Revue de presse - Inquiétudes et ironie

On croirait que tout a été dit sur le projet de loi omnibus en matière de justice, le projet C-10. En vain. Mais certains — fort heureusement — refusent de baisser les bras et tentent encore d'infléchir le cours des choses. Trois anciens dirigeants du système carcéral canadien — John Edwards, Willie Gibbs et Ed McIsaac — ont uni leur voix cette semaine dans le Globe and Mail pour demander au Sénat de ramener le gouvernement à la raison. Un appel qui en d'autres temps aurait fait beaucoup de bruit et qui mérite qu'on s'y attarde. Après tout, les trois hommes ont été, respectivement, commissaire de Service correctionnel Canada, président de la Commission des libérations conditionnelles et directeur exécutif du Bureau de l'enquêteur correctionnel. À eux trois, ils cumulent plus de 10 décennies de service au sein du système correctionnel canadien.

Forts de cette expérience, ils estiment que l'approche punitive des conservateurs est malavisée. Ils rappellent que les prisons fédérales et provinciales sont surpeuplées, ce qui limite l'accès aux maigres programmes de réhabilitation et accroît les risques de violence institutionnelle. Or, le projet C-10, insistent-ils, va entraîner une augmentation «significative» du nombre de détenus, un résultat «contraire à nos concepts d'équité, de compassion et d'égalité». Là où on a goûté à cette médecine, comme en Californie, on n'observe aucune diminution de la criminalité et on voit trop de détenus devenir des criminels endurcis. «Le système carcéral américain est maintenant étudié pour ses échecs, résultat d'une coûteuse approche fondée sur une idéologie guidée par la peur. [...] Notre expérience commune et des décennies de recherches nous disent qu'incarcérer plus de gens ne diminue pas la criminalité ni ne la dissuade. Des communautés plus sûres et une réelle prévention du crime passent par le développement de systèmes intégrés dotés de la flexibilité et des ressources nécessaires pour répondre aux individus en temps opportun.» Les trois hommes énumèrent une série de solutions pour y parvenir avant de rappeler que «le coût financier et humain de la voie empruntée [par le gouvernement] est beaucoup trop élevé et ne pourra être aisément renversé. Un second examen objectif est impérativement nécessaire. Nous demandons au Sénat de s'assurer que nos politiques en matière de justice favorisent un système correctionnel et de libérations conditionnelles qui soit juste et efficace et qui effectivement rende le pays plus sûr», concluent-ils dans un dernier appel.

Jugement sévère


«Stephen Harper et l'année de la faillite morale.» C'est ainsi que, sur le site d'iPolitics, le chroniqueur Lawrence Martin présente son bilan sans vernis de la dernière année du gouvernement Harper. Le journaliste, qui s'est souvent demandé comment le gouvernement Chrétien arrivait à ne jamais voir ses abus de pouvoir retenus contre lui, se pose aujourd'hui la même question à l'endroit du gouvernement Harper. Pour la première fois dans l'histoire du pays, un premier ministre est reconnu coupable d'outrage au Parlement par le président de la Chambre et rien ne se produit. Même Stephen Harper a pris la chose avec un haussement d'épaules, persuadé que les Canadiens s'en fichaient. «Il revenait ainsi à dire que le processus est sans importance, ce qui compte pour les gens c'est les résultats.» Et cette position, les conservateurs la défendront tout au long de 2011, écrit Martin. Inquiet, il se demande si les citoyens sont vraiment indifférents devant de tels agissements alors que leurs ancêtres et bien d'autres peuples dans le monde se sont battus et se battent encore pour la mise en place de systèmes démocratiques dignes de ce nom. Après tout, malgré ses agissements, Stephen Harper a obtenu un mandat majoritaire. Martin comprendrait si le jugement du président avait été un incident isolé, «mais il y a trop d'exemples démontrant que le système ne sert plus de contrepoids face au pouvoir exécutif». Le journaliste fait la longue liste des incidents survenus en 2011, mois après mois. Mais les sondages sont toujours favorables à Harper. «Ils montrent que la position du premier ministre n'a pas été affectée par sa façon autoritaire de gouverner. Il se porte même bien, profitant d'un système brisé qu'il contribue à abîmer davantage», conclut Martin.

Pour rire un peu

L'historien militaire J. L. Granatstein revient sur les penchants monarchiques du premier ministre Harper dans l'Ottawa Citizen. Lui qui s'est vigoureusement opposé à ce que la marine et l'aviation retrouvent leur étiquette royale a choisi de s'en moquer en imaginant d'autres changements folichons. Disant avoir obtenu copie d'une note (fictive, bien sûr) préparée pour le premier ministre, il dit avoir appris qu'on voulait demander aux militaires de porter les vieux habits de l'armée britannique, à l'aviation d'utiliser les vieux avions Spitfires, moins coûteux que les F-35, et à la Défense de préparer un plan pour voler au secours de l'Angleterre advenant que l'Union européenne tente une invasion pour imposer l'euro. L'Ordre du Canada serait aboli au profit de titres aristocratiques. «Brian Mulroney, duc de Baie-Comeau? [...] Lucien Bouchard, vicomte de Québec?», ironise Granatstein. Ces nouveaux aristocrates remplaceraient les sénateurs actuels. Et ainsi de suite. Mais «heureusement, écrit-il, le plan original, qui prévoyait l'adoption de la conduite du mauvais côté de la route, a été abandonné parce que jugé trop coûteux et dangereux». Good Lord! On l'a échappé belle.

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4 commentaires
  • Gabriel RACLE - Inscrit 7 janvier 2012 08 h 40

    Autoritarisme

    « Mais les sondages sont toujours favorables à Harper.ls montrent que la position du premier ministre n'a pas été affectée par sa façon autoritaire de gouverner. »
    L’histoire montre qu’il faut toujours du temps et encire du temps, pour que les citoyens d’un pays se révoltent contre un système autoritaire, si autoritaire fut-il. Les printemps arabes en sont un bon exemple. Les mouvements qui commencent à agiter la Russie en sont un autre, même s’il y a toujours des partisans du système stalinien.
    Pour certains, un système autoritaire est psychologiquement rassurant, puisqu’il encadre tout et donc pose des « barrières de sécurité » tout le long du parcours, fut-il politique. L’éclatement se produit lorsque les barrières deviennent si serrées qu’il est difficile de s’ébattre, de respirer à l’intérieur du périmètre qu’elles restreignent.
    Ainsi va l’histoire.

  • eric turenne - Inscrit 7 janvier 2012 15 h 22

    Rire

    Nous en sommes nous vraiment échappées de cette époques
    Valets,Fiefs et Serfs
    J'vous'l demandes.

  • Menay - Abonné 7 janvier 2012 17 h 14

    Conduite à gauche

    Ré : « …le plan original, qui prévoyait l'adoption de la conduite du mauvais côté de la route, a été abandonné parce que jugé trop coûteux et dangereux». Good Lord! On l'a échappé belle. »

    Ce n’est pas exactement cela.
    En fait, sur proposition du ministre Maxime Bernier, le gouvernement Harper a remis le plan de conversion à plus tard, suite à une période de transition.
    Pendant cette période de transition, d’une durée de 6 mois, seuls les camions lourds devront conduire à gauche.
    Les automobiles, motos, etc. devront continuer à conduire à droite.

  • Jean-Pierre Bouchard - Inscrit 8 janvier 2012 18 h 48

    La culpabilité d'être coupable!

    En ce dimanche soir, ceci: Les conservateurs sous Harper ne croient que dans la culpabilité indélébile et au premier degré des individus sans circonstances atténuantes ou explicatives de leurs actions criminelles.