Les provinces face aux conservateurs

En août, avant la rentrée parlementaire, John Ibbitson, chroniqueur politique au Globe and Mail, a noté que sur la scène politique au Canada, au moins cinq élections provinciales auraient lieu pendant la première semaine d'octobre. Le chef de bureau du Globe à Ottawa a aussi suggéré que la position déjà forte d'un Stephen Harper majoritaire était sur le point de se solidifier davantage.

Avec le Parti conservateur menant dans les sondages en Ontario et au Manitoba, M. Ibbitson a alors dépeint un scénario dans lequel M. Harper pourrait bientôt être aux prises avec des premiers ministres portant sa couleur — de la rivière des Outaouais jusqu'aux Rocheuses. Leurs gouvernements, loin de constituer un contrepoids aux conservateurs, seraient tous des adeptes des baisses d'impôt et des réductions de déficits, en plus de rêver de durcir les politiques en matière de criminalité.

Comme nous le savons maintenant, ce scénario ne s'est pas réalisé. Au Manitoba, le NPD a battu les conservateurs. Et, en Ontario, le premier ministre libéral Dalton McGuinty a remporté une troisième victoire électorale (cette fois-ci, un gouvernement minoritaire).

Toronto étant le coeur des médias au Canada anglais, ce résultat a donné lieu là-bas à une explication. Après avoir critiqué la mauvaise campagne du chef conservateur Tim Hudak en Ontario, les chroniqueurs ont conclu que l'année 2011 était une belle occasion pour les gouvernements sortants de briguer les suffrages.

Il y a là un brin de vérité, mais pas toute la vérité. Car l'analyse excluait le Québec, où les sondages montraient un fort appétit pour le changement. Au point où on a un moment imaginé que le premier ministre Jean Charest pourrait déclencher une élection, alors que le PQ était en mode autodestruction et juste avant que François Legault s'apprête à former son parti politique.

La Colombie-Britannique présente un autre contre-exemple à cette thèse. Certes, les Canadiens ont besoin de sécurité en période de difficulté économique. Toutefois, les exemples du Québec et de la Colombie-Britannique démontrent qu'ils exigent également un gouvernement compétent et honnête.

Sur la côte ouest, comme au Québec, le gouvernement au pouvoir est libéral (de nom seulement). Tout comme Jean Charest, le premier ministre Gordon Campbell avait remporté un gouvernement majoritaire à l'élection précédente — c'était sa troisième victoire. Et lui aussi s'est embourbé dans de grandes difficultés politiques (à la suite de sa décision d'harmoniser la taxe de vente avec la TPS fédérale).

Comme au Québec, la chef de l'opposition était aux prises avec une révolte de son caucus. Cependant, contrairement au Parti québécois (du moins, à ce jour), Carole James a été remplacée par un nouveau chef. Puis, le premier ministre Gordon Campbell a lui-même fait face à une révolte venue de son caucus, et il a ensuite démissionné.

Le style de la nouvelle première ministre, Christy Clark, étant le contraire de celui de M. Campbell, sa cote dans les sondages a bondi au cours de la campagne à la chefferie; toute de suite, elle a commencé à spéculer sur une élection rapide. Pour justifier le fait qu'elle avait l'intention de ne pas tenir compte de la loi provinciale décrétant des élections à date fixe, Mme Clark a fait valoir qu'un premier ministre avait besoin d'un mandat venu du peuple, et pas seulement du parti politique qui l'avait choisi.

Cette position de principe a placé Mme Clark à l'abri des allégations d'opportunisme politique. Cependant, elle devait retarder la tenue d'une élection jusqu'à ce que les Britanno-Colombiens aient décidé du sort de la TVH par voie de référendum, ce qu'ils ont fait en août. Puis, quand sa cote personnelle et celle du parti ont commencé à chuter, elle a esquivé les questions sur le moment propice à une élection. Évidemment, les journalistes l'ont talonnée; et finalement, elle a déclaré qu'elle avait l'intention de gouverner jusqu'à la fin du mandat de M. Campbell.

Au mois d'août, l'analyse de M. Ibbitson dans le Globe and Mail était chapeautée du titre «Prochainement: une période harmonieuse pour Stephen Harper». Si Mme Clark avait suivi son plan original et fait face aux électeurs à l'automne, elle aurait perdu. Et demain, lorsque la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, s'assoira avec les provinces afin de négocier un nouvel accord sur les soins de santé, elle ne sera entourée que de trois ministres conservateurs — et d'un nombre égal de néodémocrates.

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Norman Spector est chroniqueur politique pour le Globe and Mail
 
1 commentaire
  • Bernard Dupuis - Abonné 24 novembre 2011 12 h 16

    So what?

    Il est des analyses politiques qui même si elles semblent conforment aux faits laissent passer l'essentiel. Qu'est-ce que M. Spector veut donc nous montrer? Que les provinces canadiennes ne sont pas toutes derrière le gouvernement Harper? Qu'elles ne sont pas toutes intéressées uniquement par les baisses d'impôts et les réductions de déficits? C'est bien possible. Et alors?

    Ce que M. Spector ne dit pas c'est que les gestes posés par le gouvernement Harper n'ont suscité aucune réaction défavorable dans les provinces anglaises. Que ce soit le rétablissement des symboles monarchiques, l'affirmation de l'unilinguisme anglais à la coure suprême et au gouvernement fédéral, la loi sur les jeunes contrevenants, aucune opposition de la part de ces provinces ne s'est manifestée.

    Cette belle unanimité à l'encontre des valeurs et de la langue québécoises n'est certainement pas à l'honneur d'un pays qui se dit «fédéral». Vu du Québec, on a l'impression de faire partie plutôt d'un pays au despotisme doux.

    Bernard Dupuis, Berthierville