Médias - Un boss de classe

À partir de maintenant, Alain Saulnier peut considérer qu'il a officiellement levé les pattes. Le directeur général de l'information de Radio-Canada a été congédié sans préavis la semaine dernière par le nouveau grand patron Louis Lalande.

Dans la seule entrevue qu'il a accordée sur le sujet (à Désautels, à la Première Chaîne), le vice-président principal des services français a expliqué que M. Saulnier avait rempli son rôle en réalisant l'intégration des services d'information (télé-radio-Internet) et qu'il fallait maintenant «quelqu'un d'autre» pour poursuivre la tâche. Le journaliste Michel Cormier, fort d'une expérience de quelques semaines à la direction de Radio-Canada Atlantique, prendra le relais en avril.

La nouvelle a eu l'effet d'une grenade. RDI a diffusé un hommage impromptu du Centre de l'information de Montréal. Les réseaux sociaux ont surchauffé. Même les chroniqueurs en rajoutent (mea culpa).

À son émission de V, Mario Dumont et son commentateur du jour ont fait les gorges chaudes devant cette surcharge émotive. «Il y a juste à Radio-Canada que tu vois des situations de même, a dit Martin Pelletier. On parle d'un simple mouvement de personnel! [...] Les communistes péquistes de la salle des nouvelles de Radio-Canada applaudissent à grands coups avec en plus la théorie du complot. Là, c'est rendu que c'est Stephen Harper qui a mis dehors Alain Saulnier!»

Pas très contents

Des péquistes, on ne sait pas, mais des communistes, chose certaine, il y en a un de moins dans cette salle. Enfin, un ex-coco, puisqu'Alain Saulnier était de cette allégeance au temps de sa folle jeunesse. Comme quelques autres journalistes de sa génération, dont certains devenus eux aussi mandarins ou intellectuels organiques du capital, à L'actualité, chez Gesca, peut-être même au Devoir. Une contradiction secondaire, aurait dit Mao.

En tout cas, le gouvernement conservateur n'est pas très content de cette rumeur de mise sous pression de son... appareil idéologique d'État. Le cabinet du ministère du Patrimoine canadien a téléphoné au Devoir pour expliquer qu'à peu près personne autour du ministre James Moore ne connaissait l'existence d'Alain Saulnier, alors, de là à demander sa tête, hein. C'est vrai que la dernière fois que le ministre est intervenu pour demander des comptes précis à Radio-Canada, soit au sujet de la série française Hard (sur Tou.tv), il a fallu qu'un reporter de Sun-Quebecor sonne la cloche du scandale en odeur cryptoporno.

Même un parano peut avoir raison de temps en temps de se croire surveillé. La droite médiatique tape constamment sur Radio-Canada. Beaucoup de conservateurs n'aiment pas le service public. Des compressions pressenties au prochain budget pourraient entraîner des centaines de licenciements. Mettons qu'il y a de quoi paniquer. Surtout de la part de maîtres du soupçon payés pour déchiffrer du sous-texte dans toutes les situations un peu embrouillées.

Cette histoire de boss atypique empile les couches contradictoires. Pas besoin d'être marxiste pour s'étonner devant des dizaines de prolos de l'info (et leur syndicat!) ovationnant un patron. Alain Saulnier semblait particulièrement apprécié parce qu'il défendait le journalisme d'enquête.

Cela dit, ce capitaine n'a pas fait que des heureux. Des mécontents se manifestent en contactant Le Devoir. Une telle rappelle que c'est sous sa logique fusionnelle que l'info radio a perdu de sa personnalité. Et les longs bulletins de 18h et 22h ont disparu.

Un autre souligne que l'ancien coco a lui-même remercié cavalièrement des dizaines d'employés. Il était aussi objectivement solidaire de la direction lors du lockout de 2002, alors que la lutte portait sur la précarité d'emploi. Depuis, l'armée de réserve du capital de l'info n'a fait que gonfler.

Un téléspectateur attentif remarque que Radio-Canada a fait disparaître Le Point en plus de raccourcir le journal télévisé de 22h pour y inclure un bulletin sportif. Le 18h attire maintenant beaucoup moins de monde que les abrutissants divertissements de début de soirée à V.

Mais de tout ça, on ne peut trop discuter ouvertement et franchement parce que l'ancien boss ne parle pas et que les nouveaux revernissent leur langue de bois. Encore une fois, les médias se drapent eux-mêmes dans l'opacité qu'ils dénoncent dans tous les autres secteurs. Les marxistes appelaient ça de l'idéologie. Ou de l'aliénation. Enfin, quelque chose de pas très bon...
7 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 février 2012 08 h 02

    Et le Téléjournal à Céline se meurt

    Depuis le début de RC, le TJ est LA référence en information. La grand messe quotidienne à 22 heures.
    Eh ben, la Céline l'a mis à terre. La téléréalité de V la bat!

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    Vous savez ce qui m'a jeté à terre en voyant le standing ovation? C'est de voir qu'un matin de semaine il y avait autant d'employés au bureau! Ils ne font plus de terrain: ils font de l'ordinateur

  • Jean_Yves - Abonné 27 février 2012 09 h 19

    «Beaucoup de conservateurs n'aiment pas le service public.»

    Ici au Québec juste avant l'arriver au pouvoir des Conservateurs au pouvoir le Téléjournal de R-C a à quelques reprises, quand il parlait du PC, ajouter un traitement de l'image qui mettait des égratignures a l'image de Harper qu’il présentaient de façon a imiter un vieux film sorti des poussières. Le même traitement a été répété après la prise de pouvoir quand il était question de la politique familiale qui octroyait 100$ par mois par enfant...

    Quelqu'un peut expliquer comment un service d'information qui se veut le plus rigoureux au pays a pu faire une telle chose que de faire de la dégradation volontaire d'image pour présenter les positions de un des deux plus grands partis politiques du pays?

    Juste avec ça il y avait largement matière à un sérieux coup de barre ai service des nouvelles à cette société d'état. Je ne sais pas qui était a la barre du service d'information mais chose sûr il y a eu un impardonnable manque de jugement qui a servit au cube la cause de ces Conservateurs qui ont en grippe ce service publique. On appel ça se tirer dans le pied !


    Tout de même, avant de croire au début d’un projet de démolition en règle de R-C il faut ici rappeler la position du ministre responsable de la société d'état. James More en entrevu a La Presse disait ceci qui ne laisse pas grand doute sur son appréciation du service:

    «Chaque pays du G7 a un diffuseur public. Le Canada est au deuxième rang des plus grands pays du monde. Mais nous arrivons au 36e rang des pays les plus peuplés. Ce qui nous garde unis, ce qui permet à notre société de s'épanouir davantage, c'est Radio-Canada».

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada

  • Socrate - Inscrit 27 février 2012 09 h 36

    mario

    On aurait dû engager Mario pour remettre tous les pendules à l'endroit. Les artistes purs et durs de tout.tv.cucu.ca n'ont qu'à bien se tenir...

  • - Abonnée 27 février 2012 10 h 54

    «Alain Saulnier semblait particulièrement apprécié parce qu'il défendait le journalisme d'enquête»

    Ne cherchez plus, la voilà la principale raison, le journalisme d’enquête. Sans les révélations de l’équipe d’Alain Gravel le pouvoir politico-économique pouvait nous endormir en paix. Grâce entre autres à l’émission «Enquête» nous avons pu saisir l’enchevêchement des partis politiques et les groupes mafieux au Québec.

    Louis Lalande, nouveau vice-président depuis quelques semaines à Radio-canada, dans l’émission déjà cité de Desautels a bien souligné que Michel Cormier avait été choisi pour son inexpérience et qu’il voyait cela comme un atout.

    Sans dénigrer le nouveau «patron» néo-brunswickois, il ne semble pas à la hauteur de la tâche et tout porte à croire qu’il sera facilement manipulable. Il n’a non plus, aucune expérience de gestion du personnel. Alors pourquoi cette nomination? Qu’est-ce qui se passe à Radio-Canada? Un climat d’appréhension s’installe et ce climat se reflète dans toute la programmation journalistique. Les figures sont longues ces temps-ci…

  • Jean Tremble - Inscrit 27 février 2012 12 h 55

    TSR.CH

    Quand j’écoute sur le Net. des émissions de débats comme Infrarouge que diffuse la Télévision Suisse-romane, je me rappelle les belles années de Radio-Canada qui diffusait des émissions captivantes comme Premier Plan qu’animait le regretté Gaétan Barrette.