La juge a plongé

Elle n'a même pas pris le temps de vérifier si l'eau était trop froide. Elle a plongé tête première sans trop se soucier de l'effet de surprise qu'elle allait créer. La juge France Charbonneau a fait une entrée en scène sobre, rassurante et courageuse. Le message était attendu.

La messagère était calme et humble. J'utilise ce mot parce que j'avais craint qu'elle ne succombe à la tentation de jouer la star de la justice, celle qui a mis Mom Boucher en prison et qui a fait plier Jean Charest. C'est plutôt le contraire qu'elle a choisi et elle a fait profil bas. Elle devait faire comprendre en peu de mots qu'elle connaît son métier, qu'elle s'y est préparée depuis longtemps, mais qu'elle ne cherche aucunement à se transformer en danseuse du ventre pour attirer le public.

Le message aussi était clair. Elle nous a assurés qu'elle allait travailler pour nous, le peuple. Elle est allée jusqu'à nous demander de l'aider si nous croyions posséder des informations qui lui seraient utiles pour mener sa commission à terme. Le rapport entre elle et nous sera direct. J'en veux pour preuve le fait qu'elle n'a pas cru utile d'utiliser les journalistes comme courroie de transmission. Ç'a vexé ces derniers, ils ne parlaient que de ça cette semaine. Mais pourtant, au fond, elle a sans doute eu raison. Au lieu de répondre à une multitude de questions allant dans tous les sens, elle a choisi de s'adresser à nous directement pour être bien sûre qu'on se comprenne. Elle va tenir son bout. Elle nous demande de tenir le nôtre.

Elle a réussi en quelques minutes à me convaincre qu'elle ne cherche rien d'autre que la vérité, quelle qu'elle soit, et que rien ne pourra entraver son désir de voir clair dans ce monde mystérieux qui grouille et grenouille autour de nous et de nos institutions, sans que nous arrivions jamais à faire le grand ménage qui s'impose.

La juge Charbonneau a la réputation d'être d'une efficacité redoutable. C'est le commentaire que font à son sujet ceux et celles qui la connaissent bien. Les attentes de la population sont immenses, mais son appui à la juge est assuré. Elle dispose d'un capital de confiance qui est sans mesure, et si elle sait le conserver, elle mènera sa tâche jusqu'au bout sans trop de difficultés.

Ce n'est pas une mince tâche. Nous le savons depuis le début. Cette fois-ci, il ne faut pas qu'une seule pierre reste non tournée, pas plus qu'il ne faudra avoir le sentiment que tout n'a pas été fait et que tout n'a pas été dit pour permettre à notre société de rebâtir la confiance nécessaire à l'avancement de nos projets. Il faudra vider le baril, même si les odeurs nauséabondes vont probablement nous lever le coeur.

C'est pour ça qu'il faut soutenir la juge Charbonneau. Il faut lui faire confiance, elle qui mettra ses troupes en marche quand elle sera certaine que la machine va tenir le coup tant que durera le long voyage, sans tomber en panne et finir sa vie abandonnée sur le bord de la route.

Je voudrais tant qu'on comprenne bien que c'est NOTRE commission, celle que nous avons réclamée, celle que nous avons arrachée de force à Jean Charest, celle qui va nous permettre de comprendre par qui on se fait arnaquer depuis des années, où va l'argent que nous sortons de nos poches et qui finit dans les poches de quelqu'un d'autre qui nous rit au nez.

Elle nous permettra probablement aussi de comprendre à quel moment nous avons perdu le contrôle de notre démocratie. À quel moment des partis politiques ont pu échanger des faveurs contre de l'argent, à quel moment on a tripoté l'honneur de la famille québécoise pour enrichir quelques «favoris», à quel moment nous avons cessé de croire que nous contrôlions notre avenir. Qui? Quoi? Quand? Comment? Et peut-être combien?

Je suis prête à reconnaître à la juge le droit de prendre le temps dont elle a besoin pour harnacher les éléments. Mais j'espère voir les résultats de la commission pour bien comprendre à quel moment nous avons abandonné le combat et comment nous devrons nous y prendre pour que ça n'arrive jamais plus. Si vous savez quelque chose que la juge a besoin de connaître, dites-le. Pour nos enfants et nos petits-enfants. Pour qu'ils n'aient pas à tout recommencer parce que nous n'aurons pas eu le courage d'aller jusqu'au bout.
34 commentaires
  • Anfre Beaulieu - Inscrit 24 février 2012 06 h 45

    Une grosse publicité

    Faudrait peut etre attendre quelques résultats avant de se lancer dans ces éloges qui me paraissent tellement prématuré Mme Payette.

  • Catherine Paquet - Abonnée 24 février 2012 06 h 54

    Attention

    J'espère que Mme Payette et ses admirateurs tiendront le même language quand la juge Charbonneau nous dira que le Rapport Duchesneau n'était que du vent, des ouÏ-dire. Qu'il ne contenait aucune preuve. En somme qu'il ressemblait à la personnalité de son auteur...

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 24 février 2012 06 h 54

    Romantisme... et maintenant crédulité...

    De plus en plus en plus Mme Payette me semble vivre sur une autre planète: après avoir cru que Charest pourrait faire l'indépendance pour des rasions écologiques, à un printemps québécois où des foules vont se retrouver dans la rue, ce qui va déboucher sur l'indépendance, la voilà maintenant qui se retrouve seule à croire que la sortie de la juge est rassurante... Même Claude Poirier, qui n'est pas un politique, mais un "judiciaire", en tomberait en bas de sa chaise.

    On dirait qu'elle veut tellement être rassurée qu'elle tente rassurer tout le monde. Faut croire qu'elle ne lit ni écoute les journalistes du Devoir ou d'ailleurs, et pas davantage les commentaires qui suivent ses articles. Déconnectée, quoi. C'est dommage. Mais bon, si ça lui fait du bien...

  • Catherine Paquet - Abonnée 24 février 2012 07 h 00

    Frustrations des journalistes...

    Mais oui, les journalistes voudraient bien faire partie du show. Ils en ont tellement rapporté des soupçons et des accusations, qu'ils se demandent bien pourquoi ce ne seraient pas eux qui se mettent à la recherche de preuves dont ils ne se souciaient guère, il y a peu de temps encore.

  • Jacques Lison - Abonné 24 février 2012 07 h 39

    D'accord

    En écoutant la juge Charbonneau, j'ai eu les mêmes sentiments que ceux qu'exprime Mme Payette... À suivre....