La vague de Justin

Guillaume Bourgault-Côté l'a clairement indiqué sur le site Web du Devoir le jour où les propos de Justin Trudeau ont été traduits en anglais: M. Trudeau a créé une belle controverse à travers le Canada. Toutefois, ses remarques sur la souveraineté du Québec n'ont pas été signalées le lendemain dans le Globe and Mail, qui se présente pourtant comme le quotidien national du Canada. Et, dans le Toronto Star, le quotidien ayant le plus grand tirage au Canada, ses propos ne méritaient qu'une brève d'agence placée en page 10.

Les mots de M. Trudeau étaient choquants pour quelqu'un comme moi qui a conseillé le premier ministre de la Colombie-Britannique au cours des discussions constitutionnelles de 1981, pour ensuite travailler avec le premier ministre Brian Mulroney sur l'accord du lac Meech. Ironiquement, quand Pierre Elliott Trudeau a émergé pour dénoncer cet accord, il a déclaré que la Constitution qu'il a léguée au Canada était bâtie pour durer mille ans. Et voilà son fils aîné évoquant la disparition de ce document six ans après l'accession de Stephen Harper au poste de premier ministre du Canada.

Je dois admettre cependant que je n'ai pas été surpris de voir les remarques de Justin Trudeau à peine évoquées ou complètement oubliées dans des quotidiens de langue anglaise basés à Toronto.

À l'extérieur du Québec, la Ville reine a été toujours l'épicentre des appuis pour Pierre Elliott Trudeau; tout ce qui peut ternir l'image de son héritier ne serait donc pas vu favorablement par les rédacteurs de cette ville. De plus, les Canadiens — y compris les journalistes — ont largement perdu leur intérêt pour le Québec — tout comme le gouvernement Harper. Il y a même un certain degré de mépris ces jours-ci pour la Belle Province dans certains médias de langue anglaise.

De Trudeau à Mulroney

À Toronto, le Star a toujours été le premier champion de Pierre Elliott Trudeau. C'est le Star qui a publié en grande manchette les nouvelles d'une insurrection appréhendée en octobre 1970. C'est le Star qui a publié la dénonciation étonnante faite par Pierre Trudeau de l'accord du lac Meech en 1987. Et, plus récemment, quand Justin Trudeau a traité le ministre de l'Environnement Peter Kent de «merde» (piece of shit), c'est le Star qui l'a présenté à la une comme un héros.

Je ne doute pas que M. Harper suscite beaucoup d'insatisfaction au Québec, tout comme dans le reste du pays. La majorité des Canadiens ont voté contre lui et le nombre de ses détracteurs a augmenté depuis l'élection de mai dernier.

Cependant, M. Harper a toujours l'appui de 20 % des Québécois, et je constate qu'il y en a beaucoup dans la province qui vont même jusqu'à appuyer la peine capitale. Les Québécois qui ont voyagé à Vancouver ont sans doute remarqué que la Colombie-Britannique, où j'habite, est tout aussi progressiste que leur province.

En écoutant les remarques de M. Trudeau, je me suis souvenu que près de chez nous, un peu à l'est, il y eut dans le passé un mouvement qui prônait la séparation de l'Alberta — ironiquement, sous la gouverne de Pierre Elliott Trudeau. Mais les Albertains ont finalement compris que pour se débarrasser des programmes et des politiques détestables, il suffit de changer leur gouvernement plutôt que leur pays. Ce qu'ils ont réussi à faire au bout de deux décennies.

Lorsque le gouvernement Mulroney ne leur donnait pas tout ce qu'ils réclamaient, ils s'activèrent pour former le Parti réformiste. Et après avoir compris qu'ils ne seraient pas en mesure de former plus que l'opposition officielle à Ottawa, ils ont fusionné avec le Parti progressiste-conservateur pour remporter deux gouvernements minoritaires, et aujourd'hui, un gouvernement majoritaire.

Le défi de Justin Trudeau est d'aider le Parti libéral à regagner le soutien des Canadiens. Ou de fusionner avec le NPD pour remplacer les conservateurs.

Quelle que soit la voie choisie, les Québécois ont un rôle essentiel à jouer. Tout comme ils l'ont joué entre 1968 et 1984, alors que le premier dirigeant du pays était un peu plus au goût de Justin Trudeau...

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Norman Spector est chroniqueur politique pour le Globe and Mail
 
19 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 1 mars 2012 06 h 30

    Pas fort!

    Accorder au temps d'importance aux récents propos de Justin Trudeau me semble plutôt stupide. Comme aussi vénérer tout ce qu'a fait le père Trudeau. Ce dernier a fait de bons et de moins bons coups, comme tout politique. Quant à Justin, disons seulement qu'il a encore bien des croûtes à manger... Pas bien fort, le junior!

  • André Métivier - Abonné 1 mars 2012 06 h 36

    Juste à temps

    Au moment de la naissance de Justin, Trudeau avait déclenché des élections au Canada. Certains commentateurs politiques avaient alors avancé: "Just in Time For The Election".
    Les récentes déclarations de Justin viennent-elles "juste à temps" pour une nouvelle Constitution pour le Québec?

  • ysengrimus - Inscrit 1 mars 2012 07 h 05

    Loi du silence

    Justin Trudeau, ses déboires récents le prouvent, est un epsilon public comme un autre. Il n’échappe pas à la loi du silence contemporaine, qui se formule comme suit: t’as dit ceci… t’as pensé cela…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2010/06/01/le-synd

    Et eux, ben, ils te roulent dans l’ordure pour ça…
    Paul Laurendeau

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 1 mars 2012 07 h 13

    Prendre acte

    Le Canada comprend enfin qu'il n'a pas besoin du Québec pour exister. Droite religieuse dans l'Ouest, symboles royaux en Ontario, Harper est là pour longtemps. Ne reste au Québec qu'à jouer son rôle essentiel: prendre acte du nouveau contexte et se séparer.

    Desrosiers
    Val David

  • Socrate - Inscrit 1 mars 2012 07 h 28

    bonobos

    Les bonobos sont probalement tout aussi intelligents que les politiciens finalement, et des chercheurs américains ayant découvert qu'ils pouvaient eux aussi se commander des guimauves sur leur clavier pour faire plaisir à leurs amis, il ne faudrait plus trop présumer de leurs cousins...

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Bonobo