Vos Finances - Les obligations vertes

Les «obligations vertes» de la Banque mondiale apportent une nouvelle dimension à l'investissement socialement responsable. Offerts aux investisseurs institutionnels depuis 2008, ces titres poussent toujours plus loin la notion d'investissement responsable. Après les fonds éthiques et les «fonds verts», la Banque mondiale crée ainsi un lien direct entre les investisseurs et les projets environnementaux, ici associés au réchauffement climatique. Mais sans les risques inhérents à l'investissement direct.

Composant encore un marché restreint, ces obligations dédiées devraient voir leur demande stimulée par la stratégie d'investissement que vient d'articuler State Street. Du moins, State Street Corporation est venue élargir le spectre de la distribution de ces «obligations vertes» en lançant en octobre dernier la «High Quality Green Bond», présentée comme étant une nouvelle stratégie d'investissement obligataire dédiée au développement du financement de projets bénéfiques à l'environnement. Pour l'un des plus grands gestionnaires d'actif au monde, avec un actif sous gestion de plus de 300 milliards $US dont le tiers prend la forme d'investissements dits responsables, la nouvelle stratégie obligataire offre aux investisseurs «la possibilité d'orienter leurs investissements à revenu fixe vers des solutions climatiques».

Dans son montage, State Street s'en remet pour l'essentiel aux «obligations vertes» émises par la Banque mondiale et/ou les banques de développement supranationales ou multilatérales. Ces «obligations vertes» présentent les mêmes caractéristiques financières que les obligations normales émises par ces mêmes institutions. Elles sont en outre de la plus haute qualité en matière de notation de crédit» (soit un double A ou plus, mais recevant le plus souvent une note triple A). Ces obligations ne comportent pas de frais additionnels et n'exposent pas leurs détenteurs au risque inhérent aux projets financés.

Les projets financés par ces «obligations vertes» couvrent généralement ceux ayant pour objectif de faire face au changement climatique, soit en atténuant les effets, soit en s'y adaptant. On vise particulièrement les projets et les programmes appuyant des activités à faibles émissions de CO2 dans les pays clients de ses institutions. La vérification diligente est effectuée par les émetteurs de ces titres.

La première émission d'«obligations vertes» de la Banque mondiale a été réalisée en novembre 2008 par le groupe bancaire suédois SEB auprès de grands investisseurs institutionnels scandinaves. L'institution levait ainsi l'équivalent de 350 millions $US avec ces obligations comportant un taux de coupon annuel de 3,5 %, échéant en 2014. Depuis, la valeur cumulée d'«obligations vertes» émises par l'institution basée à Washington dépasse les 3 milliards $US, répartie entre 44 émissions libellées dans quelque 16 devises.

Au total, la valeur des «obligations vertes» en circulation offertes par la Banque mondiale, la Banque européenne d'investissement et par d'autres émetteurs multilatéraux est chiffrée à 5 milliards $US. Tous émetteurs confondus, la taille de ce marché est estimée présentement à 12 milliards $US, avec un potentiel pouvant atteindre les 30 milliards $US d'ici 2015. Cela reste un petit marché pour institutionnels, mais l'atteinte du potentiel pourrait s'accélérer sous l'effet de la stimulation de la demande sous l'action de grands intermédiaires, tel State Street, se réjouit-on à la Banque mondiale.

Se demandant justement si un marché des «obligations vertes» ne venait pas de naître, le cabinet international d'avocats Latham & Watkins a souligné que les investissements totaux dans les énergies propres ont atteint 211 milliards $US en 2010, en hausse de 28 % sur un an. Les gouvernements et fournisseurs de services publics recherchent donc des façons innovatrices de financer ces initiatives, qui pourraient nécessiter des investissements de 2300 milliards $US au cours de la période 2010-2020. Or la liste des barrières à ces investissements spécifiques comprend la petitesse du marché de la revente des titres de dette afférents, l'absence de liquidité de ce marché secondaire et la note attribuée aux produits adossés à des actifs, qui ne reçoivent pas nécessairement la catégorie Investissement.

«Actuellement, le financement sous forme obligataire apporte une faible proportion de l'investissement dans les énergies propres», a précisé le cabinet. Ces investisseurs institutionnels sont peu enclins à participer directement aux projets. «L'investissement direct expose à l'incertitude réglementaire et au risque technologique. Il est également limité par le nombre restreint d'occasions répondant au critère d'investissement», a renchéri Latham & Watkins. Mais ils se laissent plus facilement transporter par l'offre de titres à faible risque offerts par des émetteurs de première qualité.

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Cette chronique s'inspire d'un texte publié dans le magazine spécialisé Conseiller

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