Un parti en rémission

La vieille garde se rend... même si elle ne meurt pas. J'ai assisté pour la première fois à un congrès du PLC en 1984 lorsque le parti a choisi le successeur de Pierre Trudeau. À l'époque, John Turner ne l'aurait pas emporté sur Jean Chrétien si l'establishment libéral n'avait pas fait pencher la balance en sa faveur. On connaît la suite.

Vingt-deux ans plus tard à Montréal, une division au sein des élites du parti aidait Stéphane Dion à se glisser entre deux clans autodestructeurs pour devenir le chef imprévu du PLC. Encore une fois, on connaît la suite.

Les décennies qui ont séparé ces deux congrès ont été marquées par une guerre de factions aux plus hauts échelons du parti qui a contribué puissamment à faire le vide autour du PLC.

En fin de semaine à Ottawa et au terme d'une série de dérapages électoraux, la base militante libérale s'est tardivement résolue à retirer les clés du parti — tout au moins en ce qui touche son leadership — des mains de ses élites querelleuses.

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Bien des observateurs ont été surpris de voir l'idée d'un mode de scrutin à l'américaine pour choisir le prochain chef libéral séduire suffisamment de militants pour être enchâssée dans sa constitution par la majorité requise de plus des deux tiers.

Pendant les heures qui avaient précédé le vote, plusieurs têtes d'affiche du PLC s'étaient insurgées contre un tel virage populiste. Sauf qu'à Ottawa, ce week-end, des centaines de délégués participaient à leur premier congrès libéral. Parmi eux, il y avait un nombre important de jeunes militants. La nouvelle garde du PLC a fait pencher la balance en faveur du choix du prochain chef au suffrage universel de tous les électeurs intéressés à avoir voix au chapitre.

Le chef intérimaire Bob Rae — qui avait mis tout son poids derrière ce changement — n'est pas étranger à ce nouveau rapport de forces. Mais ses deux prédécesseurs non plus.

Dans son état actuel, le PLC est moins le parti de Pierre Trudeau que celui des enfants de Michael Ignatieff et de Stéphane Dion. Les deux derniers chef du PLC n'ont pas conquis l'électorat, mais ils ont favorisé l'avènement d'une génération montante de jeunes libéraux séduits par l'ouverture internationale de Michael Ignatieff et le virage vert de Stéphane Dion.

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Le succès d'estime populaire remporté par la gauche française, qui a mis le concept de suffrage universel à l'épreuve lors du choix de François Hollande comme candidat présidentiel l'automne dernier, n'est pas étranger au virage adopté par le PLC ce week-end.

Mais sa propre situation exigeait un tel changement. Plus du tiers des circonscriptions fédérales sont orphelines. Bon nombre de ces circonscriptions sont situées dans des régions où le PLC n'a pas de racines provinciales.

L'adhésion formelle à un parti politique est de moins en moins dans l'air du temps. Les conservateurs de Stephen Harper ont démontré que le financement populaire ne carbure plus à une marque de commerce — aussi respectable soit-elle —, mais plutôt au marketing d'idées politiques.

Dans cet esprit, par exemple, la restauration monarchique en cours depuis les élections du 2 mai s'inscrit davantage dans la fidélisation d'une certaine clientèle conservatrice que dans une refonte des valeurs canadiennes.

La course néodémocrate actuelle démontre qu'un vote aux élections ne se traduit pas facilement en adhésion à un parti. La difficulté des candidats au leadership néodémocrate — y compris Thomas Mulcair — à enrôler suffisamment de membres pour donner au Québec une voix minimalement respectueuse de son poids démographique, dans le choix du successeur de Jack Layton, en témoigne.

À moyen terme, le salut du PLC passe par le Québec. Mais le parti qui porte encore les stigmates de l'affaire des commandites et qui est identifié par une tranche importante de l'électorat progressiste au Québec au courant ultrafédéraliste n'a pas vraiment d'autre choix que de sortir des sentiers battus pour retrouver le chemin du coeur des électeurs.

À Ottawa, ce week-end, le Québec comptait pour environ 10 % des délégués. Ceci expliquant cela, c'est la première fois en 40 ans que la question québécoise est à ce point absente des débats d'un congrès libéral fédéral.

À terme, c'est peut-être un mal pour un bien. Ces dernières années, le PLC a décliné dans la faveur populaire au Québec de concert avec le Parti québécois. Mais contrairement au PQ, le PLC n'a pas besoin de la question nationale pour justifier son existence. La reconquête du Québec, si elle doit avoir lieu, devra se faire sur d'autres bases que celles d'une guerre de drapeaux. Nonobstant le congrès du week-end, le Parti libéral n'en est pas là.

En attendant, il convient de parler du PLC comme d'un parti en rémission plutôt qu'une formation en voie de guérison assurée.

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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
14 commentaires
  • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 16 janvier 2012 05 h 40

    Ah bon?

    "À moyen terme, le salut du PLC passe par le Québec."

    Vue comme ça, ils sont aussi bien de déclarer faillite immédiatement! Plus jamais les Québécois ne feront confiance au PLC.

  • Michel Fontaine - Abonné 16 janvier 2012 07 h 16

    Le PLC et le Québec

    Et pourquoi, Monsieur Daneau, les Québécois ne feraient plus jamais confiance au PLC ?

  • Normand Carrier - Inscrit 16 janvier 2012 08 h 59

    Pourquoi monsieur Fontaine ?

    Parce que le PLC nous a démontré ses fourberies et de quoi il est capable avec les commandites ..... Il a alors atteint le fond du baril et les Québécois sont très loin de lui redonner sa confiance .......

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 16 janvier 2012 09 h 11

    Une question absente

    Madame Chantal, votre résumé commenté du congrès reflète assez bien la situation du parti au Québec. Cependant je note pour avoir suivi en parti le congrès par internet je constate qu'une qu'une question importante qui préoccupe les québécois c'est la question de la centralisation que P.T et J.C ancien premiers ministres ont toujours défendus contre la volonté des québécois. Comme vous le savez mon implication au parti je vous assure qu'aussi longtemps que le parti ne s’engagera pas à modifier cette politique les québécois bouderont le parti.

  • Laurent Labrecque - Inscrit 16 janvier 2012 09 h 15

    Une guerre de drapeaux?

    Je suis étonné qu'une journaliste de votre trempe ramène la question nationale à une guerre de drapeaux. Cette façon de voir et de dire ne serait-elle qu'une autre manifestation de la réduction de la question nationale à une quantité négligeable qu'entraîne la perte d'appuis des Québécois au projet d'indépendance et au principal porteur du projet, le Parti Québécois?

    Laurent Labrecque