Migrations, le mystère

Les chasseurs d'outardes des Laurentides et de plusieurs régions du Québec ont constaté l'automne dernier que la migration des outardes accusait un important décalage. Quand nous nous sommes installés dans nos caches, l'essentiel de la migration était déjà passée ou n'avait pas commencé, ce que nous n'avons pu déterminer avec certitude. Mais une chose est sûre, elle ne s'est pas produite durant les trois premières semaines de la chasse, du moins dans Lanaudière, où je chasse en général l'outarde dans les champs ou sur de petits plans d'eau.

J'aurais personnellement tendance à penser que la migration avait débuté plus tôt que prévu car, dès la fin d'août, j'entendais, aux premières lueurs de l'aube, passer d'importants vols d'outardes au-dessus de la maison, à Montréal. Fin septembre et début octobre, là où elles se posaient naguère par dizaines en fin de journée, nous n'avons assisté au phénomène qu'une seule fois. Et dans le ciel, on ne voyait passer qu'une petite formation en six heures d'attente, au lieu des grands vols à répétition des dernières années. Si la migration était passée plus tard, on l'aurait vue pendant les semaines froides de la chasse au chevreuil. Mais cela n'a pas été le cas. Reste l'hypothèse d'un déplacement de la route migratoire, ce que nous ne pouvions constater de nos caches.

En revanche, sur les plans d'eau de la région de Montréal et dans les champs de la Montérégie près de la frontière avec les États-Unis et l'Ontario, les outardes étaient nombreuses dès la fin de septembre.

On peine à s'expliquer un pareil phénomène. Je suis encore plus mystifié par les constats d'une étude sur le devancement des migrations, qui plaiderait plutôt pour une migration tardive à l'automne. Mais cette étude ne porte que sur le devancement de la migration au printemps...

Cette étude publiée mercredi dans le journal scientifique PLoS ONE, accessible gratuitement sur Internet, constate que le devancement des migrations printanières de la plupart des espèces ailées devient la norme. Et elle attribue le phénomène au réchauffement du climat.

C'est ce que démontre une recherche dirigée par Allen Hurlbert, de l'Université de Caroline du Nord, qu'il a faite à partir des observations de milliers d'observateurs d'oiseaux consignées par leurs clubs.

Hurlbert a ainsi noté, en compilant ces milliers d'observations, que l'arrivée dans les régions nordiques des espèces migratrices était devancée d'un jour par degré Celsius d'augmentation de la température moyenne au printemps. Le phénomène, écrit-il, se vérifie dans toutes les régions nordiques de l'Amérique. Certaines espèces, précise-t-il, devancent même leur migration vers le nord de trois à six jours par degré d'augmentation de la température printanière.

L'étude de Hurlbert a porté sur le suivi des observations de 18 espèces, notamment les orioles, les troglodytes et les hirondelles rustiques.

Plantes et climat


Selon une étude publiée dans la revue Nature, les premières plantes apparues sur la Terre durant l'ordovicien — il y a 444 à 488 millions d'années — ont profondément modifié le climat de la planète, la plongeant dans une ère glaciaire. C'est en accélérant la décomposition naturelle des roches que les premières plantes auraient refroidi le climat, modifiant radicalement l'équilibre du carbone sur la Terre, estime Tim Lenton, géologue de l'Université d'Exeter en Grande-Bretagne.

À partir d'expériences sur des roches recouvertes de mousses et incubées pendant des mois, les chercheurs ont noté qu'elles altéraient les roches silicatées, dont les ions réagissaient avec le carbone atmosphérique, créant ainsi des roches carbonatées. Durant l'ordovicien, l'extraction par les plantes du phosphore et du fer a enrichi les fonds marins où ces molécules ont abouti, ce qui a stimulé la croissance du plancton. Ce dernier a alors accéléré le captage du carbone atmosphérique par les océans, au point de réduire de 8,4 fois la concentration de carbone atmosphérique par rapport au niveau actuel (390 ppm). Cette baisse radicale de l'effet de serre naturel aurait engendré une glaciation majeure qui a provoqué une extinction massive de la vie dans les océans.

Mais, indique Tim Lenton, n'allons pas croire que les plantes vont jouer aujourd'hui un rôle aussi marqué. Leurs mutations et leurs déplacements sont trop lents pour qu'elles puissent suivre le rythme actuel du réchauffement et l'annuler. Il leur faudrait, dit-il, des millions d'années pour absorber l'excédent créé par les émissions actuelles de GES des humains...

***

Lecture: Comment nourrir 7 milliards d'hommes. Le rapport du Worldwatch Institute sur l'état de la planète, Paris, Éditions de la Martinière, 558 pages. Ce bilan ne s'attaque pas au problème d'une population mondiale qui dépasserait les limites biologiques de la planète, mais à la crise alimentaire mondiale qu'elle engendre et aux moyens d'y remédier par l'intégration des nouvelles technologies à des politiques de protection environnementale adaptées à la nature et à l'ampleur de la dévastation des écosystèmes. Le rapport aborde aussi les problèmes de la pauvreté, qui prive souvent des régions entières du globe des moyens de s'en sortir, et aussi des problèmes culturels comme l'inégalité des sexes, des barrières souvent fondamentales au développement.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

2 commentaires
  • Andre Metivier - Abonné 24 février 2012 08 h 06

    Explication politico-climatique

    Le retard des outardes (bernaches du Canada) s'explique-t-il par un séjour prolongé dans les marais de Sagard?

  • planetebleue - Inscrite 10 mars 2012 09 h 52

    cimat?

    cette évolution peut-elle être liée au changement climatique? Dans le sud de la France, on a déjà noté des migrations vers le nord, notamment d'insectes. Mais la plupart des races n'arrivent pas à migrer assez vite pour suivre l'évolution des températures.