Revue de presse - Le nouveau fédéralisme et autres sujets de réflexion

L'opinion de la Cour suprême du Canada sur la création d'une commission canadienne unique des valeurs mobilières a fait grincer des dents en Ontario, ce qui n'est pas une surprise. Je vous épargne donc le résumé de commentaires somme toute prévisibles. Plus intéressante est l'analyse qu'en a tirée John Ibbitson, du Globe and Mail.

En déclarant le projet fédéral d'inconstitutionnel, la Cour a rappelé à Stephen Harper qu'il y avait «des limites à ses ambitions de remodelage de la fédération», écrit Ibbitson. Comme l'a démontré l'annonce faite en début de semaine par le ministre des Finances, Jim Flaherty, sur le financement de la santé, Harper ne partage pas la conviction de bien des Canadiens que le gouvernement central doit jouer un rôle en matière de politique sociale. Cette tâche revient aux provinces en vertu de la Constitution. Il a bien l'intention de la leur laisser et de se concentrer sur les domaines de compétence fédérale, comme la défense et la politique étrangère. Mais pourquoi alors ce projet de commission canadienne des valeurs mobilières? Parce que Stephen Harper a toujours cru que le fédéral avait la responsabilité d'assurer la santé de l'union économique canadienne et que cette dernière exigeait une telle commission. Or, lui dit la Cour, on ne peut faire fi du partage des pouvoirs inscrit dans la Constitution ni modifier unilatéralement leur équilibre. Il est vrai qu'Ottawa a certains pouvoirs en matière de commerce, mais il ne peut les élargir pour empiéter sur ceux des provinces, voire les réduire. Si solution il y a, elle passe par le dialogue et la coopération entre les différents gouvernements, souligne Ibbitson en citant la Cour.

Québec et le ROC

Toujours dans le Globe and Mail, Jeffrey Simpson attire l'attention de ses lecteurs sur la mise en veilleuse de l'option souverainiste. Il ne cherche pas à les bercer d'illusions. «Pour la première fois depuis des décennies, le Canada ne vit pas avec le spectre de la sécession du Québec», mais cela ne présage rien, prévient-il. «La fierté forte et justifiée des Québécois francophones a toujours servi à définir la province. Cette fierté peut prendre différentes formes et aller dans diverses directions. Personne ne peut prédire ce qui adviendrait si cette fierté était blessée ou menacée.» Mais en cette fin d'année 2011, le bilan est clair. Le Bloc québécois a été décimé après avoir dominé pendant six élections. Le Parti québécois est déchiré et en baisse dans les sondages. C'est la Coalition avenir Québec qui domine, un parti qui promet de laisser la question constitutionnelle en suspens pendant dix ans. Simpson n'innove pas en déduisant que les Québécois ont soif de changement et il ne prétend pas pouvoir cerner le genre de changement désiré, mais il note cette volonté de prendre une pause du «débat existentiel» sur la question nationale. Si tel est le cas, dit-il, «il s'agit d'une position révolutionnaire au Québec. Tous les gouvernements provinciaux depuis la Révolution tranquille [...] ont toujours demandé des changements constitutionnels». Mais voilà, le reste du Canada a fini par se lasser et la fatigue a apparemment gagné le Québec, pour qui le reste du pays «ne représente plus une menace». En revanche, Stephen Harper, qui aime se vanter d'avoir contribué à la défaite du Bloc, poursuit des politiques — justice musclée, indifférence à l'égard des changements climatiques, élimination du registre des armes d'épaule — qui sont très impopulaires dans la province, avertit Simpson. «Peut-être que le premier ministre, qui a gagné sans le Québec la dernière fois, regarde les nouveaux sièges créés à l'extérieur de la province et croit qu'il sera facile de le refaire», conclut-il sans trop se mouiller.

Harper dans la mire... encore

Stephen Harper a des partisans inconditionnels dans la presse anglophone et des critiques tout aussi intraitables. Margaret Wente, du Globe and Mail, n'appartient à aucun camp, mais trouve que certains exagèrent. Harper n'est pas Kim Jong-il, dit-elle en prenant pour cible le virulent Michael Harris, d'iPolitics. Ce dernier affirme que l'«unilatéralisme, la science vaudou et un état perpétuel de campagne» sont en train de transformer le paysage politique canadien et de nous mener vers un «système à parti unique» que bien des gens, étrangement, semblent aimer.

Plus dosé, Dan Léger, de l'Halifax Chronicle-Herald, déplore l'opacité du gouvernement Harper qui, en limitant les débats, en imposant le huis clos en comité, en muselant les fonctionnaires, prive les citoyens de la capacité de juger de ses actes. «On nous demande un acte de foi et de croire que ce qu'il fait est bon pour le pays», dit-il. Les conservateurs ont réussi à faire adopter plusieurs éléments de leur programme, mais malgré leur succès, ils «s'enfoncent encore plus dans leur mentalité d'assiégés». Il rappelle que le premier acte de foi des Canadiens envers ce gouvernement a été de croire qu'avec lui commencerait une nouvelle ère de transparence. «Ce n'est pas ce qui s'est produit. Le gouvernement est devenu encore plus lointain et hostile», et l'arrogance que les conservateurs reprochaient aux libéraux est en train de les gagner. «Après son triomphe de mai dernier, Harper a affirmé que les valeurs conservatrices étaient les valeurs canadiennes. Si cela est vrai, le comportement de ce gouvernement est source de préoccupation, car si ce que les conservateurs font est le reflet des valeurs politiques canadiennes, quelque chose a changé dans ce pays, et pas pour le mieux», conclut-il.
5 commentaires
  • Jacques Lafond - Inscrit 24 décembre 2011 11 h 13

    Assez ...

    La Cour suprême du ROC, Bay street, la chambre des communes, le Québec en a strictement rien à foutre. Rien à foutre.

    Notre Pauline a raison. Le Québec va maintenant prendre ses décisions par lui même sans demander la permisssion à qui que ce soit ...

  • emeri - Inscrit 24 décembre 2011 12 h 25

    Kim Jong-il versus Harper

    Non, c'est vrai le dictateur de la Corée du Nord n'a rien à voir avec l'Harper
    du Roc.
    Au moins Kim travail visière levée ce qui n'est pas le cas de Stephen qui lui,
    fait ses coups bas en catimini cherchants toujours à écraser tout ce qui ne
    cause sa langue et surtout qui ne milite pas à l'extrême droite comme
    lui et ses multiples bras gauches.

    Les chroniqueurs du ROC s'auto-gratule en se disant que c'est grâce
    à eux si le Block est disparu et que l'indépendance serait chose du passé.

    Non, non messieurs-dames, en tant que vieux indépendantistes je vous dit
    tout de go: rien de tout cela est plus faux.
    Nous sommes toujours là et nous travaillons avec opiniâtreté à faire
    de notre Québec un État tout à fait indépendant et:
    GRAND BIEN NOUS FASSE.

    Réjean Grenier.

  • Andre Vallee - Inscrit 25 décembre 2011 06 h 25

    Grâce au Québec!

    Grâce au Québec, les journaux de langue anglaise se vendent. Sans nous, que diraient leurs éditorialistes?

  • France Marcotte - Inscrite 26 décembre 2011 16 h 39

    Dis-moi ce que tu vois

    Très précieux de connaître ce regard porté de l'ouest sur l'actualité, indépendamment de ce qu'on peut penser ici; ce que nos voisins voient, regardent, comme ceci:
    "Tous les gouvernements provinciaux (du Québec) depuis la Révolution tranquille [...] ont toujours demandé des changements constitutionnels». Mais voilà, le reste du Canada a fini par se lasser et la fatigue a apparemment gagné le Québec, pour qui le reste du pays «ne représente plus une menace»."
    Vraiment? La menace s'assimilation, ce n'est pas une menace?

    Et sur le Canada de Harper:
    "...l'«unilatéralisme, la science vaudou et un état perpétuel de campagne» sont en train de transformer le paysage politique canadien et de nous mener vers un «système à parti unique» que bien des gens, étrangement, semblent aimer."
    Ce peut-il vraiment que les gens, au fond, aiment cela?
    Mais voici une explication plausible:
    "Dan Léger, de l'Halifax Chronicle-Herald, déplore l'opacité du gouvernement Harper qui, en limitant les débats, en imposant le huis clos en comité, en muselant les fonctionnaires, prive les citoyens de la capacité de juger de ses actes. «On nous demande un acte de foi et de croire que ce qu'il fait est bon pour le pays», dit-il."

  • Roland Berger - Inscrit 27 décembre 2011 13 h 24

    Une vraie religion

    « On nous demande un acte de foi et de croire que ce qu'il fait est bon pour le pays », écrit Dan Léger de l'Halifax Chronicle-Herald. Ben oui, une vraie religion. Et ça pogne àààà planche. C'eset sûr, c'est moins fatigant que de réfléchir.
    Roland Berger