Musée national des beaux-arts du Québec - L'élégance s'impose et s'expose à Québec

Marie Dooley, la dame en vert, 2011. Taffetas de soie et pierres Swarovski. <br />
Photo: Idra Labrie MNBAQ Marie Dooley, la dame en vert, 2011. Taffetas de soie et pierres Swarovski.

Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) propose dans la Vieille Capitale, jusqu'au 6 mai prochain, une exposition qui s'attaque au mythe largement entretenu par l'art et la littérature voulant que le Québec, jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, ait été une société rurale traditionnelle dont les habitants étaient vêtus «à l'ancienne». Pour ce rendez-vous avec l'histoire, on a regroupé 132 tableaux et dessins, mais également quelques catalogues de grands magasins, des affiches publicitaires et des photographies, qui nous font découvrir une perspective et un regard bien particuliers, ceux de la mode et de l'apparence au Québec, telles que vues par les peintres d'ici.

Les sept décennies couvertes par Mode et apparence dans l'art québécois, qui vont de 1880 à 1940, sont cruciales pour l'industrialisation et l'urbanisation de la société québécoise, mais elles le sont aussi pour son histoire de l'art. À travers ce miroir aux mille facettes reflétant l'art québécois, on revisite de multiples approches, académiques comme modernes, avant l'avènement de l'abstraction, en plus de découvrir plusieurs oeuvres inédites de peintres fascinants, de Louise Gadbois à Ozias Leduc, de Jean Paul Lemieux à Alfred Pellan.

L'exposition nous entraîne vers des horizons insoupçonnés avec ses divers thèmes qui traitent de l'élégance à la ville moderne, de ses rues, de ses vitrines et de ses grands magasins, des modifications de l'apparence qu'implique la démocratisation du sport, etc. L'événement nous en met plein la vue et rejoint tout un volet de l'histoire sociale et de la culture matérielle du Québec, bien au-delà des clichés et des apparences.

Designers et tableaux

Les deux commissaires de cette exposition innovatrice, Esther Trépanier et Véronique Borboën, nous convient à une rencontre toute particulière entre l'histoire et la création contemporaine en présentant des vêtements originaux réalisés par huit designers de mode québécois invités à s'inspirer de tableaux de la collection du musée. Mode et apparence dans l'art québécois 1880-1945 permet ainsi de souligner de façon originale la mission du MNBAQ, qui est de mettre en valeur l'ensemble de la création québécoise d'hier à aujourd'hui.

Ces oeuvres contemporaines insufflées par l'élégance du passé provoquent des rencontres à la fois improbables et magnifiques en complément de programme. Il faut aller admirer les créations de quelques-uns de nos plus grands designers: Christian Chenail (Muse), Michel Desjardins, Marie Dooley, Philippe Dubuc, Christiane Garant (Myco Anna), Yves Jean Lacasse (Envers), Jean-François Morissette et Marie Saint Pierre, qui font la preuve, chacun à leur façon, que l'élégance s'impose et s'expose à Québec jusqu'au 6 mai 2012.

Givenchy, le documentaire


La 30e édition du Festival international des films sur l'art (FIFA), qui vient de se terminer à Montréal, aura été une fois de plus l'occasion de faire de belles découvertes, parmi lesquelles il faut retenir impérativement le portrait consacré au dernier monstre sacré de la haute couture parisienne, Hubert de Givenchy. On doit ce documentaire précieux à la détermination et à la patience du réalisateur français Karim Zeriahen, passionné par l'oeuvre et la vie du grand couturier, reclus depuis plus de 20 ans dans son hôtel particulier du 7e arrondissement à Paris.

Cet homme modeste et réservé avait jusqu'ici toujours refusé de revenir sous les feux de la rampe, même l'espace d'un moment. Aujourd'hui âgé de 85 ans, il a cependant cédé devant l'insistance et l'ardeur du jeune cinéaste, d'autant plus que c'était sur le Sundance Channel, une chaîne de télévision américaine, que le court métrage allait être diffusé. Il a par ailleurs insisté pour que le film ne soit jamais vendu à des diffuseurs en France. Lui qui fut acclamé partout dans le monde avant d'être finalement reconnu dans son propre pays traîne de vieilles blessures qui ne sont pas encore cicatrisées.

C'est donc aux racines de la création vestimentaire que nous ramène ce documentaire, à mille lieues de l'autocélébration, avec comme fil conducteur un immense artiste, humble et élégant, qui pose un regard parfois nostalgique, mais totalement dépourvu d'amertume, sur ses années de gloire et sur une époque révolue qui continue de nous faire rêver.

Et c'est en parlant de ses rencontres avec des femmes et des hommes illustres qu'il se laisse discrètement deviner. Lorsqu'il se remémore la première fois où il a croisé son maître à penser, le légendaire couturier Cristobal Balenciaga, au chic Waldorf Astoria de New York, ses yeux s'enflamment. Il ne tarit pas d'éloges pour l'oeuvre monumentale de ce créateur de génie, et pour l'homme aussi, avec ses qualités humaines remarquables, qui deviendra un ami cher.

Ce magicien du drapé qu'était Balenciaga aura ainsi imposé sans le savoir sa philosophie du style et de la beauté au jeune Givenchy si admiratif de son travail de surdoué. «Rappelle-toi, Hubert, il ne faut jamais contrarier ou torturer le tissu», répétait inlassablement Balenciaga, ou encore: «La robe doit suivre le corps de la femme, et non l'inverse», une école de pensée qu'il a fait sienne et qu'il a su transposer de façon magistrale dans chacune de ses collections.

Seule vedette vivante des années couture à témoigner de la manière Givenchy dans ce documentaire, Bettina, le top-modèle des années 1950 avec Suzy Parker — qui ont toutes deux défilé pour lui dès l'ouverture de sa maison de couture en février 1952 —, n'hésite pas à le qualifier de sublime architecte et de sculpteur du corps féminin. Elle souligne également son sens de l'innovation en lançant, par exemple, son parfum L'interdit et en choisissant comme égérie une figure emblématique du style et de la beauté, Audrey Hepburn, une première en ce temps-là.

L'héroïne de Sabrina et de tant d'autres chefs-d'oeuvre cinématographiques allait glorifier et immortaliser les créations de Givenchy aux quatre coins de la planète, et leur amitié indéfectible s'est ainsi poursuivie sans l'ombre d'un nuage jusqu'à la mort de la célèbre actrice. L'émotion reste palpable tout au long du film lorsqu'il mentionne sa muse et son amie disparue.

Lorsque j'évoque auprès du réalisateur mon seul regret par rapport à ce documentaire essentiel, celui de n'avoir jamais effleuré le nom de Philippe Venet, couturier d'exception lui aussi, homme de l'ombre, compagnon de vie et collaborateur de toujours du maître, Karim Zeriahen me répond que lui aussi le déplore, d'autant plus que M. Venet était présent tout au long du tournage et qu'il lui voue également une grande admiration, mais il fallait respecter la volonté des deux hommes: «Je m'étais attiré la confiance de Givenchy, je n'allais pas le trahir.»

Et comment explique-t-il le succès de son court métrage? «Pour qu'un documentaire soit réussi, il faut d'abord aimer son sujet, et puis j'ai eu la chance de tomber sur un monsieur à la mémoire fabuleuse, généreux et très bavard, qui maîtrise parfaitement l'art de la conversation. Que demander de plus?»

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1 commentaire
  • camelot - Inscrit 31 mars 2012 12 h 27

    Les glaneuses

    Il est en effet faux de croire que nos aïeux s'habillaient en paysans. J'ai vu et acheté aux défuntes Glaneuses de Montréal des robes et accessoires de mode époustouflants dignes des Musées. Entre autres des robes Paul Poiret, d'autres des années folles en pierreries, des gants plissés remontant jusqu'au coude, des boas en hermine, des souliers brodés, des bijoux art déco. Bref, nos grands-mères étaient élégantes et à la fine pointe de la mode. D'ailleurs les revues d'époque regorgent de publicité de modistes, chapelière, brodeuses etc.