Stephen Harper à la rescousse?

À quelque chose malheur est presque toujours est bon. Ainsi pourrait-il en être au final, pour Pauline Marois, de la descente aux enfers du Bloc québécois.

Depuis huit mois, le PQ et sa chef ont payé le prix fort pour les pots cassés du scrutin fédéral. Mais dans le scénario d'élections québécoises en 2012, les débris du naufrage bloquiste pourraient encore se transformer en planche de salut pour le PQ.

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Pour bien des électeurs québécois, l'avènement en mai dernier d'un gouvernement conservateur majoritaire constituait le scénario du pire. À la victoire conservatrice s'est rapidement ajoutée la disparition de Jack Layton. Depuis, la performance anémique du NPD dans son nouveau rôle d'opposition officielle et une course au leadership qui ne lève pas au Québec sont venus compléter un portrait de moins en moins reluisant.

À l'échelle de la vigueur politique, la représentation du Québec au Parlement traverse actuellement un creux historique et les sensibilités québécoises sont évacuées comme rarement auparavant des calculs fédéraux.

Les sorties du ministre de la justice Jean-Marc Fournier et du premier ministre Jean Charest au sujet du fédéralisme tel qu'il se pratique à Ottawa ces derniers temps témoignent d'une détérioration du climat qui commence à inquiéter bien des fédéralistes.

L'adoption à répétition de politiques qui heurtent de front des consensus québécois et la faiblesse chronique de l'opposition fédéraliste au Parlement ne sont certainement pas étrangères au raffermissement de l'appui à la souveraineté observé dans certains sondages de début d'année.

Plus marquée que n'importe où ailleurs au Canada, l'opposition aux orientations du gouvernement Harper trouve également davantage d'échos au sein de la classe politique québécoise que dans les autres capitales provinciales. La nouvelle dynamique parlementaire y est pour quelque chose.

Au cours des vingt dernières années, le Bloc a finalement davantage servi d'amortisseur entre Ottawa et le Québec que d'amplificateur des différends entre les deux capitales.

La forte présence du parti souverainiste a entraîné un déplacement de la première ligne des affrontements Canada-Québec du terrain québécois à la colline parlementaire. Le Bloc a également fourni aux partis fédéralistes un phare braqué sur des écueils québécois dont sinon, ils n'auraient souvent pas soupçonné l'existence.

Depuis le 2 mai, la classe politique fédérale navigue à vue. Selon le premier ministre Stephen Harper, le bruit négatif ambiant au Québec occulterait un appui important à ses politiques. Ce ne sont ni les sondages ni les courtes antennes du Parti conservateur au Québec qui peuvent inspirer cette conclusion. Le vrai test de cette affirmation du premier ministre est imminent.

D'ici quelques semaines, le gouvernement fédéral va renouer avec l'austérité avec la présentation d'un budget structurant. On prévoit qu'il s'attaquera à des vaches sacrées comme les régimes de retraite publics ou encore Radio-Canada.

Pour la première fois depuis 2004, l'opposition — tous partis confondus — va pouvoir se déchaîner sans craindre de provoquer des élections fédérales hâtives. Dans le climat Ottawa-Québec actuel, le budget fédéral pourrait également donner le ton à la prochaine campagne québécoise.

C'est un terrain sur lequel le PQ dispose, en principe, d'un double avantage sur la Coalition avenir Québec. Contrairement à François Legault, Pauline Marois n'a pas besoin de marcher sur des oeufs quand il est question de fédéralisme et de souveraineté. D'autre part, les positions de centre-gauche du PQ en font un contrepoids plus évident par rapport aux conservateurs fédéraux.

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Il n'y a rien de très bon dans cette conjecture pour le PLQ. À titre de parti le plus identifié au fédéralisme, la formation de Jean Charest est plus souvent qu'autrement tributaire de l'humeur québécoise à l'égard de son partenaire fédéral.

Aux élections de 1998, une entrevue de Jean Chrétien dans laquelle il fermait à double tour la porte constitutionnelle avait mis du plomb dans l'aile de Jean Charest au beau milieu des manoeuvres de décollage de la campagne électorale. Si le premier ministre fédéral avait été partant pour la guerre en Irak en marge des élections provinciales de 2003, le PLQ ne se serait peut-être jamais installé au pouvoir.

Avec un budget axé sur le déséquilibre fiscal en 2007, Stephen Harper a contribué à sauver in extremis la mise du PLQ. Le scrutin de 2008, en revanche, a eu lieu sur fond de crise parlementaire à Ottawa, et à l'époque, les sorties virulentes du premier ministre fédéral contre le Bloc québécois avaient donné des frissons aux stratèges du PLQ.

Le premier ministre Charest préférerait sans doute aller aux urnes avant que les audiences de la commission Charbonneau ne remettent le sujet de la corruption à l'avant-plan, l'automne prochain. Mais des élections pendant la première moitié de 2012 pourrait bien voir Stephen Harper s'inviter malgré lui dans la campagne québécoise, avec son budget. S'il le faisait, le PQ aurait de bonnes raisons de lui dérouler le tapis rouge.

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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
15 commentaires
  • Nelson - Inscrit 30 janvier 2012 02 h 35

    Effectivement, Harper agresse et provoque tellement le Québec que fera gagner le PQ.


    Tout ce que fait Harper offense, humilie, agresse les québécois...il travaille fort pour la souveraineté, quoi.

    Kiotto, les guerres, les achats d'avions de guerre, jeunes contrevenants, cavale insensé avec la reine, tout pour produire d'urticaire aux québécois....et des coupures sauvages et des changements aux régimes de retraite à venir !!!.

  • Yann Tissier - Inscrit 30 janvier 2012 06 h 28

    On a ce qu'on mérite.

    Les Québécois veulent à tout prix que l'on reste Canadiens, et ils élisent des clowns comme Charest. Ça laisse la porte grande ouverte à des Harper et autres pour nous pisser dessus. Faut croire qu'on aime ça.

  • Normand Carrier - Inscrit 30 janvier 2012 06 h 49

    La CAQ prise entre l'arbre et l'écorce ....

    Qu'a dit Francois Legault sur les positions de Harper et sur ses positions royalistes , militaristes , régiste des armes a feu et renforcement de la loi et l'ordre qui nécessisitera la construction de multiples prisons ? Rien , Legault se terre pour ne pas dire qu'il se cache mais il devra lors de la prochaine session parlementaire répondre aux questions du PQ et du PLQ .... Allez les caquistes donner-nous vos positions du ce qui se passe a Ottawa et cela va être très intérsssant de vous voir caqueter .....

  • François Desjardins - Inscrit 30 janvier 2012 08 h 08

    Citations de l'article et opinion.

    Citation:
    [...] À l'échelle de la vigueur politique, la représentation du Québec au Parlement traverse actuellement un creux historique et les sensibilités québécoises sont évacuées comme rarement auparavant des calculs fédéraux. [...]

    [...]Le Bloc a également fourni aux partis fédéralistes un phare braqué sur des écueils québécois dont sinon, ils n'auraient souvent pas soupçonné l'existence.

    Opinion:
    Je pense aussi qu'il y a une petite vengeance des conservateurs, son chef en tête, cela concernant le vote des québécois aux élections du 2 mai: rejet massif des conservateurs! On semble saisir chaque petite et grande occasion de couper les fils de notre «courte-pointe» culturelle...

  • sco100 - Inscrit 30 janvier 2012 08 h 23

    Consensus? Quels consensus?

    Harper met de l'avant des politiques qui déplaisent certes aux élites québécoises abonnées au crachoir médiatique, mais rien de ce qu'il propose ne rebute vraiment les Québécois moyens.