Lire religieux - Réinterpréter la résurrection

Jésus est mort crucifié, mais Dieu l'a relevé d'entre les morts. Ses disciples, ensuite, l'ont vu, ont mangé avec lui et ont écouté ses directives. «On entendrait pareilles choses des adeptes d'une religion non chrétienne et on aurait peine à retenir un sourire», remarque la théologienne Odette Mainville dans Jésus est-il ressuscité? Et nous?, un opuscule qui contient aussi un essai du bibliste André Myre, selon lequel «la question de la matérialité de la résurrection de Jésus est loin d'être importante et ne devrait pas se poser».

Théologiens de haut vol, Mainville et Myre, on l'aura déjà constaté, ne ménagent pas les croyants qui s'en tiennent à la lettre des Évangiles. Ils proposent, chacun à sa façon, une réinterprétation du concept de résurrection qui bouscule la vision canonique d'une vie après la mort. Les chrétiens frileux trouveront, dans ces pages, de quoi s'affoler. Les autres, qui savent bien que ces choses-là sont plus complexes que ce qu'on leur en a raconté, accueilleront avec grand intérêt ces relectures dérangeantes mais bienvenues.

«La résurrection physique, matérielle, n'a aucun sens», déclare Mainville, qui ajoute qu'«il n'y a tout simplement pas eu de cadavre réanimé qui soit sorti du tombeau». Mais alors, que veut dire la théologienne quand elle affirme croire que Jésus est vivant?

Les témoins de la résurrection, explique-t-elle, sont des hommes illettrés et habités par la peur depuis la crucifixion. Quelques jours plus tard, ils sont devenus hardis et éloquents. Cette spectaculaire métamorphose, pour Mainville, serait le résultat d'une «rencontre de foi», d'une «expérience faisant appel aux sens internes». Les disciples saisissent alors que «Dieu se reconnaît en [Jésus] et qu'il marque de son sceau tout ce qu'il a enseigné». Ils comprennent que «Jésus, physiquement absent, règne par la puissance de son Souffle», qu'il est donc toujours vivant et qu'il faut vivre en conséquence. Tel est, selon Mainville, le contenu de l'enseignement initial, et les récits plus «concrets» qui s'y ajouteront ont essentiellement une visée catéchétique.

Le bibliste André Myre développe une thèse semblable. Il faut, écrit-il, «déconstruire les mots du passé, à la recherche de ce qu'ils contenaient de sens qui soit encore pertinent pour nous». Cette déconstruction doit avoir pour guide la voix «qui interpelle les humains depuis des millénaires».

La résurrection, telle qu'évoquée dans les Évangiles, repose sur une vision du monde qui n'existe plus. En ce sens, pour nous, «ce qui est révélé, ce n'est pas la vision nécessaire pour l'exprimer, ni la vision de l'être humain nécessaire pour la dire, mais la présence d'un mouvement de fond qui oriente l'être humain vers un avenir illimité».

Aussi, croire au Christ vivant, c'est reconnaître que Dieu cautionne «la lecture de la réalité qu'il avait», «l'aversion pour tous les systèmes de mort qu'il manifestait», c'est croire en «l'authenticité humaine d'une vie vécue à la suite du Nazaréen», en s'alliant aux pauvres et en s'opposant aux puissants.

Être ressuscité, nous disent ces deux brillants théologiens engagés, c'est être vivant, maintenant, contre ce qui tue de mille manières. Le message est beau, mais troublant.
33 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 19 décembre 2011 05 h 24

    S'opposer aux puissants et s'allier aux pauvres...

    Cette affirmation est plutôt ringuarde. Un simplisme du niveau de la maternelle. Comme croire au Père Noël. Les riches seraient tous damnés et les pauvres, sauvés. C'est une doctrine très répandue sur la justice sociale et la distribution de la richesse collective. Ça n'a rien d'une illumination spirituelle.

  • Daniel Lambert - Inscrit 19 décembre 2011 08 h 36

    La résurrection,

    «Ça n'a rien d'une illumination spirituelle.»

    Dans l'histoire du christianisme, la croyance en la résurrection du Christ s'est fondée sur les témoignages des apôtres (ainsi que d'autres témoins) qui sont relatés dans les quatre évangiles, et, à une occasion par l'apôtre Paul dans le quinzième chapitre de sa Première épître aux Corinthiens (1 Cor. 15:3-8). Dans ce passage précis, l'apôtre écrit aux chrétiens de la ville de Corinthe, en Grèce :

    « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures ; et qu'il est apparu à Céphas [l'apôtre Pierre], puis aux douze [disciples rapprochés de Jésus]. Ensuite, il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts. Ensuite, il est apparu à [l'apôtre] Jacques, puis à tous les apôtres. »

    Tels sont les faits. Qu'on soit croyants ou athés, les faits doivent être analysés, et non pas traités de façon simpliste, comme le fait les Georges Paqquet de ce monde qui s'appuient sur rien pour faire valoir leur science!

    Je constate qu'il y a un fait extraordinaire qui s'est produit à ce moment-là, et j'interroge ce fait, comme je le fais quand j'entends des hommes et femmes de ce siècle qui disent avoir vécu quelque chose d'extraordinaire au moment de leur mort... et sont revenus. Je reste aussi ouvert à ceux et celles qui affirment avoir vu des OVNI.

    Faut pas fermer la porte à ce qui nous dépasse parfois!

  • Democrite101 - Inscrit 19 décembre 2011 08 h 49

    Recycler une fiction n'en fait pas une vérité...


    Pourquoi ne pas aussi ré-interpréter Raël ? On en apprendrait peut-être plus sur l'astronomie...

    Comme quoi une niaiserie réinterprétée demeure une niaiserie.

    Jacques Légaré

  • Yvon Bureau - Abonné 19 décembre 2011 09 h 15

    Dieu à notre image

    Dieu aurait créé l'Homme à son image.

    L'Homme aurait créé Dieu à son image. Écoutez les paroles des chants de Noël …

    L'Homme crée l'Homme à son image. Quelle image ?

  • Daniel Lambert - Inscrit 19 décembre 2011 11 h 25

    Foi ou athéisme?


    @ Démocrite

    Comme je vous le soulignais dans un commentaire passé, toutes les Lumières héritées du 18e s., ne sont pas intenses et aveuglantes. Certains auteurs émettaient une lueur bien blafarde, et ceux qui étaient les plus lus étaient étroitement associés à la foi et, sous l'apparente diversité, tout ce beau monde communie avec élan au déisme. Et vous vous appuyez sur eux pour expliquer votre athéisme.

    Un athée, c'est qui! C'est quoi l'athéisme? Une forme de rejet de la réalité qui échappe à l'homme, une révolte, un refus de l'évidence devant les arrêtés du destin. C'est tout!