Médias - Radio Radio

Il n'y a pas plus bonimenteur que les médias quand ils parlent d'eux-mêmes. Les ensorceleurs de la profession reproduisent alors les travers tant détestés chez tous les porte-parole officiels des autres institutions, y compris la langue de bois, la dissimulation et le tripotage des faits.

Le grand grimage s'expose en toute transparence quand le système de mesure de l'auditoire dévoile son bulletin saisonnier. À tout coup, immanquablement, chacune des publications (dont Le Devoir) comme chacune des radios ou des télés trouve le moyen de se présenter comme championne du concours de popularité. Une telle a le plus progressé. Une autre se démarque dans la capitale ou en région. Une autre encore triomphe auprès des plus jeunes ou des plus vieux, en ligne ou sur papier, le matin, le midi ou le soir, avec ses émissions comiques ou ses infos.

La publication toute fraîche des PPM de l'automne 2011, les données sur la radio quoi, vient de relancer la mécanique autopropagandiste. Astral et Cogeco, les deux géants privés, ont vite tiré la doudou populaire de leur côté. Le premier réseau s'est immédiatement présenté comme le «radiodiffuseur numéro un de Montréal». Le second a souligné que le 98,5 FM «occupe la première position du palmarès en devenant la station la plus écoutée à Montréal, au Québec... et au Canada».

Radio-Canada a aussi trouvé matière à célébrer en présentant la Première Chaîne de Montréal (le 95,1 FM) comme celle qui «enregistre toujours la plus forte durée d'écoute parmi les stations francophones» de la métropole. Bref, ses auditeurs semblent plus fidèles que les autres.

Bravo à toutes les championnes alors. Cela dit, franchement, que révèle la photo-finish prise au bout d'une course de treize semaines, entre la fin août et la fin novembre?

Premièrement, à l'évidence, la radio marche encore très fort. Les autres médias sont en pleine révolution, parfois en crise. Celui-là résiste bien avec des revenus et du public en abondance. En gros, la semaine, plus de neuf Québécois sur dix continuent d'écouter la radio au moins une fois.

Deuxièmement, la radio parlée va très bien, de plus en plus fort en fait. La combinaison des résultats matinaux de la Première Chaîne de Radio-Canada et du 98,5 accapare la moitié des parts de marchés montréalais, ne laissant que des miettes à la grande part des concurrents.

Troisièmement, la chaîne privée parlée domine outrageusement la chaîne parlée publique. La proportion est de deux parts pour une pendant la journée. Puisqu'il faut se lever du 98, 5 frise les 30 parts tandis que C'est bien meilleur le matin de la Première Chaîne arrive bon deuxième avec la moitié de ce succès (29,5 % du total contre 17,1 %, précisément). Après, Isabelle Maréchal cumule 16 points contre 8,9 pour Medium Large, la nouvelle émission de Catherine Perrin. Et ainsi de suite avec Dutrizac contre Maisonneuve en direct (18,8 et 7,9 respectivement) et Montréal maintenant contre Désautels (20,3 et 10,4).

Ce renforcement en tête de la station Cogeco Diffusion découle d'une progression de plus de 40 % des auditoires de la plupart de ses émissions. Au total, le 98,5 accapare maintenant presque 20 % des parts de marchés et Rythme FM presque 19 % du lot.

Quatrièmement, Rythme FM domine encore la radio musicale puisque toutes ses émissions demeurent numéro un dans son marché central. La concurrente Rouge FM, qui a remplacé RockDétente il y a trois mois, a beau jeu de souligner qu'elle augmente de plus de 60 % ses heures d'écoute chez les 25-44 ans. En vérité, elle doit bien se demander pourquoi, par exemple, à programmations musicales égales et interchangeables, l'animateur Joël Legendre du 107,3 FM Montréal attire moins que l'animatrice Véronique Cloutier au 105,7 FM. Certaines subtilités semblent vraiment subtiles.

Cinquièmement, certaines réformes fonctionnent, d'autres non. Le 98,5 a avalé CKAC Sports avec succès et les auditeurs ont suivi, visiblement. Par contre, CKOI, qui a subi un grand récurage de Cogeco, a perdu deux points. La Première Chaîne, en plein bouleversement, elle aussi, depuis l'arrivée d'une nouvelle direction en début d'année, peine à s'imposer. Soit elle se maintient, comme au réveil, soit elle recule. C'est le cas de Medium Large, qui a succédé au talk-show Christiane Charette. Le nouveau magazine occupe la cinquième place des émissions de l'avant-midi et la 38e du top 40. Il faudrait rebaptiser l'émission Petite toute garnie...

Évidemment, il n'y a pas que les indices d'écoute qui comptent, sinon, à ce jeu cruel, Le Devoir serait mort et enterré depuis longtemps. Mais ils existent, et les chiffres montrent bel et bien que toutes les radios ne sont pas championnes, quoi qu'elles en disent...

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