Médias - Les kleenex de Quebecor

Allez ouste, dehors! Le quotidien 24 heures de Montréal, le gratuit du métro, vient de congédier les deux tiers des employés de sa salle de rédaction. Et n'oubliez pas de déposer votre BlackBerry en partant. Et de toute façon, on a changé les serrures. La routine habituelle, quoi.

La grande saignée a été annoncée mercredi dernier par des hauts gradés de Quebecor, propriétaire du journal. Des avocats épaulaient les sbires. Ils ont distribué des lettres laconiques à sept ou huit rédacteurs, des pupitreurs, trois photographes. «Vos services ne sont plus requis à compter du 30 novembre, dit le coup de marteau. Nos relations d'affaires cessent à compter de cette date.»

C'était une mort professionnelle annoncée. D'ailleurs, la direction de la salle était déjà passée à la trappe les semaines précédentes. «On vivait dans l'angoisse constante», explique un nouveau chômeur au Devoir.

Ainsi va la triste vie des médias en ce début de XXIe siècle? Oui, bien sûr. Le tiers des journalistes ont perdu leur job depuis une décennie en Amérique du Nord. Alors une douzaine et demie de plus ou de moins, hein...

Sauf que tout ne se vaut pas dans ce secteur en crise. L'empire médiatique québécois garde sa logique, sa manière bien distinctes.

Rogerio Barbosa a posté un texte intitulé Quebecor et les kleenex pour expliquer pourquoi il a démissionné de son poste à 24 heures en 2008 après quatre années de service. Il était le seul photographe à l'époque et «ce travail, je l'aimais vraiment», précise-t-il sur son blogue rogeriobarbosa.com. Seulement, il devait remplir six à neuf affectations quotidiennes d'un bout à l'autre de la métropole. Tout ça pour 100 $ par jour en fournissant l'équipement, dont le cellulaire et la voiture.

Quand le prix de l'essence a doublé, il payait de sa poche pour travailler. «Pour la direction du 24 heures et de Quebecor, je n'étais qu'un kleenex, qui après avoir été utilisé, était jeté aux poubelles...»

M. Barbosa a démissionné le 1er janvier 2008. Six mois plus tard, 24 heures le remplaçait non pas par un, mais par trois photographes mieux payés. Bizarre. Encore six mois plus tard, Quebecor imposait un lock-out au Journal de Montréal. Pendant tout le conflit, les photos comme les textes d'un quotidien se sont retrouvés dans les pages de l'autre, en transitant par l'agence QMI.

Les tribunaux l'ont dit et redit: il n'y a rien d'illégal dans cet emploi de ce que le patronat appelle les «travailleurs de substitution». Enfin, selon la loi antibriseurs de grève rédigée à une époque où le télétravail n'existait pas. C'est maintenant facile de franchir un piquet de grève quand les grévistes sont à Montréal et les ordinateurs des briseurs de grève à Toronto. La commission parlementaire de l'économie et du travail de Québec vient d'ailleurs de recommander de modifier la définition de l'«établissement» dans la loi pour tenir compte de cette réalité du travail délocalisé.

Cela ne se fera probablement pas. Les employés du Journal de Québec seront alors les prochains à en faire les frais en 2013, quand ils renégocieront leur convention collective. Entre-temps, pour les remercier de leurs bons services pendant le conflit au Journal de Montréal, Quebecor congédie donc les scabs-qui-n'en-étaient-pas et les employés arrivés à 24 heures après le plus long conflit de l'histoire des médias au Québec. Encore des kleenex...

Un journal sans journalistes, sans pupitreurs et sans photographes se prépare. À partir de maintenant, le contenu rédactionnel de 24 Heures - Montréal sera en bonne partie fournie par l'agence QMI, dont le JdeM, puisque les deux médias couvrent le même territoire. Le tout nouveau patron du journal gratuit vient aussi du journal payant.

Et ce qui reste de salle (sept reporters et un graphiste) n'a qu'à bien se tenir: les autres 24 heures du pays (Calgary, Edmonton, Ottawa, Toronto, Vancouver) n'emploient aucun journaliste. Leur matériel est fourni clé en main par l'agence interne de Quebecor. Le montage des pages, lui, se fait à Ottawa, enfin en partie, y compris pour le gratuit de Montréal depuis quelques semaines.

24 heures a remporté l'appel d'offres pour la distribution exclusive dans le réseau souterrain de la Société de transport de Montréal en janvier dernier, contre le concurrent Métro. En moins d'un an, le gratuit de Quebecor a donc mis à pied la grande majorité de ses cadres et de ses employés pour devenir le déversoir du contenu de l'empire tout en délocalisant une partie de sa production dans une autre province.

Allez ouste, à la poubelle les kleenex, avec les compliments d'un organisme public en plus...

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11 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 21 novembre 2011 07 h 26

    Le pollueur officiel du métro de Montréal.

    Quand les voyageurs du metro arrêteront de lire cette feuille de choux de Péladeau, pour lui préférer un vrai journal, fait et écrit par de vrais journalistes, ils seront mieux informés et ils n'auront pas l'odieuse sensation de nourrir ce monstrueux empire. Quant aux membres de la direction de la STM, incapable de nous offrir un métro exempt de tous ces vendeurs du temple qui nous assaillent à chaque matin, à l'entrée des stations et à l'intérieur avec ces vendeurs de pacotille, il faudrait peut-être leur dire de faire le ménage dans ces facons de faire, ou de les remplacer.

  • Chantal_Mino - Inscrite 21 novembre 2011 07 h 32

    C'est malheureux,mais c'est bon signe que QuébecOr perd le contrôle de la désinformation

    Décidément,il apparaît que le 1% est en train de paniquer et demande à notre M. Pierre-Karl Péladeau de faire quelque chose pour reprendre le contrôle de la désinformation afin d'influencer à nouveau la population selon leurs visés.Il semble qu'il perd du terrain et c'est un bon signe,car lorsqu'un citoyen fait une prise de conscience...c'est pour la vie.

    Il fera tout pour réussir à nouveau à manipuler la réalité et convaincre la population et les autorités selon ses visés et celles du 1% tels que: les Indignés doivent quitter,se la fermer et les médias ne doivent plus parler de ce qu'ils dénoncent;que les députés du CAQ doivent être élus;que ceux qui dénoncent la corruption ou de la malhonnêteté dans nos structures gouvernementales et municipales sont des illuminés,ont besoin de vallium et doivent être ignorés et/ou congédiés et ostracisés,etc..Bref une belle société à la Pierre-Karl Péladeau qui représente très bien les valeurs et les comportements du 1%.

    J'encourage fortement,à l'avenir,de tenir compte,de considérer que tous les médias gratuits ou payants de QuébecOr,de M. Pierre-Karl Péladeau, comme des nouvelles à pottins sensasionnalistes,outils de la désinformation afin d'alimenter la soumission du peuple au 1%, aucunement crédibles et aucunement respectueux d'autrui et de la démocratie tant qu'il ne fera pas partie du Conseil de presse...il en va de l'intérêt,de la sécurité des citoyens du Québec et du Canada.

    Repenser à la source du génocide au Rwanda,ce sont les médias qui étaient contrôlés et la radio qui ont lavé le cerveaux de nombre de citoyens en alimentant chaque jour,une haine réciproque,et ce,au lieu de représenter l'ensemble des points de vue avec respect et dignité de chaque personne et encourager un dialogue constructif entre tous.Les erreurs des uns doivent être des leçons pour notre avenir...Le malheur n'appartient pas qu'aux autres.À recommander: http://blogues.cyberpresse.ca

  • Jean Michaud - Inscrit 21 novembre 2011 08 h 45

    Encore québecor

    Le pésence supposément important de Quebecor dans la vie des gens qui n'ont pas de vie m'énerve au plus haut point. L'émission Enquête a démontré une partie de la désinformation de Quebecor mais vous oubliez que les filiales de Québecor, encore pire que vous le pensez. Ces filiales qui achètent les cd de leurs pseudo chanteurs de star académie, ensuite, Quebecor reçoit des subventions et le tour est joué. Des million$$ que nous donnons à Quebecor et nous cette argent là nous l'avons travaillé. Comment faire pour empêcher les artistes de chiâler, un contrat par-ci, un par là, on engage Huard comme prof, Rivard on lui donne un contrat, on ressort une vielle toune d'un artiste et à la fin, le cash entre dans le coffres de Quebecor. mais ce qui me dépasse, se sont que les ptits Québecois qui sont là pour redemanter d'entendre ces chanteurs du dimanche et ils pensent qu'ils entendent de grands chanteurs quand dans les faits, ils ne sont que des ptits chanteurs du Dimanche, mais utra payant pour PKP. Vraiment honteux.

  • Kirou - Inscrit 21 novembre 2011 09 h 12

    Murdoch québécois !

    Péladeau ne s'en cache plus. Il veut contrôler l'information au Québec pour atteindre ses objectifs politiques et économiques.
    Un Murdoch québécois quoi ! Voila pourquoi il se débarasse des journalistes professionnels dans ses médias. Il s'entoure de petits cadres vivant dans la crainte de se faire congédier et de quelques employés jetables. On comprend pourquoi il refuse de se plier à la surveillance du Conseil de presse.

  • jocelyne53 - Inscrit 21 novembre 2011 09 h 48

    Le ménage

    Il serait temps de reconnaître ce fait : depuis la distribution gratuite des journaux à l'entrée des stations de métro, les wagons sont devenus de véritables poubelles et les autobus aussi. Parfois, le spectacle frise la porcherie ! Personne ne fait le ménage ????