Louise Mailloux, vous connaissez?

Jallais vous parler de la tristesse que je ressens en voyant avec quelle légèreté les conservateurs de Stephen Harper s'apprêtent à balancer les accords de Kyoto par-dessus bord, sans état d'âme, pour prendre la direction des mauvais joueurs qui se foutent de l'avenir de la planète et de ses habitants. Comment ne pas être cynique devant ces pauvres arrogants qui restent sourds devant les pronostics des scientifiques qui arrivent maintenant à dater sans hésitation le jour du «non-retour», la date du commencement de la fin?

J'aurais pu aussi bien vous signaler la nullité de Jean Charest en géographie, lui qui vient de se faire faire la leçon au sujet de ses ambitions nordiques dont il a prétendu qu'elles allaient aussi sauver la souveraineté canadienne dans le Grand Nord quand la fonte des neiges aura permis la navigation sur les eaux nordiques permettant le passage rapide de l'Europe à l'Asie... Il a fallu que des spécialistes de ces questions le ramènent à la réalité et lui expliquent que l'un n'a rien à voir avec l'autre. Une leçon qu'il se hâtera sûrement d'oublier puisqu'il ne supporte pas de ne pas avoir toujours raison.

J'aurais pu développer cette conviction que j'ai que le pouvoir peut rendre fou. On savait déjà qu'il corrompt, car cela a été dit souvent et la commission d'enquête qui va débuter bientôt nous éclairera sûrement sur le sujet. Qu'il rende fou est une piste intéressante cependant, car les exemples sont de plus en plus nombreux de par le monde et les nouvelles voyagent si vite qu'on peut les identifier plus facilement qu'autrefois. Il suffit parfois de regarder autour de soi pour voir à quel point la maladie s'est répandue.

La laïcité expliquée

J'ai choisi de vous parler plutôt de Louise Mailloux et de son livre La laïcité ça s'impose publié aux éditions du Renouveau québécois. Madame Mailloux est professeure de philosophie au cégep du Vieux-Montréal et son livre est une réponse courageuse et éclairée à la commission Bouchard-Taylor et au malaise qu'il a engendré.

Ce livre est essentiel au moment où se déroule le procès de la famille Shafia, accusée d'avoir assassiné quatre femmes de la famille sous prétexte d'honneur bafoué. Il permet de comprendre mieux les risques que comporte le flou artistique entretenu par nos gouvernements qui encouragent une laïcité ouverte qui leur évite d'avoir à prendre position, permettant ainsi à tous les intégristes de se frayer un chemin dans nos vies quotidiennes. Nous pensions avoir mis la religion à sa place avec la Révolution tranquille? La voilà qui se refaufile partout où les règles ne sont pas claires et où le «mou» est fortement encouragé.

Parce que nos règles sont molles, «la caravane du pluralisme religieux prospère parmi nous, dans nos garderies, nos écoles, nos universités, nos hôpitaux, nos cafétérias, nos piscines, nos services publics, nos rues, dans les fenêtres givrées ou, mieux, les femmes de noir givrées. Elle a pour noms la tolérance, le pluralisme, la différence, le vivre-ensemble, le respect de l'autre, l'ouverture à l'autre, l'identité de l'autre, la communauté de l'autre, la culture de l'autre, les traditions de l'autre et bien évidemment la religion de l'autre. Les Québécois ne veulent pas que la religion, la leur ni celles des autres, ne revienne à l'avant-plan... parce que nous n'avons pas oublié de quel prix se paie l'emprise politique d'une religion sur un peuple...»

Louise Mailloux houspille les féministes québécoises qui n'ont pas eu le courage de se prononcer contre le port du voile en public et dans les institutions d'État et rappelle aux femmes québécoises le poids que les exigences de la religion ont fait peser sur elles pendant des siècles.

Elle rappelle que depuis toujours le patriarcat est fondé sur la domination et le contrôle du corps des femmes et de leur sexualité. Que les religions sont basées sur le patriarcat, ce qui explique la présence pratiquement exclusive d'hommes dans leurs structures. Les femmes étant considérées comme des occasions de péché, elles doivent être couvertes, voilées, enfermées à la maison et absentes des lieux fréquentés par les hommes qui, seuls, ont le droit de jouir de la liberté.

Il y a quelques jours, une nouvelle annonçait justement qu'en Arabie saoudite, après des autobus de couleur rose, réservés exclusivement aux femmes, il y aurait dorénavant des taxis de couleur rose pour les femmes et conduits par des femmes. La raison invoquée par les autorités est qu'il faut protéger les femmes contre le harcèlement et le viol par les hommes qui pourraient les approcher. Ce qui en dit long sur les hommes musulmans de ce pays et sur leur façon de percevoir les femmes.

La laïcité ça s'impose, un livre qui doit être lu avant que les accommodements raisonnables ou déraisonnables n'aient fait leur nid pour toujours. Un livre qui permet de comprendre ce qui est en jeu et pourquoi toutes les femmes ont raison d'être méfiantes.
32 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 2 décembre 2011 06 h 18

    Laicité ouverte= porte ouverte au chaos social

    Ce n’est pas à la majorité de faire toutes les concessions. Qui prend pays doit en accepter les règles et la culture identitaire.
    Même s’il est légitime que l’immigrant veuille conserver des éléments de sa culture d’origine, il a la responsabilité de s’intégrer è la culture du pays qui l’accueille
    Le port d’un signe religieux ostensible, y compris le voile, est souvent bien davantage un geste d’affirmation identitaire, donc de non-intégration à la culture d’accueil, qu’un geste de liberté religieuse.
    En Turquie, pays musulman s’il en est, le port de signes religieux est interdit dans l’école publique, l’université, les tribunaux et la fonction publique, De même, en Tunisie.
    Avec le multiculturalisme à la canadian, c'est la majorité qui doit changer et non les nouveaux arrivants. Un pays de fous qu'il nous faut quitter.

  • Denis Paquette - Abonné 2 décembre 2011 07 h 46

    Quel mystérieuse et difficile marche, que la marche de l'humanité

    Madame il en sera peut être ainsi jusqu'à la fin du monde, peut être qu’il y aura toujours des gens pour croire en un être supérieure mythique et subliminal, mais oublient que s’il y a un, c’est eux-mêmes, lorsqu’il font l’effort de comprendre, de pardonner et d’éprouver de l’empathie, le reste n’est que chimères et archaïsmes . Vous concluez en disant : la laïcité ca s’impose, ce qui est d’ailleurs le titre du livre de madame Mailloux, maintenant il faut voire comment.
    Amen

  • Ginette Durand - Abonnée 2 décembre 2011 08 h 29

    Comment ne pas vous donner raison !

    Tout ce que vous dites est juste. J'achète le livre de Madame Mailloux demain. J'ai déjà lu Ma Vie à contre Coran et Les Soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident, tous deux de Djemila Benhabib où l'auteure a vécu sous un régime islamiste et parle donc en connaissance de cause.
    On devrait publiciser davantage les femmes (et les hommes) qui ont le courage de parler des excès où nous mène le rapport de la Commission Bouchard Taylor.

  • Jean Lapointe - Abonné 2 décembre 2011 08 h 31

    Laïcité et «laïcité ouverte»


    Je suis d' avis que les gens qui préconisent ce qu'ils appellent une laïcité ouverte n'ont pas compris ce que la laïcité veut dire.

    La laïcité ça se veut un principe. Un principe on est pour ou on est contre, on ne peut être à moitié pour ni à moitié contre.

    Ce qu'ils veulent dire je pense c'est qu'ils souhaitent que le principe ne soit pas appliqué avec trop de rigueur, c'est qu'ils souhaitent que nous fassions tous preuve de souplesse et de compréhension.

    Il me semble qu'on ne peut être contre cela dans certaines circonstances. Mais cela ne fait pas de la laïcité une laïcité soi-disant ouverte.

    Il serait bon il me semble que le débat se fasse entre les tenants de la laïcité et les opposants à la laïcité et non pas entre les tenants de la laïcité et des opposants qui réclameraient une laïcité ouverte. Pour moi c'est un faux débat.

  • Yvon Bureau - Abonné 2 décembre 2011 09 h 07

    De quoi se digner

    S'il y a beaucoup matière à s'indigner, ce livre de la philosophe Louise Mailloux a tellement de quoi nous digner.

    Elle écrit avec des mots fermes, avec des phrases de clarté qui nous tiennent loin de l'ambiguité, elle clavière (clavier) debout, et fait tout cela avec beaucoup de dignité, ce qui honore notre humanité et nous invite à nous unir autour d'un humanisme généreux et solidaire.

    «Quand on s'indigne, il convient de se demander si l'on est digne», dit l'Abbé Pierre.

    Louise, merci d'écrire debout, avec dignité.

    Votre livre, quel beau cadeau à s'offrir et à offrir, en ce temps des noireurs accomodantes.