Prime à l'opportunisme

Tout le monde a loué le travail du président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon, depuis son entrée en fonction. Cet après-midi, il devra rendre sa décision la plus délicate: la CAQ doit-elle être officiellement reconnue comme parti?

À quelques semaines peut-être du déclenchement des élections, la grande question est de savoir qui, du PQ ou de la CAQ, réussira à s'imposer comme la meilleure solution de rechange au gouvernement Charest? François Legault devra certainement trouver mieux qu'une poignée de transfuges pour en faire la démonstration, mais la visibilité qu'offre la vitrine parlementaire n'est pas négligeable.

Le règlement est clair: pour avoir aux droits et privilèges que confère la reconnaissance officielle, un parti doit avoir fait élire 12 députés ou avoir obtenu 20 % des voix. Clairement, le regroupement hétéroclite qui forme l'aile parlementaire à la CAQ ne répond à aucun de ces deux critères, mais l'élasticité avec laquelle l'Assemblée nationale peut appliquer ses règlements tient parfois du prodige.

Le parti de François Legault peut indéniablement prétendre représenter un courant d'opinion important au Québec. Même si aucun député n'a été élu sous sa bannière, il est permis de croire que la grande majorité de ceux qui portent aujourd'hui ses couleurs seront réélus, mais le président de l'Assemblée nationale ne peut pas appuyer une décision sur des sondages.

Certes, son rôle n'est pas de juger de la moralité politique des parlementaires. De là à récompenser les transfuges, il y a cependant une marge. La défection des députés péquistes, en particulier celle de François Rebello, a été jugée très sévèrement par la population. Il serait franchement navrant de voir le président de l'Assemblée nationale accorder une prime à l'opportunisme.

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Un communiqué du Directeur général des élections a annoncé hier après-midi que la fusion de l'ADQ et de la CAQ entrerait en vigueur aujourd'hui même. Dans la réalité des choses, ce qui en résulte ressemble moins à un parti qu'à une simple structure coiffée par un chef omnipotent.

On ne sait pas combien la CAQ compte de membres, et aucun exécutif n'a été élu par les assemblées de circonscription. Il n'y a pas de programme, si ce n'est le «plan d'action» très sommaire que M. Legault a rendu public en novembre dernier. Aucune date n'a encore été fixée pour la tenue d'un congrès, dont on dit seulement qu'il devrait avoir lieu en avril, si des élections ne sont pas déclenchées avant.

Chaque parti a ses méthodes, mais le programme fait normalement l'objet de sérieuses discussions à la base avant d'être adopté formellement à l'occasion d'un congrès. Cette démocratie interne a ses exigences. Pauline Marois se serait bien passée de ce référendum d'initiative populaire, que lui a imposé Bernard Drainville. Au dernier congrès du PLQ, les militants ont brutalement rappelé à l'ordre la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, qui voulait couper les vivres aux commissions scolaires.

Les choses sont menées plus rondement à la CAQ. Un avocat de Heenan Blaikie, Patrick Ferland, travaille à la rédaction d'une plate-forme électorale qui sera approuvée à toute vapeur dans un congrès de dernière minute.

Il est vrai que le temps presse, mais c'est M. Legault qui a choisi de se soustraire le plus longtemps possible aux dispositions de la loi sur le financement des partis politiques. Le résultat est qu'on demande maintenant au président de l'Assemblée nationale de reconnaître un parti qui n'a qu'une existence virtuelle.

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M. Legault assure qu'il continuera à diriger la CAQ, même si elle perd les prochaines élections, mais cela reste à voir. Quand il a quitté le PQ, il a clairement indiqué que l'opposition ne l'intéressait pas.

Son parti lui survivrait-il? Au pouvoir, les membres de la coalition pourront peut-être faire temporairement abstraction de leurs divergences pour se concentrer sur leurs objectifs communs. Dans l'opposition, ils auront tout le loisir de mesurer l'étendue ce qui les divise. Quand Mario Dumont a démissionné, l'ADQ s'est aussitôt transformée en foire d'empoigne.

Quoi qu'il en soit, la dynamique des débats à l'Assemblée nationale sera assez particulière au cours des prochaines semaines. Que la CAQ soit officiellement reconnue ou non, il est rare qu'un parti dont la représentation parlementaire est aussi marginale bénéficie d'un tel niveau appui dans les sondages. Au printemps 2007, c'est seulement après le déclenchement des élections que l'ADQ était devenue réellement menaçante.

Son rôle d'opposition officielle impose au PQ de dénoncer le gouvernement Charest, mais il risque de faire ainsi le jeu des caquistes. Les libéraux devront bien répliquer, mais ils n'ont aucun intérêt à affaiblir le PQ au profit de la CAQ. Aux prochaines élections, le PLQ ne réussira à se faufiler que si ses adversaires se divisent à peu près également le vote francophone.

D'ici à ce que le premier ministre décide d'appeler les électeurs aux urnes, on risque d'assister à un chassé-croisé où il faudra peut-être chercher moins la cohérence que le calcul.

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21 commentaires
  • Nunu - Inscrite 14 février 2012 07 h 27

    N.O.N

    Aucun n'a été élu sous le nom de la C.A.Q donc il n'ont pas le 20% exigé.
    L'A.D.Q est mort et la caq n'a pas encore été reconnu par la population. On va pas recommencer ce débat,il a déjà été fait et largement il me semble.Il ne devrait même pas avoir droit à un cent du gouvernement tant et aussi longtemps qu'il n'auront pas été élu.C'est ça le règlement ou la loi.A quoi ça sert d'avoir des règles ou des lois si c'est pour toujours les contournerner.

  • Roger Lapointe - Abonné 14 février 2012 07 h 32

    Drôle de joute politique en vue.

    On VERRA tout ça dans quelques semaines.

  • Claude Rondeau - Abonné 14 février 2012 07 h 41

    Cohérence

    Pourtant, quoi de plus cohérent qu'un calcul ?
    CR

  • Catherine Paquet - Abonnée 14 février 2012 07 h 41

    In absentia

    Plus longtemps François Legault lancera ses arguties en dehors de l'Assemblée nationale, meilleures seront les chances du PLQ ou du PQ de former le prochain gouvernement. Ce qui veut dire que tous ont intérèt à ce que des élecions n'aient lieu qu'au printemps 2013. Après tout le mandat du présent gouvernement ne se termine qu'en décembre 2013.

  • Marthe Pouliot Duval - Abonné 14 février 2012 09 h 02

    un peu de respect s.v.p.

    Il faut du front tout le tour de la tête pour se présenter à l'Assemble Nationale
    sans avoir été élu.
    Pas de faveur pour Monsieur Legault... ni d'ailleurs pour les transfuges.