Revue de presse - Un choc de visions économiques

Il n'y en avait que pour l'économie ou presque cette semaine après la publication de la mise à jour économique et financière du ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, et le discours prononcé le jour suivant, à Toronto, par le chef par intérim du Parti libéral, Bob Rae.

L'énoncé du ministre Flaherty n'a ébloui personne et la hausse, même réduite, des cotisations à l'assurance-emploi est largement dénoncée.

Ironique, Thomas Walkom, du Toronto Star, se réjouit quand même. Il semble, dit-il, que les conservateurs soient capables d'apprendre de leurs erreurs. Au lieu de nier l'état précaire de l'économie, comme en 2008, le ministre reconnaît les faits, reporte l'atteinte de l'équilibre budgétaire et annonce quelques répits pour les employeurs. Une «pitance» cependant, surtout si les choses déraillent. «Mais l'important est qu'ils ont fait quelque chose», dit Walkom. Le ministre veut toujours sabrer les dépenses, ce qui pourrait nuire à l'économie, mais dit du même souffle que, si les choses s'enveniment, le gouvernement pourrait aider davantage. «Dans un pays condamné à vivre sous ce gouvernement majoritaire conservateur, cela passe pour une bonne nouvelle. C'est mieux en tout cas qu'un coup de pied dans les dents», conclut le chroniqueur.

L'équipe éditoriale du Globe and Mail aurait aimé que le ministre soit davantage «candide» sur la situation économique au Canada et parle des politiques à changer pour l'améliorer. En matière de cotisations à l'assurance-emploi, il déplore que le gouvernement n'ait pas annulé complètement la hausse prévue. «Toute hausse des cotisations est indésirable parce que régressive.» Selon le Globe, une réforme en profondeur du système de l'assurance-emploi serait de mise. Un point de vue que partage l'Ottawa Citizen. Même réduite, la hausse fera en sorte que le gouvernement «prendra de l'argent dans les poches des travailleurs et des entreprises au moment même où l'économie canadienne semble se diriger vers des temps difficiles». Le quotidien conclut: «Ce dont le Canada a besoin, ce ne sont pas des cotisations plus élevées, mais un examen en profondeur des objectifs du programme.»

Le Toronto Star affiche sa déception devant l'absence de mesures pour favoriser l'emploi et, comme les autres quotidiens, il déplore la hausse des cotisations à l'assurance-emploi. «Les conservateurs misent clairement sur un ralentissement peu marqué et de courte durée. Ils font donc le strict minimum dans l'espoir que cela apparaisse, dans quelques années, comme la marque d'une gestion prudente. Mais si le Canada glisse vers une récession, ils auront manqué une occasion de faire preuve d'audace quand cela aurait compté.»

Rae parle économie

Le lendemain du discours de M. Flaherty, M. Rae faisait le sien devant l'Economic Club de Toronto. Il a reçu son plus gros compliment, si on peut l'appeler ainsi, d'un chroniqueur du très conservateur National Post. Matt Gurney soutient que Stephen Harper devrait écouter ce que Bob Rae, cet ex-premier ministre néodémocrate de l'Ontario, a à dire sur la fiscalité. Gurney relève les faiblesses du discours du chef libéral, mais a surtout retenu que ce dernier invitait le gouvernement à faire le ménage dans son système fiscal pour mettre fin à tous ces crédits destinés à des segments bien précis de l'électorat, ce que les anglophones appellent «boutique tax credits». «Les conservateurs ont pris l'habitude de les offrir à la veille des élections, ciblant chaque petite cause avec de très petits crédits dans l'espoir de glaner le moindre vote.» Ces crédits sont cependant une mauvaise politique, comme le souligne Bob Rae, car les Canadiens qui en auraient le plus besoin n'y ont pas accès, écrit Gurney. Ils sont inefficaces et rendent les lois fiscales toujours plus compliquées à administrer. «Cela égratigne peut-être l'ego des conservateurs de se faire faire la leçon sur les mérites d'une loi fiscale efficace par le chef du Parti libéral, mais Rae a visé juste.»

Le discours de M. Rae ne s'est toutefois pas attiré que des éloges. Vague, riche en énoncés de principe et en clichés, pauvre en détails, de dire Bob Hepburn, du Toronto Star. Il y a vu un «itinéraire vers nulle part» plutôt que vers le pouvoir. «Ce discours aurait pu être lu, et peut-être l'a été, par n'importe quel chef libéral des 20 dernières années, à quelques changements près», selon Chris Selley, du National Post, qui pense pour sa part que le discours de M. Rae n'était pas dépourvu de substance. Le chef libéral a au moins cerné plusieurs des problèmes et défis les plus criants auxquels est confronté le Canada. Les solutions étaient minces, convient Selley, mais certains énoncés étaient à propos, comme celui sur la nécessité de restaurer la confiance perdue, celle si nécessaire au commerce, à la vie en société, à la politique.

L'Ottawa Citizen, en revanche, trouve que Bob Rae s'acquitte très bien de sa tâche de chef intérimaire. Il éclipse la chef du Nouveau Parti démocratique, Nycole Turmel, aux Communes et a commencé à préciser la vision de son parti avec, entre autres, ce discours de mercredi sur l'économie. Le Parti libéral traîne quelques boulets, rappelle le Citizen, et il a encore beaucoup à faire avant de penser reprendre le pouvoir, mais le chemin parcouru depuis six mois dépasse les attentes, et le crédit en revient largement à Rae. Selon le quotidien, il a montré qu'il avait ce qu'il fallait pour diriger le parti et, même s'il s'est engagé à ne pas solliciter la direction permanente du PLC, il semble, aux yeux du Citizen, «être le choix évident pour occuper le poste de conducteur».

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1 commentaire
  • Darwin666 - Abonné 12 novembre 2011 03 h 56

    Ahurissant!

    J'attendais de lire au moins un mot sur l'intention du gouvernement de maintenir la baisse des impôts des sociétés de 16,5 % à 15 %.

    Rappelons que le taux d'imposition des sociétés était de 41 % en 1960, 40 % en 1970, 36 % en 1980, 28 % en 1990 et 2000 et que depuis ce temps, il y a à peine 11 ans, il a diminué en flèche pour atteindre 16,5 % cette année. Et on veut le faire baisser encore, même si ces baisses successives qui totalisent 60 % n'ont jamais fait augmenter la part des investissements sur le PIB.

    On se prive ainsi de plus de 4 milliards $ par année! Quelle imprudence, pour ne pas dire quel cadeau, en cette période où chaque dépense doit être examinée avec attention.

    Idéologie, quand tu nous tiens...