#chroniquefd - Marcher et lire

C'est la science qui le dit. La semaine dernière, le très sérieux magazine The Atlantic Cities nous apprenait que les humains marchent plus vite, lors de leurs déplacements, dans les villes que dans les campagnes. Oui, oui...

La corrélation, bien sûr, n'est pas très étonnante. Mais elle a été scientifiquement démontrée, plus d'une fois d'ailleurs, rappelle la publication qui a passé au crible les nombreuses recherches sur le sujet, dont celles produites par un couple d'Américains, Marc et Helen Bornstein, à la fin des années 70.

On résume: dans plusieurs métropoles du monde, la vitesse du passant a été mesurée par le duo qui, au final, a constaté que les habitants de grandes villes comme New York, Athènes, Munich ou Prague circulaient plus vite sur les trottoirs que ceux des plus petites bourgades comme Bastia, en France, ou Itea, en Grèce. Leurs travaux ont été publiés dans la respectée revue scientifique Nature.

L'urbain marche plus vite que le rural et ce serait notamment la faute de l'argent. C'est que, dans les environnements où se concentre la richesse, comme c'est le cas dans les villes, les humains doivent dépenser plus pour vivre et donc travailler plus pour gagner l'argent nécessaire. Du coup, le dicton voulant que «le temps, c'est de l'argent» prend un autre sens et pousse le citadin à accélérer le pas, comme l'ont démontré en 1989 les géographes Jim Walmsley et Gareth Lewis.

Autre explication: la stimulation inhérente à la densité humaine. En ville, le marcheur est interpellé autant par le décor, la publicité, le trafic automobile, le son et l'odeur, que par les autres. Et tout ça finit par influencer son comportement: marcher rapidement lui permet de réduire ses interactions sociales et de limiter ses expositions aux interférences de la ville. En gros.

Le déplacement disséqué


Dans un monde obsédé par la performance et qui se prépare à devenir de plus en plus urbain, la vitesse risque donc de rester une valeur à la hausse... à moins, bien sûr, d'y résister, comme le propose la nouvelle revue sociologique ZAQ — pour «zone d'aménagement du quotidien» — dans son dernier numéro. Celui du printemps 2012.

Pile dans l'air du temps et sans concertation avec The Atlantic Cities, l'objet imprimé qui offre depuis Saint-Ligori P.Q. du contenu réflexif et sans prétention sur le présent, pose son regard sur «le déplacement», en voiture, en transport en commun, en objet volant et, bien sûr, à pied.

Sur une soixantaine de pages, il y est question de la multiplication des véhicules sur route, des voyages, de l'avenir de la mobilité, d'un cordonnier et du plaisir de se perdre dans un environnement inconnu.

À la page 11, on peut lit aussi: «Si la liberté chez les modernes a longtemps été associée aux déplacements plus rapides et sans limites, une nouvelle forme de liberté pourrait être celle du plus près, du plus petit et du plus lent...» Et ça donne un peu le goût de marcher un peu moins vite pour y penser.

Des villes étranges

La vitesse donne un caractère prévisible à la ville, comme l'a démontré la science, laissant du coup un peu plus de place à l'imagination chez certains urbains, dont Bernard Quiriny fait partie. C'est un auteur. Il s'est fait remarquer dans les dernières années avec son Angoisse de la première phrase et ses Contes carnivores, des recueils de nouvelles fantastiques. Il va en faire autant avec son dernier méfait littéraire qui vient tout juste de sortir. Son titre: Une collection très particulière (Seuil).

Séduisant, cet assemblage de textes courts, idéal pour consommation dans les milieux urbains où tout va vite, se promène aux frontières de l'absurde avec une plume efficace et une passion particulière pour les villes auxquelles Quiriny aime bien imaginer des existences parallèles un brin loufoques.

À preuve: entre un texte portant sur un écrivain sans mémoire et un autre sur une épidémie de résurrection, l'homme y explore avec finesse plusieurs milieux inventés qui laissent perplexes, comme celui de la ville de Saint-Hermier, en France, où l'on ne vit qu'un jour sur deux.

La géographie du nouvelliste est étrange: il y a Morno, au Chili, une ville traversée par une rivière et qui se développe sans concertation de manière parfaitement symétrique des deux bords.

Il y a aussi Volsan, en Amérique, la ville du silence où les voitures sont électriques, où les trottoirs sont faits de feutre et où le bruit des talons est contrôlé par la police. Le tout pour moins de stimulation et d'interférence devant faire apparaître un monde où les gens marchent moins vite. Forcément.

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2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 mars 2012 12 h 16

    C'est aussi des habitudes et peut etre une drogue

    Je crois que la marche comme le débit de la parole font partis de notre biorytme, tibutaire de notre santé, de notre age, de notre profession, de notre environnement, etc. . Quand je vois la sollicitation de nos jeunes, je ne suis pas surpris du débit de certains comédiens. Ca m'arrive d'observer des juggers parfois assez agés et je me dis voila des personne qui sont arrivés a changer leur biorytme, De la meme facon que nous avons tentés de le faire a l'époque avec les drogues.
    J'ai une soeur qui est monitrice dans un centre de cardio, elle est devenue une véritable fusée, impossible de l'arreter, c'est maintenant inscrit en elle, seul la mort ou la maladie l'arretera . Ma surprise fut quand je fus forcé par la maladie de vivre a une fraction de la vitesse dont j'avais l'habitude, J'y ai découvert un monde aussi intéressant que celui de vivre cent milles a l'heure. Ceci pour dire que la vitesse c'est aussi des habitudes

  • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2012 13 h 31

    Peut-être aussi...

    que les urbains marchent pour aller quelque part, alors que les ruraux, quand ils vont quelque part, prennent leur voiture, la marche ne servant plus qu'au loisir...