Repères - Questionnements écossais

L'Écosse fait partie du Royaume-Uni depuis l'acte d'Union conclu en 1707, plus de 50 ans avant le passage de la Nouvelle-France sous la souveraineté britannique.

En mai dernier, les électeurs de cette région du nord de la Grande-Bretagne ont voté à 45 % pour le Parti national écossais (SNP), la principale formation souverainiste, lui donnant la majorité absolue (69 sièges sur 129) au Parlement d'Édimbourg et lui permettant de tenir un référendum sur l'indépendance comme il l'a promis.

Aujourd'hui, le premier ministre britannique, David Cameron, et d'autres adversaires de la souveraineté écossaise demandent à Alex Salmond d'organiser sa consultation dans les plus brefs délais afin de mettre fin à l'«incertitude». Le chef du SNP s'en tient à l'automne 2014. On l'accuse de temporiser dans l'espoir de réunir les «conditions gagnantes» qui lui échappent encore.

Certains rapprochements avec la situation canado-québécoise s'imposent donc. La longue cohabitation avec les Anglais a rendu les Écossais ambivalents quand il est question de leur identité. (À la différence des Québécois, moins de 2 % d'entre eux parlent encore couramment le gaélique, cependant.)

Dans les sondages, l'appui à l'indépendance (ou à la souveraineté) s'est maintenu autour de 20 % entre 1960 et la fin des années 1980, pour augmenter ensuite jusqu'à la fourchette des 30-40 %. Certains analystes, comme le politologue Michael Keating de l'Université d'Aberdeen, notent que ce sursaut indépendantiste a coïncidé avec une forte réaction contre les politiques conservatrices de Margaret Tatcher et de John Major. Le Parti conservateur a presque complètement disparu du paysage écossais au profit des travaillistes et du SNP.

En 1999, la «dévolution», cette version britannique de la décentralisation administrative, s'est concrétisée avec la création d'un Parlement écossais aux pouvoirs limités. Aujourd'hui, le débat sur le statut de l'Écosse ne se résume pas à un affrontement entre l'indépendance et le maintien dans l'Union, mais porte également sur les contours de l'autonomie «provinciale».

Les adversaires de la souveraineté essaient d'imposer leurs propres règles, menaçant de déclarer illégal tout référendum qui ne les respecterait pas. Certains ont invoqué plus ou moins explicitement la loi canadienne sur la «clarté» référendaire de Stéphane Dion. (Soit dit en passant, le successeur de ce dernier, Michael Ignatieff, vient de publier une tribune sur le débat écossais dans le Financial Times.)

La remontée du sentiment nationaliste a fait suite à l'accession du Royaume-Uni à l'Union européenne (1973) et à la découverte de gisements de pétrole au large des côtes écossaises, deux événements de nature à dissiper les craintes quant aux conséquences économiques d'une séparation. Les souverainistes écossais sont même devenus des européanistes beaucoup plus enthousiastes que leurs voisins anglais. Plusieurs pays ont accédé à l'indépendance au cours des dernières décennies, y compris en Europe. Néanmoins, aucun ne l'a encore fait en mettant fin à un statut de région ou d'État fédéré au sein d'un pays membre de l'UE.

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