La porte de sortie

L'ex-chef bloquiste Gilles Duceppe a été rattrapé en fin de semaine par une histoire mineure, mais potentiellement embarrassante. La Presse a révélé que l'ancien directeur général du Bloc québécois, Gilbert Gardner, avait été payé pendant plusieurs années à même le budget du bureau parlementaire du chef bloquiste. Un geste tout à fait légal, a répondu M. Duceppe pour s'expliquer.

Mais l'attaque l'a tellement piqué qu'il a fait savoir hier, par voie de communiqué, qu'il mettait ses ambitions politiques sur la glace, le temps de laver son nom. «La gestion des budgets de la Chambre des communes alloués au Bloc québécois s'est toujours faite de façon transparente et honnête, écrit-il. Tout a été fait dans le respect des normes. Dorénavant, j'entends me consacrer entièrement à défendre mon intégrité et à rétablir ma réputation. Il m'est donc impossible d'envisager un retour en politique active.»

Cette histoire n'est pas le scandale du siècle, mais elle n'est pas anodine non plus. À cause du contexte. Si Gilles Duceppe n'avait pas donné des signes d'intérêt pour la direction du Parti québécois et si le PQ n'était pas tiraillé comme il l'est, personne n'aurait accordé une grande attention à cette affaire qui touche un parti réduit comme peau de chagrin.

Mais déterrée à ce moment-ci, la nouvelle a forcé Gilles Duceppe à s'expliquer, à se défendre contre des accusations de favoritisme à l'égard de sa garde rapprochée, ce qui en a fait un candidat moins parfait. Et cela servait d'avertissement. Si certains péquistes voient l'ancien chef bloquiste dans leur soupe épicée de sondages, d'autres se préparaient à lui mettre des bâtons dans les roues. Parce qu'ils n'en veulent pas pour chef. Ils n'aiment pas son style autoritaire et ne sont pas très sûrs de la direction qu'il donnerait au mouvement souverainiste.

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Les événements des derniers mois ont mis à l'épreuve la cohérence de Gilles Duceppe de façon plus sérieuse que cette histoire de salaire. M. Duceppe a maintes fois répété que l'unité du mouvement souverainiste était nécessaire à la cause. L'automne dernier, il a fait savoir qu'il ne comploterait pas contre Mme Marois, mais il n'a pas vraiment calmé le jeu lorsque les sondages ont commencé à le présenter comme un sauveur et qu'il a évité de s'engager à travailler au sein du PQ, comme la chef péquiste l'y invitait.

Et là, à quelques jours du conseil national, les porte-voix du SPQ libre, Marc Laviolette et Pierre Dubuc, se sont chargés de demander ouvertement le départ de Mme Marois, pendant que M. Duceppe, lui, faisait comprendre qu'il était disponible pour prendre la relève, mais ne jouerait pas les Brutus.

«Je suis convaincu que les militants et leur chef prendront les bonnes décisions pour l'avenir du Québec», a dit M. Duceppe à La Presse la semaine dernière. Mme Marois lui a répondu. «Ma décision est prise, je vais assumer mes responsabilités jusqu'au bout comme chef du Parti québécois.»

La réponse de Gilles Duceppe est tombée hier. Et elle sonne comme une excuse, un prétexte pour se sortir d'une manoeuvre mal engagée et moins prometteuse qu'il ne l'espérait. Il est en effet difficile de voir en quoi cette affaire de salaire lui interdit toute politique active aux côtés de Mme Marois, d'autant qu'il affirme avoir respecté les règles. En quoi cela le force-t-il à rentrer dans ses terres et à laisser le mouvement souverainiste se dépêtrer sans lui? Et la cause, elle?

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À Ottawa, les partis fédéraux vont volontiers se servir de cette affaire pour garder le Bloc au sol et mettre en doute sa réputation d'intégrité. S'il est démontré que le Bloc a agi légalement, on mettra fort probablement en doute la moralité du geste, car un élu ne peut normalement utiliser son budget parlementaire pour faire fonctionner son association locale, solliciter des fonds pour le parti ou recruter des membres. Ou encore payer les employés de la permanence.

Il existait une autre source de fonds publics pour éponger une partie des dépenses partisanes entre 2004 et 2011: la subvention prévue dans la loi fédérale sur le financement populaire et dont le Bloc bénéficiait, comme tous les autres partis. «Le montant avait été calculé en fonction des dépenses réelles des partis. L'idée était d'éviter un appauvrissement qui empêcherait les partis de fonctionner correctement avec secrétariat, service de recherche sur les politiques, et ainsi de suite», expliquait récemment au Devoir l'ancien directeur général des élections, Jean-Pierre Kingsley.

Les conservateurs ont décidé d'éliminer progressivement cette subvention proportionnelle au nombre de votes obtenus. Les versements ont commencé à baisser le 1er janvier dernier et disparaîtront complètement à la fin de 2015.

Mais la vérité est que conservateurs et libéraux font preuve d'une bonne dose d'hypocrisie dans cette affaire. Ils n'ont jamais hésité à se servir de fonds parlementaires, ceux du Sénat, pour récompenser et rémunérer organisateurs, collecteurs de fonds et autres éminences grises. Ce n'est pas plus moral.

Parenthèse


Quand on appelle Jacques Parizeau «Monsieur», c'est pour souligner son autorité. Quand on parle de Pauline Marois, rien de tel. On dit «la madame», comme dans une vieille publicité de Walmart, avec un mépris et une condescendance jamais vus à l'endroit d'un chef masculin. Hasard? Difficile de le croire.

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