Vivement un printemps québécois

Quand je suis arrivée en politique, il y avait une histoire qui se racontait dans le milieu à Québec, une histoire qui m'avait fait beaucoup rire. C'était l'histoire de ce ministre qui rencontrait son sous-ministre pour la première fois et qui lui tenait un long discours sur la nécessité de toujours lui fournir les chiffres dont il avait besoin afin de servir ses concitoyens au meilleur de sa connaissance. Pour tester le sous-ministre, il lui demandait s'il était fort en chiffres et le mettait à l'épreuve immédiatement.

— 2 + 2, ça fait combien?

Le sous-ministre réfléchit pendant un moment puis il répondit:

— Ça dépend. Combien voulez-vous que ça fasse, Monsieur le Ministre?

En politique, s'il faut en croire cette histoire, les chiffres peuvent s'utiliser de beaucoup de façons. On peut transformer des pertes en profits ou l'inverse, ça dépend de ce qu'on a à prouver. On peut choisir de faire la démonstration que tout va bien dans le meilleur des mondes ou d'afficher une satisfaction de soi qui devrait rassurer le bon peuple. On peut faire le contraire en criant que tout va mal et justifier ainsi qu'on aille vider les poches des citoyens à qui on refile la facture parce qu'il faut remplir la caisse qu'on a vidée.

Le budget d'un gouvernement m'est toujours apparu comme une sorte de conte pour enfants sages qui prennent les engagements des élus au premier degré et qui ne voient pas les immenses trous qui devraient susciter leurs interrogations. Nous devrions peut-être écouter avec plus d'attention la présentation des budgets du gouvernement d'Ottawa ou celui de Québec dans les semaines qui viennent. Que savez-vous des derniers budgets des villes de Montréal, de Québec ou de Laval? Partout le ton est le même, celui de nous convaincre que nos élus savent où ils s'en vont, mais qu'il se peut qu'ils aient besoin de notre argent pour y arriver. Un peu plus gros. Un peu plus cher. Rien de nouveau. La chanson est toujours la même.

Chaque fois, pour ma part, je me dis que si on dirigeait des entreprises comme les élus dirigent un pays ou une ville, il y a longtemps que nous serions tous en faillite. Le cas de la Grèce, on le sait maintenant, n'est pas unique. Je ne dis pas que toutes les entreprises sont bien dirigées... oh que non. Ni les privées ni les publiques. Là aussi il y a des abus visibles à l'oeil nu. Quelques récentes fermetures devraient nous aider à comprendre comment on devient riche en laissant les travailleurs dans la rue. C'est un sport qui se pratique pas mal en ce moment et ça fait encore plus mal quand les entreprises quittent le pays en emportant les subventions que nous leur avons fournies pour qu'elles s'installent chez nous.

Depuis quelques jours, le gouvernement Charest jette littéralement l'argent par les fenêtres. Il met la table pour une élection qui pourrait être déclenchée assez rapidement dès qu'une pointe de «ciel rouge» fera son apparition. La générosité qui consiste à faire des promesses qu'on ne tiendra probablement pas ne dérange rien au budget. 18 millions, 35 millions, quelle importance? Si ça donne l'impression qu'on a été prévoyant, ça devrait rapporter gros en bulletins de vote. On espère surtout, au sein du gouvernement, que le Plan Nord fera la job.

Depuis quelques jours, les étudiants sont dans la rue parce qu'on leur demande d'éponger la dette de leurs universités qui ont toujours cultivé davantage les déficits que les cerveaux. Les jeunes sortiront de l'université endettés par des prêts qu'ils traîneront comme des boulets pendant des années. Les enfants des CPE vivent dans l'instabilité parce que les responsables n'ont pas de contrat de travail depuis deux ans. Les aînés sont inquiets pour leurs pensions et les urgences des hôpitaux ne débordent plus, elles éclatent. Les écoles ne sont pas saines. Elles rendent les enfants malades. Mais quelle importance, puisqu'ils parleront tous l'anglais fluently?

Vivement un printemps québécois, histoire de remettre les pendules à l'heure, de déterminer dans quelle sorte de pays on veut vivre, de retrouver le sens de la mesure en même temps que le simple bon sens, d'ouvrir un avenir plus brillant pour nos enfants que le «petit pain» fabriqué dans le Grand Nord par un boulanger qui préfère, lui, manger son pain beurré des deux côtés.

On dit qu'il se prépare un printemps québécois pour le 22 avril prochain. On dit qu'il sera peut-être le premier «printemps tranquille» du monde, ce qui correspondrait à ce que nous sommes profondément. On dit qu'il faudra mettre en commun toutes nos bonnes idées, car nous aurons tout un pays à nous reconstruire.
40 commentaires
  • Daniel Hémond - Inscrit 17 février 2012 03 h 45

    Que dire??

    Madame Payette.
    Je ne suis pas un admirateur béat, les bras ballant et la cervelle branchée sur ''Tout le monde ne parle''
    Je ne crois pas que le salut viendra des politiciens.
    Il faudra bien plus qu'un printemps...
    Je crois sincèrement que pour en finir avec les abus des gouvernements, il faudra refuser de voter pour qu'enfin le peuple se prononce et refonde une vraie démocratie.
    Les politiciens ont trop de pouvoirs et trop peu de responsabilités.

    On ne peut plus faire confiance à qui que ce soit.
    On se fait tondre par tout ce beau monde qui veut tout notre bien et fait en sorte de nous le prendre.
    NON! C'est mon dernier mot avant de tourner la page et commencer une autre histoire dans laquelle les citoyens seront vraiment les gardiens de la démocratie, pas les moutons.

  • Luc Boyer - Inscrit 17 février 2012 05 h 51

    Et bien...

    Et bien pour moi Mme Payette, ce printemps ce sera ''Pieds nus dans l'aube'' Et pour votre foutu printemps je vous conseille de soumettre à votre réflexion ''Les possédés'' de Dostoevski. Et aux prochaines élections, je conseille à tous les Québécois de voter libéral.

  • Gilles Bousquet - Abonné 17 février 2012 06 h 28

    @ M. Hémond

    Votre plan a été tenté dans les pays communistes, le peuple en a payé le prix. Au plu, une partie de notre économie coopérative avec une autre de l'État et la troisième capitaliste fait un bon mélange. Le peuple au pouvoir c'est l'anarchie, le Far West.

  • Catherine Paquet - Abonnée 17 février 2012 06 h 29

    De mauvaise humeur...

    Madame Payette, on peut comprendre que certains matins vous vous leviez de mauvaise humeur, mais e n'est pas une raison pour inviter tout le monde à démolir tout ce qui existe. Surtout sans la moindre précision sur la dimension du prétendu problème et sans proposition pour faire autre chose.
    Et Daniel Hémond, emporté par le même souffle, décide de s'isoler sur une ile déserte, de ne plus s'occuper de rien et surtout de ne plus voter pour qui ou pour quoi que ce soit.
    Beau programme...

  • Louka Paradis - Inscrit 17 février 2012 07 h 37

    L'autre bout de la lorgnette

    M. Hémond, l'anarchie n'a jamais donné de brillants résultats. Ce n'est pas en refusant de voter qu'on réglera nos problèmes : au contraire, c'est en votant de manière éclairée et en travaillant à l'intérieur des partis. Les politiciens ne sont pas tous des magouilleurs et des profiteurs : il y en a beaucoup qui travaillent fort parce qu'ils aiment leur pays, leurs compatriotes et les enfants. Bien sûr, je suis d'accord avec vous que les élus doivent être imputables, et surtout le premier ministre, dont les pouvoirs sont presque illimités. C'est cela qu'il faut modifier, et non pas tout raser... Allez donc faire un tour en Haïti ou dans un autre pays actuellement déconstruit : vous nuancerez sans doute vos propos au retour.