, ce qui a suffi à provoquer le miracle du retour de l'espèce, on apprendrait enfin le sens du développement vraiment viable au lieu de celui, durablement dommageable, de pratiques qui perdurent aux dépens des écosystèmes et de la biodiversité.

Exposition permanente

La Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP) a inauguré cette semaine une exposition permanente sur les activités de chasse et pêche à son siège social de Saint-Augustin-de-Desmaures: projets d'aménagement, ingéniosité et beauté des instruments de ces pratiques à travers le temps sont présentés dans un contexte interactif.

Dindons


Les périodes de chasse au dindon sauvage ont été modifiées dans les zones 5,6, 8 et 10. Les modifications ont été inscrites sur le site Internet du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. La chasse n'est permise qu'en matinée.
 
2 commentaires
  • Pierre Vincent - Inscrit 6 avril 2012 04 h 46

    Louis-Gilles a besoin de vacances...

    Non Louis-Gilles, les saumons ne parlent pas. Ils font des bulles et sautent hors de l'eau de temps en temps, c'est tout.

    Poisson d'avril...

  • awassos - Inscrite 6 avril 2012 07 h 30

    Le choix du prédateur

    Les seules poissons que notre gouvernement veut entendre et écouter ( dans le sens de tendre l'oreille et d'obéir ), ce sont les requins de la finance.