Que de vins !

L’Alsacien André Ostertag<br />
Photo: Jean Aubry L’Alsacien André Ostertag

Fin novembre, déjà. Retour de l'événement Montréal Passion Vin (MPV) qui célèbre cette année son 10e anniversaire et dont les profits (4,5 millions de dollars depuis les neuf dernières années) sont toujours versés à la Fondation de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Vous lirez ces lignes alors que défileront aujourd'hui et demain dans les verres d'amateurs fortunés ces Champagne Henriot, Heitz Wine Cellars, Bouchard Père & Fils, Poderi Colla, Domaine du Vieux Télégraphe, ainsi que les bordeaux Branaire-Ducru, La Mondotte et un trio Mouton Rothschild, Haut-Brion et Cheval Blanc pas piqués des hannetons.

Nous reviendrons la semaine prochaine sur les faits saillants. Sans vouloir jouer les pisse-froid, il apparaît proprement ubuesque, alors que tant d'indignés trinquent aux quatre coins de la planète, qu'autant de dignité, elle, puisse jaillir sur le plan formel comme émotionnel de ces grands vins dégustés en cette occasion. L'humanité me surprendra toujours.

Cela étant, les grands vignerons de passage au Québec se succèdent actuellement à un rythme tout aussi soutenu que la qualité de leur production atteint des sommets. Après les Pierre Breton, Nadine Gublin, Alain Brumont, Pommery et sa grande cuvée Louise, Boisset, Delas, les Australiens Sue Hodder (Wynns), Oliver Crawford (Devil's Lair) et Chris Hatcher (Wolf Blass), sans compter le Canadien Quail's Gate, voici que c'est au tour de l'Alsacien André Ostertag d'annoncer ses couleurs.

Ostertag? Regardez-le bien sur la photo. Faites vite, très vite, car c'est lui qui vous regarde alors: il aime bien savoir qui boit ses vins. Derrière ce regard (signe astrologique: Scorpion), un bosseur, un précis, un puriste, un satisfait qui ne l'est jamais vraiment, préférant le doute qu'il cultive comme il taille ses vignes: au plus serré. Ses vins sont à son image, vibrants, épurés, aussi secrets qu'ils traduisent cette urgence de dire le fruit pour mieux le lire au coeur d'un terroir minéral mis à nu, tel un livre ouvert. C'est que monsieur sait raconter la vigne.

Le vignoble familial s'étend sur 14,3 hectares répartis sur plus de 80 petits jardins de vignes «travaillés» intégralement en biodynamie depuis 1998 et reliés entre eux par un même esprit dans cinq villages: Epfig (63 %), Nothalten (30 %), Ribeauvillé (4 %), Itterswiller (2 %) et Albé (1 %). Trois types de vins y voient le jour, à savoir les vins de fruits où l'expression du cépage éclate sous le caractère juvénile et friand, les vins de pierre où justement le terroir minéral est mis à nu tel un livre ouvert, vins de garde, de plusieurs époques, et enfin les vins de temps célébrant les maturités glorieuses parfois mises en lumière plus ardentes encore par la noblesse d'une singulière pourriture.

Bref, 16 vins différents pour une production de 100 000 bouteilles que s'arrachent des amateurs soucieux de ne pas trop ébruiter l'affaire.

Des importations privées (IP - réZin au 514 937-5770) et d'autres actuellement disponibles en quantités restreintes, à prix dont le ratio millilitre/émotion est imbattable. Ce Pinot Noir E 2009 (29 $ - IP) discret, parfumé, soutenu et de belle longueur (***, 1); ce sous-estimé Sylvaner Vieilles Vignes 2010 (23,95 $ - IP) alliant éclat, substance et profondeur (***1/2, 1), ou encore ce Pinot Blanc Barriques 2010 (24,50 $ - IP) d'une définition parfaite, ample, parfaitement équilibré (***, 1). La série riesling lèche ici la pierre: Riesling Vignoble d'E 2009 (23,25 $ - 11459984 - à venir), surprenant par l'approche épicée forte, bien sec, serré, élégant (***1/2, 2); Riesling Heisenberg 2009 (37,25 $ - 739813), complexe, gras, minéral, terminant sur des amers nobles (****, 2) et Riesling G.C. Muenchberg 2008 (49,75 $ - 739821) où le jeu subtil entre le minéral et les acides joue à fond la salinité (****, 3, ici, je note peut-être trop bas!). Aussi très recommandables: Pinot gris Barriques 2009 (28,90 $ - 866681 - ***1/2, 2), Pinot Gris Fronholz 2008 (40 $ - 924977 - ***1/2, 2 et formidable Gewurztraminer Vignoble d'E 2009 (32 $ - 870493 - Signature), tout aussi gras qu'aérien (****, 2).

En attendant la dégustation du 12 décembre prochain, les amis du Vin du Devoir faisaient cette semaine leur devoir avec une jolie brochette de vins. Voici ce qu'ils en pensent:

Blason de Bourgogne Crémant Brut, France - mousseux (19,45 $ - 10970131): une mousse vivante et spontanée arrondie par le fruité puis filant avec célérité sur une finale bien tranchée (**1/2, 1). Bien, mais en deçà du Cava L'Heureu 2008 Raventos i Blanc (19,50 $ - 11140615 - ***, 1) dégusté précédemment.

Domaine La Hitaire Les Tours 2010, V. de P. des Côtes de Gascogne, blanc (9,45 $ - 567891): «It does not taste cheap!», a lancé une participante abonnée à The Gazette mais aussi abonnée depuis peu au Devoir. Une de gagnée! Tous étaient d'accord. À ce prix, un trio de cépages heureux de faire la bamboula et qui la font avec une vigueur et une énergie très saines. C'est net, intense, aromatique, très sec, léger, bref, festif (**1/2, 1).

Roaring Meg 2010, Pinot Noir, Central Otago, Nouvelle-Zélande, rouge (26 $ - 10383762): un beau pinot qui a tout, oui, coulant, éclat et une pointe de fermeté à défaut peut-être de réelle profondeur. Avis partagés (entre **1/2, 1 et ***, 1).

Le Haut de Lascombes 2009, Haut-Médoc, France, rouge (29,95 $ - 11546463): imédiatement charmeur avec son boisé doucement torréfié, son fruité juste, mûr, son volume aromatique, sa texture admirable. Classique, mais à ce prix, il faisait presque regretter le vin suivant (***, 1).

Mas Las Cabes 2009, Côtes du Roussillon, Jean Gardiès, France, rouge (16,60 $ - 11096159): le vin préféré de Catherine Major et du groupe réuni ce soir-là! Couleur, substance, largesse fruitée, puissance aussi, mais «apaisée» par la trame minérale fraîche qui allège ici. Un beau morceau de vin à prix d'ami (***, 2 ©).

Cum Laude 2008, Castello Banfi, Italie, rouge (30,50 $ - 701938): tous étaient d'accord ici. Il y a du détail, de la profondeur, une certaine opulence derrière la majesté des flaveurs, une tenue, une longueur certaine. Une découverte pour certains (***1/2, 2 ©).

Mendel Unus 2007, Mendoza, Argentine, rouge (37,50 $ - 11143509): assemblée partagée. Oui, couleur et intensité fruitée y sont, mais le léger creux de bouche ne suffit pas à convaincre et donne l'impression d'un fâcheux coitus interruptus organoleptique. Curieux, tout de même, car tous avaient terminé leur verre... (***, 2 ©).

Porto LBV 2006, Offley, Portugal, rouge muté (19,95 $ - 483024): couleur, fougue, fraîcheur, vinosité et puissance qui, pour le moment, n'a pas encore fusionné avec l'ensemble fruité. Un LBV traditionnel qui s'affinera sur quatre à huit ans de bouteille (***, 2).

Capacité du vin à se bonifier: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2012 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.


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Les vins de la semaine

La belle affaire
Carmen Reserva 2010, Chardonnay, Vallée de la Casablanca, Chili (12,70 $ - 522771)

Je n'avais pas dégusté ce vin depuis un moment. J'y retourne avec ce plaisir simple lié au vin bien fait, moins volumineux que par le passé, soulignant un fruité bien net, finement construit et particulièrement vivace. Mes escalopes de veau crème/citron, elles, s'y sont senties à l'aise. 1

Le barolo
Barolo 2007, Fontanafredda, Italie (31,50 $ - 020214)

Le barolo coûte cher. À la manière des grands bourgognes où le nom du producteur est souvent gage de qualité. Importante maison, Fontanafredda bénéficie d'une source d'approvisionnement qui se fait sentir sur les vins. Ce 2007 est une réussite: coloré, bien net, mûr, corsé, d'un équilibre parfait. 2

La primeur en blanc
Menetou-Salon 2009, Côtes de Morogues, Fournier Père & Fils (24,10 $ - 11365128)

S'il n'a pas le tracé profond des meilleurs sancerres, ce sauvignon bien sec sait en revanche surfer en surface du minéral en hissant la salinité particulière de l'appellation vers des sommets de pureté et de légèreté. Le fruité est porté ici avec vinosité, fraîcheur et longueur. 1

La primeur en rouge
Mourvèdre Baby Bush 2010, Hewitson, Barossa, Australie (23,95 $ - 11370509)

Une sélection de jeunes pousses issues de ceps plus que centenaires de mourvèdre et voilà un concentré de fruité bien enrobé, lisse, moelleux, corsé et généreux, terminant sur une finale de belle prestance. Un rouge puissant. 1

L'émotion
Château Lagrave-Aubert 2009, Castillon Côtes de Bordeaux (21,40 $ - 11095261)

Séduisants, ces 2009 qui nous parviennent sont autant de clins d'oeil au bonheur immédiat. C'est Vanessa Aubert qui nous les livre ici sans tomber dans l'expression fruitée à outrance, balisant même avec élégance son merlot sous la baguette fine des cabernets. Belle leçon de bonheur, en effet. 1

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