Vos finances - Ces croyances qui ont la vie dure

Il y a des croyances qui ont la vie dure. Comme celle voulant que la Bourse, prisonnière de la crise de la dette souveraine, est déprimée ces temps-ci. Ou que les obligations se montrent plus performantes et moins risquées que les actions, alors que les taux d'intérêt sur le marché obligataire se maintiennent à des niveaux anormalement faibles d'un point de vue historique. Et qu'une victoire des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, dimanche au Super Bowl, fera de 2012 une année boursière négative.

D'abord cette soi-disant Bourse sans rendement, paralysée par cette crise qui perdure depuis 2008. Hier, Wall Street a clôturé en nette hausse, poussée par la statistique de l'emploi qui a en particulier propulsé l'indice Nasdaq des valeurs technologiques à un sommet en 11 ans. Pour sa part, le Dow Jones est revenu à un sommet de quatre ans, atteignant son niveau d'avant-crise. Un spécialiste de l'investissement boursier l'évoquait en octobre dernier. Alors qu'on n'a d'yeux que pour la crise, en Bourse, les plus belles compagnies du monde pouvaient s'acheter à moins de dix fois le bénéfice.

Pierre Novak, un ancien de l'équipe du gestionnaire Trimark et aujourd'hui partenaire de la petite firme Gestion de patrimoine EdgePoint, parlait d'entreprises chefs de file dans leur secteur, regorgeant de liquidités, qui s'échangeaient à huit fois le bénéfice net. «On peut acheter les plus belles entreprises au monde à moins de 10 fois les profits. Avec un dollar autour de sa parité par surcroît!» Mais les investisseurs se croient en sécurité en s'en remettant à l'immobilier résidentiel, qui se vend à des prix records et à un multiple prix-revenus historiquement élevé. D'autant que cet actif est plus que jamais sensible à toute remontée du loyer de l'argent ou à toute détérioration du marché du travail. Ou encore en faisant appel à la sécurité du capital que laissent miroiter les obligations de première qualité, bons du Trésor américain en tête, qui n'offrent en définitive aucun rendement à court terme, ou un rendement inférieur à 3 % sur le moyen-long terme. «Du 3 %, c'est peu, c'est bien peu après inflation et impôts», soulignait-il.

Nombre de ces entreprises mettent à contribution leurs énormes liquidités pour racheter leurs actions sur le marché, à défaut d'autres utilisations plus optimales. Cela veut dire pour l'avenir immédiat plus de profits divisés par moins d'actions en circulation, résumait Pierre Novak. Aujourd'hui, leurs actions s'échangent pour la plupart à leur plus haut sur un an, alors que 60 % des entreprises composant l'indice américain S & P 500 publient des résultats supérieurs aux attentes.

Ensuite, la perception voulant que les rendements offerts par les marchés obligataires sont historiquement élevés. Or, la période 1980-1990, avec ses rendements dans les deux chiffres, était une aberration. «C'étaient des années anormales», a commenté Claude Lamoureux. L'ex-président du Régime de pension des enseignants de l'Ontario (Teachers) reconnaît toutefois que l'actuelle faiblesse, avec la persistance de taux d'intérêt à de bas niveaux depuis six ans maintenant, est également une aberration. Mais dans l'ensemble...

Il y a les investisseurs proclamant la suprématie des obligations sur les actions, plus risquées. Et les gestionnaires de caisses de retraite, qui déplorent la lourde pression exercée par de la faiblesse des taux sur la valeur de leurs engagements. Une étude réalisée par le Crédit Suisse sur une période de 111 ans, avec des données prélevées dans 19 pays représentant 90 % de la capitalisation boursière, indique que le taux de rendement réel des obligations gouvernementales s'est situé sous le 1 % au cours de cette longue période. Aux États-Unis, par exemple, de 1900 à 2011, les actions ont offert un taux de rendement réel annualisé de 6,3 %, contre 1,8 % pour les obligations gouvernementales. Si la période dite anormale de 1980-1990 a poussé le rendement réel des obligations près de celui des actions, à 6 %, au cours des 80 années précédentes, les obligations du Trésor américain n'ont offert qu'un rendement annuel net de 0,2 %.

Reste cette autre croyance voulant qu'il existe une forte corrélation entre le résultat au Super Bowl et l'évolution du marché boursier. Si le gagnant vient de l'Association américaine, le marché boursier sera baissier pour le reste de l'année. S'il vient de la Nationale, il sera haussier. Il appert que cet indicateur a un taux de réussite de 77 % depuis 1967: il a eu raison 35 fois sur 45. Mais la moyenne s'est fortement érodée depuis quelques années. En 2008, le gagnant, les Giants de New York, venait de la Nationale. L'indice boursier s'est pourtant effondré de quelque 40 %. Pour la saison 2010, c'est plus confus. Le gagnant, les Packers de Green Bay, venait également de la Nationale. Il est vrai que le Dow Jones a avancé de 5 % en 2011, mais le S & P 500, plus large et plus représentatif, est demeuré inchangé sur l'année. N'empêche, le signal haussier aurait dû être d'autant plus convaincant que l'autre équipe, les Steelers de Pittsburgh, faisait également partie de la Nationale avant la fusion de 1970.

Comme quoi on ne peut plus se fier à rien.