Le comment

Le comité sur la souveraineté dont Pauline Marois a annoncé la création dimanche est bien différent de celui qu'elle avait refusé aux contestataires menés par Lisette Lapointe lors du congrès d'avril 2011.

Ils réclamaient en réalité un comité de surveillance, composé à égalité de députés et de membres du conseil national, qui aurait dû faire rapport périodiquement de l'état de ses travaux aux instances du PQ. Le contrôle de la stratégie référendaire aurait échappé complètement à Mme Marois.

La chef péquiste a maintenant les coudées franches. Les deux députés qui feront partie du comité, Alexandre Cloutier et Véronique Hivon, sont des fidèles, et aucun mécanisme de reddition de comptes n'est prévu.

Certains ont déploré la faible représentation des femmes et l'absence de représentants des communautés culturelles. En un sens, cela devrait rassurer ceux qui doutent toujours des intentions de Mme Marois. La composition du comité indique clairement que son objectif n'est pas de se pencher encore une fois sur le pourquoi de la souveraineté, ce dont d'éventuels États généraux pourront toujours se charger, mais plutôt sur le comment.

Moins spectaculaire que la présence d'artistes vedettes, celle de hauts fonctionnaires comme Carl Grenier et Marcel Leblanc n'en est pas moins significative. En 1995, le premier avait travaillé à la préparation des négociations avec le reste du Canada dans l'éventualité d'un oui. Le second était responsable du fameux plan O destiné à soutenir le cours des obligations québécoises.

La présence de l'incontournable Jean-François Lisée en inquiétera sans doute plusieurs. Lisée était un des principaux stratèges du oui en 1995, mais il est aussi l'auteur de Sortie de secours, qui proposait la tenue d'un référendum sur le rapatriement d'une série de pouvoirs. Il n'y a cependant pas d'autre indice permettant de croire que Mme Marois envisage actuellement cette avenue.

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Cela laisse néanmoins entier le problème des «conditions gagnantes», qu'il faudra bien réunir d'une manière ou d'une autre. Si bien préparé qu'il puisse être, un troisième référendum sur la souveraineté ne saurait être envisagé sans la certitude de pouvoir le gagner. Les deux premiers ont coûté suffisamment cher au Québec.

Pour le sociologue-chroniqueur Mathieu Bock-Côté, la souveraineté est «une excellente réponse à une question qui se pose de moins en moins». La formule est ingénieuse, mais la réalité est peut-être plus mouvante qu'il n'y paraît.

On disait la même chose après le référendum de 1980. Bien avant la signature du traité de Maastricht et la formation de l'Union européenne, Robert Bourassa avait entrepris de convaincre les Québécois que les souverainistes cherchaient à les entraîner sur une voie contraire au sens de l'Histoire, mais l'échec de l'accord du lac Meech leur a soudainement fait voir les choses autrement.

La question nationale est-elle réellement en voie d'être évacuée au profit d'une nouvelle polarisation entre la gauche multiculturalisme et la droite libertarienne? À voir le «désir de changement» s'exprimer tour à tour dans l'ADQ et le NPD, on a plutôt l'impression d'un profond désarroi. Le PQ, dont Bernard Drainville craignait la disparition il y a tout juste cinq semaines, peut maintenant envisager un retour au pouvoir.

«Pourquoi les trudeauistes d'Ottawa se trouvent-ils désormais des affinités avec les souverainistes du Québec? Est-ce parce que les premiers ont changé d'idée, ou parce que les seconds ont dilué leur idéal et leur projet?», demande Bock-Côté.

Il n'y a peut-être aucun rapport. Malgré leurs différends fondamentaux sur la question nationale, les souverainistes ont toujours été en accord avec les positions progressistes de Pierre Elliott Trudeau et de ses disciples. Ils ont applaudi le bill omnibus de 1969, qui décriminalisait l'homosexualité, comme la création du registre des armes à feu. Ils détestaient la Loi sur la clarté, mais approuvaient les initiatives de Stéphane Dion pour lutter contre les changements climatiques.

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La solution réside peut-être dans ce que Bock-Côté appelle les «fondamentaux» de la question nationale: langue, mémoire, désir de survivre. La «gouvernance souverainiste» a ses défauts, mais elle pourrait permettre de vérifier dans quelle mesure le Canada anglais est prêt à accepter ces «fondamentaux».

Dès son élection, Mme Marois décréterait vraisemblablement que la participation du Québec au Conseil de la fédération en fait une province comme les autres, ce qui est incompatible avec le statut de nation qui lui a été reconnu par la Chambre des communes.

Le programme adopté en avril 2011 prévoit qu'un gouvernement péquiste ferait adopter une «nouvelle loi 101», qui s'appliquerait au cégep et invoquerait la clause nonobstant, ainsi qu'une constitution québécoise, qui affirmerait notamment le droit à l'autodétermination. Il instaurerait du même souffle une citoyenneté québécoise, qui conditionnerait l'exercice de certains droits à la connaissance du français.

Tout cela serait parfaitement compatible avec les dispositions de la Constitution canadienne, mais la réaction des Canadiens eux-mêmes pourrait être très négative. Certains y verront à coup sûr une sombre manoeuvre visant à provoquer une crise. Et si c'était le désir d'assurer la pérennité d'un Québec français qui constituait une insupportable provocation?
23 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 21 février 2012 02 h 46

    Le don

    Michel David a toujours le don de bien cerner le contexte et de déceler les pièges de l'argumentation fédéraliste. Les prétextes de ceux qui détestent simplement la francophonie canadienne sont mis à jour. Quant à T.C Trudeau, il a encore des croutes à manger avant de jouer dans la ligue nationale.

  • Pierre Schneider - Inscrit 21 février 2012 04 h 11

    Trop de dissolution

    Comme plusieurs ex-militants péquistes, je ne crois pas que ce comité va réussir à sauver les meubles. Il y a beau y avoir en son sein des noms prestigieux, il n'en demeure pas moins, comme le démontre Me Pierre Cloutier dans son livre "Le PQ a trahi ses militants" que la gouvernance souverainiste est vouée à l'échec et au retour, comme toujours d'une petite gouvernance provinciale.
    On se demande aussi comment il le fait que le président du Conseil de la Souveraineté, Gérald Larose, ait été écarté du cénacle des stratèges dont le plan de travail manque à tout le moins de rigueur...et de temps. Encore une une fois, on retrouve la réponse au sujet de M. Larose dans le livre de Pierre Cloutier.
    Bref, constatant les attributs de ce comité et son manque total de pouvoir, on voit bien que ça sent l'improvisation électoraliste à plein nez et non un désir de mettre le cap sur l'indépendance, comme certains naïfs le croient.

  • Bernard Cormier - Inscrit 21 février 2012 06 h 03

    La souveraienté, c'est quoi ça?

    La souveraineté n'intéresse presque plus personne, c'est bien évident. Passez don à autre choses plutôt que vous acharner à chercher quelque chose qui n'existe pas.

    www.bernardcormier.blogspot.com

  • Normand Carrier - Inscrit 21 février 2012 06 h 44

    Les roteux de vieux sûr ......

    Quel que soient les gestes ou actions posés par le PQ , il y aura toujours des souverainistes frustrés pour contester toutes les avancés ..... Vivre dans le passé et dans certains cas le passé très lointain n'apporte rien au débat et certains devraient s'actualiser avec les nouvelles réalités .....
    La réalité nous convie tous a admettre que les forces souverainistes devront se fusionner sous une bannière pour que lon puisse se donner ce pays du Québec un jour et réaliser que nos ennemis sont les fédéralistes d'en face qui eux pronent le statu-quo intégral et qui ne voient pas le jour ou ils pourront changer une virgule dans la constitution .....
    Lorsque l'on aura notre pays , les électeurs pouront le modèler comme ils l'entendent soit de la l'extrême-gauche a l'extrême -droite et avec toutes les subtilités requises .... Mais avant unissons-nous et sortons de ce piège de la frustration et de la désunion ...........

  • Catherine Paquet - Abonnée 21 février 2012 07 h 18

    Le statut de nation...

    M. David, vous écrivez: ««...la participation du Québec au Conseil de la fédération en fait une province comme les autres, ce qui est incompatible avec le statut de nation qui lui a été reconnu par la Chambre des communes.»»

    M. David, vous savez pourtant très bien que ce n'est pas le cas. La définition du terme "Québécois" accompagne et explique la Résolution de la Chambre des communes de novembre 2006 qui "Reconnaît que les "Québécois" forment une nation dans un Canada uni,
    Cette définition stipule clairement que les Québécois dont il question dans cette Résolution sont tous les Canadiens-fançais, quel que soit l'endroit où ils habitent au Canada.