#chroniquefd - Grand ménage dans les amitiés numériques

La modernité accélère tout, y compris les phases de développement des réseaux sociaux qui, à peine entrés dans leur période d'adolescence dominée par les excès et les dérives, semblent désormais s'approcher un peu plus de la maturité qui sied, parfois, à l'âge adulte.

Preuve: une étude dévoilée la semaine dernière par le Pew Research Center qui met en lumière un tout nouveau phénomène en ligne, le grand ménage actuellement en cours dans les amitiés numériques, afin de conserver l'essentiel et de se débarrasser du superflu. Comme dans le vrai monde, quoi.

C'était loufoque: être l'ami de 350 personnes dans un réseau social numérique n'a finalement pas une grande signification, surtout quand on sait qu'en dehors de ces mondes à portée de tablettes et d'iPhone, les cercles d'amis proches tiennent souvent sur les doigts de deux mains.

Les deux tiers des adeptes des réseaux sociaux le croient d'ailleurs, eux qui l'an dernier ont amorcé un processus de «désamitié» en liquidant de leur compte un ou plusieurs «amis» numériques au nom d'une plus grande intimité, indiquent les données de l'étude Pew sur le rapport à la vie privée en ligne. L'année précédente, ils étaient 56 % à affirmer s'être adonnés à un tel ménage.

Chasser le faux pour mieux parler aux vrais, bannir les voyeurs, les renifleurs et les écornifleurs, les connaissances trop éloignées pour qu'on s'en souvienne, et au passage... l'activité se répand même avec plus d'assiduité chez les 18-29 ans (71 %), poursuit le document, une classe d'âge qui, à l'image du reste de la population, semble sensible aux questions de sécurité en ligne et de réputation numérique et cherche désormais à prendre son existence en format 2.0 avec un peu plus de sérieux.

Un doute? Au-delà du principe de «désamitié», les adeptes des réseaux sociaux adaptent davantage les critères de sécurité et de vie privée associés à leurs comptes, de manière à rendre les contenus qu'ils y déposent uniquement accessibles à leurs amis, les vrais, et non plus totalement exposés sur ces nouvelles places publiques, celles qui paradoxalement se fréquentent sans trop le savoir depuis l'intimité d'une maison. La préoccupation est d'ailleurs plus forte chez les femmes que chez les hommes, indique le Pew Research Center.

Dans la foulée, un tiers de ces citoyens numériques ont également amorcé un autre travail de nettoyage dans les photos diffusées en ligne, par eux ou leurs «amis», en retirant les mentions permettant de les identifier et de les associer à ces clichés. La moitié des internautes disent aussi avoir effacé des commentaires laissés dans les réseaux sociaux au fil des dernières années.

Pas de doute. Ce n'est pas encore le printemps, mais le ravalement des murs numériques, l'écrémage de carnets de contacts et le lessivage d'e-réputations vont bon train, poussés par les préoccupations récentes en matière de protection de la vie privée et les nombreux effets pervers de la modernité: perte d'emploi liée à un commentaire fait à ses «amis» en ligne, photo qui remet en question une indemnisation...

Profils Facebook et ressources humaines

À la fin de l'année dernière, une étude menée en Grande-Bretagne par le site MyMemory avait révélé que 76 % des Anglais sur Facebook apparaissaient sur des photos en ligne en présence d'alcool, parfois dans un état d'ébriété. Ces clichés sont susceptibles de divertir les amis qui faisaient partie de la fête, mais ils peuvent aussi attiser les jugements de valeur chez les autres, et pourquoi pas chez de futurs employeurs qui désormais ne se privent plus de fréquenter ces espaces pour comprendre la personnalité d'un candidat. Avec une précision parfois étonnante, comme vient de le démontrer une étude de la Northern Illinois University.

On résume: 500 profils Facebook ont été scrutés par six spécialistes en ressources humaines. Les portraits obtenus ont ensuite été soumis aux employeurs actuels de ces internautes qui ont, dans une vaste majorité, confirmé les traits de caractère décelés en ligne, indique l'étude publiée dans le Journal of Applied Social Psychology.

On comprend donc qu'aujourd'hui, 90 % des chasseurs de têtes passent par les réseaux sociaux pour mieux cerner un candidat, en plongeant dans ses photos de famille ou de voyage, ses commentaires sur un film ou sur la politique, ses amitiés... Les publicitaires, les gouvernements, les voisins font également la même chose, reproduisant du coup, dans une grande indifférence jusqu'à maintenant, le comportement des agents de renseignement et des citoyens des États totalitaires, à une autre époque ou dans d'autres pays.

Et, bien sûr, quand on commence à en prendre conscience, ça donne un peu envie de faire le ménage...

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4 commentaires
  • Pierre Cossette - Inscrit 28 février 2012 03 h 40

    Résautage, redécouvertes ...

    à la lecture de votre article je me suis replongé au moment où j'ai fait mes premières armes sur les réseaux sociaux. Comme je ne fais pas partie des jeunes qui semblent plus friands de ces nouveaux média, j'ai fait un retour en arrière j'ai wikipédié pour me situer par rapport au phénomène. J'ai aussi bien sûr remonté le temps et suis allé voir si mes commentaires publiés presqu'aux balbutiements de face de bouque comme je l'appelle, étaient toujours pertinents. J'y ai réalisé toute la somme de travail et de plaisir partagés. Toutes les personnes perdues de vue retrouvés, j'ai aussi réalisé les nouveaux amis virtuels et les groupes de partage que je me suis faits. J'ai vu que j'avais été largué en route par certains amis, et çà m'a surpris à l'occasion. Çà m'a aussi fait réaliser que pour se situer dans le temps, partager des moments de bonheur, se solidariser, s'encourager, c'est un outil formidable. Combien de fois ai-je vu plusieurs amis virtuels encourager un membre qui semblait moins joyeux qu'à l'habitude, J'ai découvert de fantastiques êtres humains, des artistes méconnus et ils sont venus ajouter du bonheur à ma vie. J'y ai aussi découvert des chamailleries acerbes, des discours de violence, que j'ai soulignés d'ailleurs à leurs auteurs, ce qui m'a fait penser aux mouchards qui doivent sûrement saliver et y faire leurs basses besognes. Il y a un commentaire que j'ai tiré de mon mur après quelques mois d'activité:¨Merci mes amis Facebook pour tous ces moments merveilleux que nous partageons ensemble.¨

  • N. G. S. - Inscrit 28 février 2012 12 h 21

    Pour mener une vraie vie...

    c'est encore mieux de faire le ménage au complet, d'autant plus que FB est maintenant parmi les plus "publiques et monnayables" des entreprises. Il est même préférable de le laisser tomber complètement et d'en retirer son profil. On ne s'en porte que bien mieux, comme mon départ il y a déjà 10 mois me démontre tous les jours. Les demi-mesures ne font qu'une frustration de plus qu'il faut répéter souvent. "Vie privée" et "réseau social" ne peuvent pas coexister à la moyenne ou longue terme. Le délaissement est la "nouvelle vague" dont on a grandement besoin. On ne s'en porte que mieux.

  • Moteur - Inscrit 28 février 2012 14 h 11

    Hypnose collective?

    C'est de cette façon que je qualifierais le phénomène des amis virtuels. On a tous notre interprétation de ce que c'est un ami mais dans mon livre à moi, c'est surtout pas quelqu'un (e) que je ne verrai jamais de toute ma vie! Juste le fait de ne pas nommer ce genre de relations par ce que c'est vraiment, soit des contacts, m'a freiné dans mon élan de joindre le troupeau aveuglé comme des mouches qui se précipitent sur l'ampoule!

    Avec 300 ''amis'' sur FB, vous êtes mal placé pour rouspéter devant les abus sur la vie privée et la quête d'informations personnelles car vous en êtes un actif promoteur!

    La quantité est une mode typique du web. Devant tant de possibilités, on se laisse entraîner dans cette consommation presque boulimique car l'offre est démesurée par rapport à ce que la demande a vraiment besoin.

    Je ne consomme peut-être pas du FB mais j'ai quand même embarqué dans ce mouvement. Je consomme du logiciel, ebook (pas certain que je vais tous les lire!), informations en tout genres... La seule différence avec d'autres, c'est peut-être que je me pose aussi des questions sur ce genre de comportement et que j'utilise quand même une bonne partie de ce que je consomme comme carburant pour produire autre chose.

    Comme ce commentaire avec mon tout nouveau logiciel Lotus Symphony de IBM!!!

  • Edouard Mercure - Inscrit 28 février 2012 16 h 50

    Le futur des réseaux sociaux

    La "maturité'' des réseaux sociaux consistera en un partage essentiellement basé sur l'information. Dommage de réduire la portée de la transmission de l'information du à son caractère ''social".
    Dans un futur proche, on pourra parler de réseaux qui lient le monde de manière géographique, qui permetteront entre autre l'émergeance de nouvelles cultures locales et d'une démocratie participative.