Cherchez l'erreur!

Aux dernières nouvelles, le PLQ se dirigeait vers une victoire relativement facile à l'élection partielle de lundi prochain dans Bonaventure.

On peut cependant se demander encore une fois si l'éthique y trouvera son compte. Les échos en provenance de la petite municipalité de Saint-Elzéar, dont le candidat libéral, Damien Arsenault, est maire depuis 18 ans, sont pour le moins troublants.

Des six conseillers municipaux, tous réélus en 2009, trois sont des membres de sa famille. Le maire Arsenault est également le président du comité de promotion des ressources naturelles, qui gère une auberge dont la concession est détenue par sa soeur. Pendant des années, le déneigement de la municipalité a été confié à une entreprise appartenant à son frère.

Certes, Saint-Elzéar est un petit milieu où, inévitablement, tout le monde se connaît et aucune accusation n'a été portée contre qui que ce soit. Il y a néanmoins là une situation susceptible d'occasionner des conflits d'intérêts. Des résidants qui ont osé critiquer l'administration Arsenault ont affirmé à un collègue de Radio-Canada avoir été victimes d'intimidation.

Ceux qui ne sont pas d'accord avec son style de gestion n'ont qu'à se porter eux-mêmes candidats aux élections municipales, a répliqué ce dernier. Le climat ne semble malheureusement pas très propice à l'engagement citoyen.

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Depuis plus de deux ans, le Québec tout entier est plongé dans un débat sur la moralité et l'intégrité qui devraient caractériser l'administration publique, notamment dans le milieu municipal, où les scandales se sont multipliés à un rythme inquiétant.

On ne peut certainement pas dire que la création de la commission d'enquête sur la corruption dans l'industrie de la construction a été un geste spontané. Pour témoigner de façon plus convaincante de la sincérité de sa conversion à une éthique plus exigeante, on aurait pu s'attendre à ce que le premier ministre Charest choisisse un candidat exemplaire pour représenter son parti dans Bonaventure. Cherchez l'erreur!

Manifestement, c'est plutôt la notoriété qui détermine les choix du premier ministre. Malgré les allégations de lobbyisme illicite dont il était l'objet, M. Charest avait désigné l'ancien maire de Rivière-du-Loup, Jean D'Amour, pour défendre les couleurs libérales à l'élection partielle du 22 juin 2009 dans Rivière-du-Loup.

Même si M. D'Amour a lui-même reconnu par la suite le bien-fondé de ces allégations, tout en refusant que le rapport du commissaire au lobbyisme soit rendu public, M. Charest a décrété que sa victoire équivalait à un blanchiment. À la grande indignation de l'opposition, il l'a même nommé à la commission parlementaire de l'administration publique.

Aux yeux du premier ministre, il suffira donc que M. Arsenault soit élu lundi pour que la page soit tournée sur tout ce qu'on pourrait lui reprocher à Saint-Elzéar. La population aura jugé. Après tout, on a les gouvernements qu'on mérite.

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Un débat entre les différents candidats a donné lieu à un incident assez étonnant dimanche dernier, quand le candidat du Parti vert du Québec, Jean Cloutier, qui est également vice-président du parti, a invité les souverainistes à voter pour le... PQ, de manière à barrer le chemin aux libéraux.

M. Cloutier a lancé cet appel après une rencontre avec Pauline Marois, qui lui aurait promis d'avoir une «écoute attentive» à ses engagements. C'est là un acte de foi peu commun. On peut comprendre la déconvenue du chef du PVQ, Claude Sabourin, qui a accusé la chef péquiste de «maraudage» et qualifié le geste de son candidat d'«emmerdant».

Manifestement, M. Sabourin n'avait pas pris la mesure de ce curieux personnage qui, au fil des ans, a aussi tâté du PQ, du Bloc québécois et de l'ADQ, sans parler de ses incursions sur la scène municipale à Québec, dont il ambitionnait d'être élu maire. Fort de ces expériences, M. Cloutier propose maintenant la tenue d'un congrès sur les alliances électorales en février prochain. Sans doute a-t-il voulu donner l'exemple avec cette invitation à voter PQ.

Objectivement, M. Cloutier a pourtant raison. Dans une circonscription aussi «rouge» que Bonaventure, une coalition des partis d'opposition semble être la seule façon d'empêcher l'élection des libéraux. Si le PQ avait réussi à remporter l'élection partielle du 21 février 1994, c'est qu'il y avait seulement deux candidats. Il avait conservé la circonscription aux élections générales du 12 septembre suivant parce que l'ADQ avait obtenu moins de 4 % des voix.

Un sondage de la firme Segma, réalisé par téléphone auprès de 439 personnes les 26 et 27 novembre, accorde 49 % des intentions de vote au PLQ, 35 % au PQ, 9 % à Québec solidaire, 4 % à l'ADQ et 3 % au PVQ.

Si la Coalition avenir Québec de François Legault avait présenté un candidat, elle aurait vraisemblablement accentué la division au profit des libéraux. La CAQ n'ayant pas fait campagne, elle est créditée de seulement 15 % des intentions de vote, mais elle prive quand même le PQ de 17 % de ses intentions de vote, alors que le PLQ en perd seulement 8 %.
27 commentaires
  • hugues2 - Inscrit 1 décembre 2011 01 h 53

    Cherchez l'erreur ou au diable l'étique pour les Libéraux

    Je suis de moins en moins étonné de lire ce genre d'article où on met en lumière l'étique plutôt élastique de M. Charest ainsi que son candidat libéral dans Bonaventure. René Lévesque doit certainement se retourner dans sa tombe en voyant ce qu'est devenu le Québec et sa classe politique.

    Les citoyens de Bonaventure ont une responsabilité, j'espère qu'ils sauront se tenir debout au lieu de ramper pour ce pouvoir qui nous fait passer, de plus en plus, pour une province ou la corruption et le népotisme règnent en maître.

  • Socrate - Inscrit 1 décembre 2011 04 h 38

    patinages

    Le patinage artistique a sans doute sa place en politique et nul doute que M. Cloutier pourra remporter la palme haut la main avec un bon swing de George Laraque et de May West dans les gradins.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 1 décembre 2011 05 h 41

    Bonaventure aura sûrement des garderies

    J"imagine que si Bonaventure élit un député libéral, ce comté obtiendra au bas mot 5 000 places en garderie....toutes à St-Elzéar.

  • meme40 - Inscrite 1 décembre 2011 06 h 55

    le lendemain de l'élection...

    Je vais compter un, deux, trois, à trois vous allez vous réveiller.!!!!!

  • Gilles Delisle - Abonné 1 décembre 2011 07 h 00

    Le masochisme des Québécois!

    En plus de présenter un autre maire douteux à la magouille facile, semble-t-il, les électeurs de Bonaventure vont-ils devenir la risée de tout le Québec, comme ce fut le cas après que les Beaucerons eurent élu pour une deuxième fois de suite, le député-cancre, Marcel Bernier.