La lutte des classes

L'heure est à l'Apocalypse chez les libéraux. Après François Legault, accusé de vouloir «démolir» le système de santé, voilà que Pauline Marois voudrait relancer la «lutte des classes». Diable, à quand la guerre des mondes?

Il n'y a rien d'étonnant à ce que le PQ promette l'abolition de «l'impôt santé», qu'il avait dénoncé si vigoureusement lors de son introduction au printemps 2010. Le scandale aurait plutôt été qu'un gouvernement péquiste le maintienne.

Aussi bien Claude Castonguay que Jacques Ménard et Michel Clair, qui avaient présidé à tour de rôle des comités sur le financement du système de santé au cours des années précédentes, étaient d'avis que le gouvernement faisait fausse route en imposant une contribution uniforme sans égard au revenu.

Gérard Deltell avait été particulièrement cinglant. Le premier ministre «va-t-il regarder dans les yeux l'humble travailleur à 25 000 $ par année et lui dire: je gagne 258 000 $ par année, mais je paye 200 $ comme toi»?

Ni les experts, ni le PQ, encore moins l'ADQ, n'avaient cependant proposé de faire porter la totalité du fardeau aux contribuables les plus fortunés, comme Mme Marois s'y est engagée cette semaine.

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La création d'un nouveau parti dirigé par François Legault n'était encore qu'une rumeur à l'époque et la chef péquiste, qui entendait récupérer les vestiges de l'ADQ, avait mis résolument le cap sur la création de la richesse. Malgré les représentations du SPQ libre, qui n'avait pas encore été muselé, il était hors de question de «faire payer les riches». Au contraire, on examinait divers moyens d'alléger leur fardeau.

Le paysage politique a cependant changé depuis, tout comme les intérêts électoraux du PQ. La Coalition avenir Québec est maintenant bien campée à la droite du centre et le PQ doit se tourner vers la gauche pour se remplumer.

Ceux qui militaient en faveur d'une alliance électorale avec Québec solidaire ne le faisaient pas pour des raisons d'ordre idéologique. Les projections locales faites à partir des sondages nationaux demeurent aléatoires, surtout dans une lutte à trois, quatre ou cinq, mais il serait imprudent de les ignorer complètement.

Si on applique les résultats du dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir au modèle de simulation proposé sur le site Too Close to Call, on voit mieux les effets possibles du fractionnement du vote progressiste.

Pour l'ensemble du Québec, Léger Marketing accordait 32 % des intentions de vote à la CAQ, 26 % au PLQ, 25 % au PQ, 9 % à Québec solidaire et 6 % au Parti vert. Cela pourrait se traduire par 53 sièges à la CAQ, 40 au PLQ, 30 au PQ et 2 à QS. Il est à noter que le sondage faisait abstraction d'Option nationale.

Dans Laurier-Dorion, l'absence d'un candidat du PQ (25 %) ou de QS (20,1 %) pourrait théoriquement empêcher la réélection du député libéral Gerry Sklavounos (27,5 %), mais il n'y a pas que Montréal. Même si le report des voix d'un parti sur l'autre n'est pas automatique, Véronique Hivon bénéficierait certainement du retrait de QS, qui est crédité de 11,2 % dans Joliette, où le PQ a 6 points de retard sur la CAQ

Dans Borduas, où le PQ et la CAQ sont à égalité, les voix solidaires (9,8 %) pourraient aussi faire pencher la balance. Encore faudrait-il que le PQ trouve le moyen de rapatrier Pierre Curzi ou qu'il décide de quitter la politique.

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Un des principaux obstacles à une alliance était l'impossibilité de convaincre Nicolas Girard et Françoise David de renoncer à leur candidature dans Gouin. On peut comprendre l'entêtement de la porte-parole de QS. Selon le modèle de Too Close to Call, elle l'emporterait par 9 points.

À défaut d'alliance, le PQ devra débaucher les électeurs de QS un à un, mais un déplacement vers la gauche a nécessairement pour effet d'élargir le centre, que le premier ministre Charest ne demande qu'à monopoliser.

Le mieux est souvent l'ennemi du bien. La promesse d'une contribution santé progressive aurait sans doute eu un effet aussi positif sur l'opinion publique sans exposer le PQ à la caricature. Certains des opposants à une alliance avec QS disaient craindre d'être taxés de radicalisme par association. Tant qu'à en subir les inconvénients, il aurait été préférable d'en conserver les avantages.

La position du PQ a au moins le mérite de la clarté, alors que la CAQ a donné encore une fois l'impression d'un amateurisme inquiétant. Peu après l'annonce de Pauline Marois, le porte-parole officiel de la CAQ en matière de finances, François Bonnardel, qui avait manifestement oublié le discours adéquiste de 2010, expliquait à La Presse qu'un gouvernement caquiste maintiendrait la contribution uniforme de 200 $.

L'entourage de M. Legault a dû «corriger le tir» par voie de communiqué avant que M. Bonnardel ne découvre enfin le caractère «profondément inéquitable» de cette contribution, qui devra conséquemment être modulée. On comprend le premier ministre Charest de vouloir jouir un peu de ce pittoresque spectacle avant de déclencher des élections.

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