Un printemps chaud chaud chaud

Ce n'est pas parce que le thermomètre a indiqué 25 degrés Celsius pendant cinq ou six jours d'affilée, à la mi-mars, qu'on peut dire que le printemps québécois sera chaud. Bien sûr, c'est exceptionnel. Du jamais vu. Mais il faut beaucoup plus qu'une hirondelle pour faire un printemps. La chanson le dit bien. Le seul thermomètre qui nous dit franchement le temps qu'il fait sur ce pays, ce sont les humains, ceux qui préfèrent souvent s'allonger sur l'herbe quand il fait beau, ceux qui préfèrent ne penser à rien en laissant aux autres le soin de leur dire ce qui est bon pour eux, ceux qui abandonnent et choisissent l'immobilisme. Les sortir de leurs habitudes est un véritable tour de force. Et ça vient d'arriver.

Ils ont cessé de s'en laver les mains et ils ont décidé de s'engager personnellement auprès des jeunes à qui on a dit, comme autrefois, qu'ils n'avaient pas voix au chapitre et qu'ils n'avaient rien à dire puisque le gouvernement avait pris sa décision. Les élus l'ont répété jusqu'à l'écoeurement.

Quand des citoyens tranquilles se remettent debout, quand ils envahissent les rues et paralysent les ponts, quand ils refusent de plier l'échine et qu'ils interpellent ceux et celles qui font semblant de ne pas les entendre, quelque chose vient vraiment de changer et il se peut que ce pays ne soit plus jamais le même.

Quand des travailleurs se retrouvent dans la rue, congédiés brutalement et dépouillés de leurs droits les plus élémentaires par des entreprises qui se conduisent avec un mépris total des engagements pris et de la parole donnée, et que le gouvernement ne sait pas comment sortir ces travailleurs de cet enfer, «so-so-so, solidarité» retrouve enfin tout son sens.

La colère citoyenne ne fera pas seulement éclater la crise, elle fera peut-être éclater tous les thermomètres en usage dans ce pays. Le printemps de la rue sera beau et chaud. Le coude à coude solidaire entre des gens qui n'ont pas l'habitude de se fréquenter pourrait donner des résultats étonnants.

La semaine n'a pas seulement été chaude. Elle a aussi été chargée. Pour faire court, j'ai choisi de distribuer des étoiles à ceux qui ont fait le palmarès.

Raymond Bachand


Certains de nos dirigeants nous donnent l'impression de vivre dans une autre galaxie pendant que toutes ces choses se passent sous leur nez. Ils ne semblent pas réaliser à quel point nous sommes las de les regarder jouer constamment la même pièce de théâtre alors que nous connaissons pratiquement toutes les répliques par coeur. Est-ce que quelqu'un dans ce pays a pensé sérieusement, en écoutant le ministre des Finances Raymond Bachand ronronner son budget mardi dernier, qu'il était là en train de vivre un moment inoubliable à raconter un jour à ses petits-enfants?

Jean Charest

Est-ce que quelqu'un dans ce pays croit vraiment que le premier ministre Charest est un visionnaire et que son Plan «nard» va nous apporter bonheur et richesse? Il me semble qu'il y a un âge pour cesser de croire au père Noël.

La police de Montréal


Est-ce qu'il y a quelqu'un dans ce pays qui croit vraiment que les manifestations de nos étudiants dans les rues de Montréal sont plus intolérables que les manifestations qui suivent en général une victoire du Club de hockey les Canadiens de Montréal (quand les joueurs se donnent la peine de gagner) et qui débordent de façon beaucoup plus violente que ce qu'on a vu au cours des dernières semaines de manif?

Line Beauchamp

Est-ce que quelqu'un croit la ministre de l'Éducation Line Beauchamp quand elle chantonne que «chacun doit faire sa part» et qu'elle le dit sans rire, elle qui sait bien que les revenus ne sont pas tous égaux et que ce qui n'est qu'une pinotte pour les plus riches peut devenir une véritable catastrophe pour d'autres? Et qu'à force de faire semblant de ne pas comprendre ce qu'on lui explique, on va finir par penser qu'elle est sotte? Faire sa part, qu'on aime ça ou pas, ça implique qu'on doit tenir compte du revenu. On nous a passé cette trouvaille dans la gorge pour la taxe sur la santé (200 $ pour les riches comme pour les pauvres cette année) et on remet ça avec les droits de scolarité.

Gérald Tremblay

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, en état de choc, a déclaré devant les caméras de télévision après la manif contre la brutalité policière que «sa patience avait atteint sa limite». Il a dénoncé le fait que certains manifestants étaient masqués et que si on voulait manifester, il fallait le faire à visage découvert. Donc, les masques ne seraient plus autorisés au cours des manifestations dans sa ville. Ce qui donnerait à penser que seuls les policiers porteraient des masques dorénavant. Étrange comme solution. Imaginez ce que ce serait au conseil municipal si tout le monde devait enlever son masque. Ou à l'Assemblée nationale... Pauvre Monsieur le Maire, vos mots ont dépassé votre pensée.
23 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 23 mars 2012 01 h 00

    ce que ne disent pas les étudiants en grève

    Pour convaincre une population qui ne sait pas grand-chose et surtout qui ne veut rien savoir, on pige dans différents pays les choses qui font notre affaire

    1- Oui dans certains pays scandinaves, il y a la gratuité scolaire. Sauf : il y a un contingentement, comme en pharmacie ou en médecine au Québec. Seuls les meilleurs peuvent continuer à étudier. Les étudiants rejètent le contingentement : Tout le monde a le droit d’étudier à l’université, indépendamment des notes de l’étudiant ou de la demande du marché de la profession

    2-« C’est gratuit en France ». Encore là, ce n’est qu’une demi-vérité. Oui c’est gratuit mais allez voir les universités infectes. 400 à 500 étudiants par classe. Aucune disponibilité pour voir le prof, etc. Veut-on des universités comme celle-là au Québec? D’ailleurs, souvent le diplôme français manque de reconnaissance. Par contre, la France a de très bonnes écoles supérieures, qui sont très reconnues. Mais les frais coûtent très chers.

    Que veulent les étudiants québécois6 Le meilleur des deux mondes. Une partie scandinave, une partie française.

    • Maco - Inscrit 23 mars 2012 10 h 58

      Y-a-t-il vraiment quelque chose de gratuit dans la vie?

      Tout à un cout. Il s'agit de savoir comment on veut le partager. Certains bonzes du capitalisme le savent, eux. Et, en général, il semble qu'ils sont capables d'avoir le meilleur de tout le monde.

    • M. Enseignant - Inscrit 23 mars 2012 20 h 37

      Il y a quelque chose de mal à vouloir le meilleur des deux mondes plutôt que le mauvais de pires au monde? On parle de la France comme si les universités américaines publiques sont mieux. Il semblerait que les étudiants ne soient pas les seuls à présenter une seule partie d'un portrait.

    • Jean St-Jacques - Abonnée 24 mars 2012 18 h 04

      Les étudiants veulent que le gouvernement retirent les subventions aux écoles privées et les donnent aux universités.
      Paul Gérin-Lajoie a aboli les collèges classiques pour que l'éducation soit accessible à tous gratuitement jusqu'à l'Université gratuitement(relire le rapport Parent). Il faudrait que Bombardier, Beauchamp, Bachand, Pratte retourne prendre des cours d'histoire avec le chef Charest et Marois et bien d'autres. On gaspille notre argent puis ensuite on nous demande de faire "notre JUSTE PART". Quelle farce! Heureusement, le peuple se réveille et ce n'est qu'un début. La commission sur la construction va nous en apprendre encore davantage sur les scandale des politiciens depuis 15 ans. Que dire de Harper avec le G8?

  • David Boudreau - Inscrit 23 mars 2012 01 h 49

    Merci Mme Payette

    Merci Mme Payette d'avoir exprimé de manière aussi franche qu'inspirée votre opinion sur les acteurs d'une mauvaise pièce qui se jouent depuis trop longtemps sur le dos des citoyens. Je suis certain qu'une majorité de la population québecoise partage votre sentiment à l'égard de nos dirigeants qui effectivement ne nous donnent pas le choix de penser qu'ou bien ils sont vraiment sot, ou encore ils assument que ce sont nous les crétins. Le discours de Jean Charest se veut une tentative d'antagoniser les générations à travers un enjeux économique dont les montants n'ont pas de commune mesures avec tous les investissements annoncés pour les infrastructures et les chantiers à venir au Québec. Faut il vraiment croire que tous ces milliards qui bénificeront en premier lieu à une industrie ne laisse aucune marge de manoeuvre pour investir dans l'éducation simultanément?

    Merci Mme Payette de soutenir avec tant de verve cet élan de résistance qui s'est emparé de la jeunesse et qui donne le goût à celle-ci de se mobiliser contre les abus du pouvoir qui alimentent les injustices sociales.
    Soyons tous unis contre ceux qui veulent vendre notre avenir à la haute finance.

  • Daniel Hémond - Inscrit 23 mars 2012 03 h 15

    Ouan!

    Madame Payette, je vous suis!
    Quand la Ministre de l'éducation utilise le mot '' écoeure'' je voudrais lui crier que l'écoeurement est encore plus grand vis à vis des politiciens comme elle. C'est elle et ses colocataires de l'Assemblée Nationale qui nous écoeurent depuis trop longtemps.

  • Samuel Pothier - Inscrit 23 mars 2012 08 h 25

    Il est grand temps

    ... d'instaurer des mécanismes permettant aux citoyens d'amender les décisions de leurs représentants, voir même de destituer ceux-ci si l'arrogance les étouffe.

    Perpétuer ce simulacre de démocratie est une insulte à l'intelligence citoyenne.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 mars 2012 13 h 53

      Ça donnerait quoi? Les libéraux ont été réélus deux fois de suite!

  • Curley - Inscrite 23 mars 2012 08 h 59

    Des doutes

    Si on lit l'éditorial d'André Pratte ce matin, le bilan du PQ au niveau des frais de scolarités est peu reluisant. Bien sûr, il est facile de critiquer les dirigeants qui sont en poste actuellement, moi je leur lève mon chapeau. Ils peuvent réaliser de bons coups comme des mauvais, ce sont quand même des humains. Dans votre liste vous ne critiquez personne provenant de votre formation politique, pourtant! Faire de la politique en 2012, n'est pas une mince affaire.

    Dans La Presse également ce matin une opinion de Bjorn Sundbay concernant le régime scandinave, la gratuité avec tous les avantages en retour service obligatoire non rénuméré de 12 mois maintenant, il a déjà été de 18 mois. Applicable au Québec Oh Boy! manifestations en vue.

    En ce qui concerne les étudiants, ils refusent carrément de discuter lorsqu'il y a possibilité de dégel au lieu de s'asseoir calmement pour écouter proposer d'autres alternatives. Je dis bravo à Madame Beauchamp et à Jean Charest de tenir bon.

    Mes deux fils ont bénéficié de prêts et bourses, ils sont dans la trentaine aujourd'hui, une peu d'aide parentale, un travail d'été et un prêt étudiant avec des avantages enviables ont laissé une dette de +/- 17,000$ chacun. Tous les deux en résidence, pas d'auto, le strict minimum. On peut pas tout avoir quand on fait des études universitaires, faut faire des choix. Aujourd'hui ils ont des emplois bien rénumérés et sont hjeureux d'avoir fait les sacrifices nécessaires pour y arriver.

    • M. Enseignant - Inscrit 23 mars 2012 20 h 40

      Le service militaire est-il obligatoire dans TOUS les pays scandinave? j'en doute fort. Bravo à vos enfants, mais s'ils avaient que le strict minumum qu'auront les prochains étudiants après une augmentation de 75% ?