La valeur du saumon sauvage

Que vaut notre saumon sauvage, aux prises avec la surpêche en haute mer, avec la concurrence génétique des saumons d'élevage, la pollution bactérienne et chimique des élevages en cages maritimes, avec le réchauffement du climat et la concurrence croissante des saumons du Pacifique, ensemencés par millions chaque année dans les Grands Lacs en contravention de toutes les politiques de lutte contre les espèces invasives étrangères?

255 millions de dollars par année, précise l'étude de Gardner Pinfold, réalisée pour la Fédération du saumon atlantique (FSA). Pourtant, nos gouvernements n'en ont que pour les activités qui acculent cette espèce au déclin, une perte qui atteint 75 % de l'effectif historique. Le stock de saumons atlantique sauvage serait ainsi passé de 1,8 million d'individus en 1973 à 418 000 en 2001. Cela peut sembler étrange à des gens, qui ne sont pas des chevaliers de la canne à mouche, qu'on puisse chiffrer ainsi une population de poisson. Mais c'est un fait que dans la plupart des rivières, la remontée annuelle donne lieu à un décompte à l'unité près des saumons qui s'engagent dans les passes migratoires.

Les 255 millions de Gardner Pinfold constituent l'addition de la contribution de 150 millions au PIB, toutes dépenses confondues, et de 105 millions pour les valeurs de non-usage. Ces valeurs de non-usage ont une importance qu'on sous-estime souvent. Par exemple, l'importance de l'espèce comme témoin de la qualité de l'environnement, ainsi que la valeur culturelle de ce patrimoine et de l'intégrité de son habitat sont les deux valeurs principales mises de l'avant par le public dans l'enquête menée par ce chercheur pour justifier l'octroi de ressources financières aux projets de rétablissement de l'espèce. Son étude démontre en effet que le public favoriserait des investissements publics qui permettraient d'enrayer le déclin de l'espèce.

Ce constat est d'autant plus intéressant que, selon la même étude, les ressources du ministère des Pêches et des Océans ont été réduites de 75 % depuis 1985 et qu'en 2009, ce ministère fédéral aurait dépensé tout au plus 12 millions pour le saumon atlantique sauvage. Au cours de la même année, les ONG ont pour leur part consacré 15 millions à la protection de cette ressource en plus de 12 millions sous forme de contributions en nature (legs, servitudes, aménagements, etc.).

L'étude conclut que Pêches et Océans «perd de vue son mandat, qui est de conserver et de rétablir les populations de saumons atlantiques sauvages» au profit d'initiatives qui lui sont contraires. Curieusement, ce verdict ressemble à quelques mots près à celui que posait la semaine dernière une étude de la Société royale du Canada, selon qui «les océans ne sont pas une priorité gouvernementale et [que] ça se voit» et qui se retrouve en situation de «conflit d'intérêts» entre ses missions économiques et de protection.

C'est à se demander où s'en va ce ministère fédéral qui dépense des sommes majeures pour favoriser l'aquaculture sous toutes ses formes, y compris de saumons atlantiques en cage, et qui nous réservera sans doute dans un avenir pas très lointain la contamination biologique totale de ce cheptel avec des saumons génétiquement modifiés, en voie d'homologation.

Le sénateur Boisvenu

Les récentes déclarations du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu sur le sort à réserver à nos prisonniers m'ont proprement scandalisé. Mais je me dois de constater que quand les médias attaquent en meute, comme dans ce cas-là, la vérité en prend souvent pour son compte.

Tout le monde a ajouté aux dérapages du sénateur le lien qu'il a fait entre la baisse de popularité de la chasse sportive et l'augmentation du nombre des mères monoparentales. On a aussi ajouté à la liste des dérapages ses propos sur les collisions croissantes avec les chevreuils en territoire périurbain, autre impact de la baisse de popularité de la chasse.

Mais à quelques détails près, le sénateur Boisvenu a été lynché un peu trop vite sur ces deux points. Quand le ministère de l'Environnement et de la Faune (MEF), alors dirigé par l'ancien ministre David Cliche, s'est penché sur la difficile relève à la chasse dans un colloque qui réunissait tous les secteurs de la faune, plusieurs phénomènes sociaux ont été évoqués, dont le nombre croissant des familles monoparentales. Le Devoir avait rapporté ces conclusions. Historiquement et jusqu'à aujourd'hui, en général, l'initiation à la chasse se faisait effectivement et se fait encore par le père même si le nombre de femmes qui chassent est en hausse spectaculaire.

Le ministère a fouillé par la suite la question et cette rupture dans la transmission de la chasse a été confirmée et est officiellement évoquée dans des documents gouvernementaux. La famille monoparentale n'est pas le seul facteur en cause, mais c'en est un qui a du poids.

Par ailleurs, dans une étude publiée dans la revue scientifique Le Naturaliste canadien, le biologiste Jacques Prescott démontrait l'été dernier comment l'invasion par les humains des milieux naturels sauvages autour des grandes villes causait des problèmes de cohabitation avec les espèces sauvages, d'autant plus que les municipalités y interdisent de plus en plus la chasse pour des motifs discutables. Les collisions avec la grande faune et principalement les chevreuils atteignent désormais le nombre record de 6000. Une nuance importante: c'est à cause des interdits de chasse décrétés par les Villes qu'on n'arrive plus à contrôler la croissance de certains cheptels, et non à cause de la baisse de popularité de la chasse.